JOHN M. KELLY LIBDACY
Donated by
The Redemptorists of
the Toronto Province
from the Library Collection of
Holy Redeemer Collège, Windsor
University of
St. Michaers Collège, Toronto
HOLY BEDEEMER LIBRARY, WI^ÛR
>*
Jésus mieux connu et plus aimé
dans son Sacerdoce
IV
PREMIERE PARTIE
De la Connaissance de Jésus
le Verbe incarné
Un volume in-12 de 520 pages
DEUXIEME PARTIE
De la Condition de l'Homme-Dicu
Un y^olume in-12 de 450 pages
TROISIÈME PARTIE
De Jésus dans soi> état de Victime
Un ^?olvme in-12 de 400 pages
En prépiiratioi7 :
CINQUIÈME PARTIE
De Jésus Prêtre et Victime
dans l'Eucharistie
R. Père M. E. de la CROIX
de la Praierniié Sacerdotale
Jésus mieux connu
et plus aimé
dans son Sacerdoce
QUATRIÈME PARTIE
Du Sacerdoce de Jésus
DEUXIEME EDITIO'N
^^
PARIS
MAISON DU BON-PASTEUR
228, Boulevard Péreire
HOLY REDEEMER LIBRARY. WlMSÛfi
, WIM^ÛJ
^
NIHIL OBSTAT
Romœ, die 4' Junîi, 1928
P. Eduardus Hugon, O. P.
Maître en Théologie
Censor
IMPRIMATUR
Romie, die 30» Junii, 1928
•j- J. Palica, Archiep. Philippensis
Vices gerens
TOUS DROITS RESERVES
LETTRE DE SA SAINTETÉ PIE XI
A l'/luteur de l'Quvrage
Jésus mieux connu et plus aimé
dans sot) Sacerdoce
SECRETAIRERIE D'ETAT Du Vatican. 16 Décembre 1924
DE SA SAINTETE
Mon Très Révérend Père,
Le Souverain Pontife a agréé avec une
paternelle bienveillance le filial hommage que
vous Lui avez adressé des trois premiers vo-
lumes de la collection : « Jésus mieux connu et
plus aimé dans son Sacerdoce ».
Vous avez voulu, dans une noble pensée de
zèle, contribuer à faire connaître davantage
à ses prêtres et à ses fidèles Jésus dans son
Sacerdoce éternel, et c'est la raison d'être de
votre travail.
Dans un premier volume, qui est comme
l'introduction à l'ouz'rage tout entier, vous mon-
trez la nécessité et la grandeur, l'importance
et les conditions de la connaissance de Jésus,
Verbe incarné. Votre second livre étudie la per-
sonne adorable du Saux>eur, dans le sein de
son Père et dans les phases de sa vie terrestre,
dans son Sacerdoce et son Sacrifice.
Puis c'est la Victime que vous considérez ;
ce sera ensuite le Sacrificateur, et enfin vous
terminerez en montrant, dans l'Eucharistie, le
Prêtre et la Victime dans l'acte du Sacrifice,
puis dans sa gloire.
Sa Sainteté vous félicite des efforts que
votre zèle apostolique z'ous a fait entreprendre
en xme de faire connaître et aimer davantage
Jésus dans son Sacerdoce : n 'est-ce pas le cen-
tre de tous les mystères de V Incarnation et de
la Rédemption ?
Le Saint Père, en vous remerciant de votre
hommage, fait des vœux pour que z>otre traz>ail
porte les heureux fruits que vous désirez, et
z)ous accorde bien volontiers, comme gage des
fazieurs diznnes, la Bénédiction Apostolique.
Veuillez agréer, mon Très Révérend Père,
avec mes retner déments personnels, pour les
volumes que vous avez bien voulu me desti-
ner, l'assurance de mes sentiments dévoués en
Notre Seigneur.
P. Gard. Gasparri
Au T. R. P. Supérieur Général
de la Fraternité Sacerdotale
A NOTRE SAINT PÈRE LE PAPE
Successeur du Prince des Apôtres
Pontife Suprême dans l'Eglise
Nous déposons humblement
aux pieds du Souverain Pontife
et nous lui dédions filialement
ce quatrième volume
entièrement et directement consacré
à l'étude et à l'amour
du Sacerdoce
dans la Personne adorable
de Jésus notre divin Sauveur.
Héritier des promesses divines
il conserve au monde
avec l'infaillibilité doctrinale
la puissance consécratrice
qui maintient dans l'Eglise
le Sacerdoce
dont Jésus le Souverain Prêtre
est l'unique principe
et la source universelle.
Clu'il daigne recevoir les hommages
de notre sacerdotal respect
et nous accorder
ainsi qu'à tous nos frères
dans le Sacerdoce
groupés autour de son auguste Personne
une puissante
et paternelle bénédiction.
PREFACE
Le {présent volume est une suite naturelle à
celui qui l'a f^récédé sur « Jésus dans son état
de Victime ». L'étude sur Jésus Victime appelle
nécessairement celle sur Jésus Prêtre ; sans
quoi nous n'aurions pas une notion complète
des immolations et du Sacrifice de Jésus Sau-
veur de l'humanité.
Nous avons traité en premier lieu le sujet de
l'état de Victime en Jésus, non que dans l'ordre
logique de nos conceptions il précède le Sa-
cerdoce, mais parce que pour l'ensemble des
fidèles la connaissance des souffrances et de la
mort de Jésus est beaucoup plus générale et
jette déjà bien des lumières sur son Sacerdoce.
En fait, il faut absolument admettre que
Jésus est Prêtre, ou il faut nier son caractère
de Victime. Méconnaître l'un ou l'autre, ce se-
rait détruire la nature du double mystère de
l'Incarnation et de la Rédemption.
En outre, que l'on veuille bien se reporter à
la Préface de notre premier volume et à ce que
nous avons plusieurs fois répété depuis, que le
4 DU SACERDOCE DE JÉSUS
but général de cet ouvrage est de faire ressortir
en Jésus son caractère essentiel de Souverain
Prêtre et d'essayer d'en donner une connais-
sance plus exacte et plus complète. Tout ce que
nous avons dit par ailleurs n'a été que pour
mettre en plus grande lumière le Sacerdoce en
Jésus.
Il ne faudrait donc pas s'étonner de nous voir
traiter ce sujet capital seulement dans le qua-
trième volume. C'est bien à dessein que nous
avons agi de la sorte, afin d'avoir d'abord une
science générale de Jésus, de la place qu'il
tient dans le plan divin de l'humanité, de la né-
cessité pour tous de Le connaître et par consé-
quent de L'étudier et d'en faire son centre de
vie ; puis, afin de Le considérer dans ses divers
mystères et dans la mission essentielle de sa
venue ici-bas, pour arriver ainsi à la conclu-
sion inévitable de son caractère sacerdotal.
C'est pourquoi dans le deuxième volume nous
avons considéré V Homme-Dieu dans ses deux
natures divine et humaine, dans les perfections
et les opérations de l'une et de l'autre, dans les
principales phases de sa vie terrestre, dans les
divers aspects sous lesquels 11 a exercé son mi-
nistère auprès des hommes et dans les carac-
tères correspondant aux fonctions les plus im-
portantes de sa mission divine. Il nous est alors
apl^aru évident que le caractère essentiel en
Jésus, qui répond parfaitement à la fin de l'In-
carnation et de la /Rédemption, est celui de son
Sacerdoce, et que tout le reste en découle ou lui
est ordonné.
Cette étude ainsi faite par comparaison et
élimination, toute concluante qu'elle soit, ne
pouvait être qu'une étude préparatoire, fort
importante cependant pour la suite de nos con-
sidérations, parce qu'elle leur apporte une lu-
mière et un fondement de vérité indiscutables.
En traitant plus directement du Sacerdoce
en Jésus, nous pénétrons au cœur de l'ouvrage,
les deux autres volumes qui suivront, sur Jésus
Prêtre et Victime dans l'Eucharistie et dans la
Gloire, ne devant être, à vrai dire, qu 'une con-
séquence et un couronnement de celui-ci.
Nous avouons humblement que nous avons
éprouvé une certaine appréhension devant une
semblable tâche. Connaissant notre misère per-
sonnelle et notre insuffisance, nous avons craint
avec raison de ne pouvoir traiter convenable-
ment un sujet aussi sublime ; mais la pensée
de concourir tant soit peu à donner de notre
adorable Jésus Prêtre une connaissance plus
grande et de Le faire aimer davantage dans
è bV SACERDOCE DE JÉSUS
son Sacerdoce, nous a fait vaincre toute hési-
tation.
Nous avons écrit ces pages avec une joie indi-
cible et en multipliant nos actes d'amour. Nous
espérons que nos lecteurs partageront nos sen-
timents. Qu'ils lisent avec leur cœur tout autant
qu'avec leur intelligence. A mesure que les no-
tions sur le Sacerdoce de Jésus leur apparaî-
tront plus claires, qu'ils se les gravent dans
l'esprit, afin de s'habituer à vivre de ces im-
portantes vérités et à en nourrir leur âme.
Il est trop évident que Jésus n'est pas assez
connu, assez honoré, assez aimé dans son Sa-
cerdoce, pour que tous nous n'ayons à cœur de
Lui apporter une compensatiofi par notre zèle
à L 'étudier et notre ardeur à L 'aimer.
Les divisions de cet ouvrage suivent un en-
chaînement logique. Le Sacerdoce de Jésus est
envisagé d'abord dans son principe divin et
dans les décrets éternels, puis réalisé dans le
temps et exercé auprès de la divine Victime
dans les divers états de sa vie, et, en dernier
lieu, arrivant à la perfection de son exercice
par le Sacrifice suprême qui met fin à sa mis-
sion sur la terre.
Le tout se termine par des réflexions sur
PREFACE 7
l'amour que nous devons à Jésus en sa qualité
de Prêtre, à l'exemple de l'amour qu'à ce titre
Lui porte son divin Père et qu'il se porte à
Lui-même. Un appendice, sous le titre Vérité et
Amour, est comme un résumé des principales
considérations de l'ouvrage, et peut servir de
sujet pratique de méditation et de prédication.
Comme pour les trois premiers volumes, nous
avons tenu à n intercaler aucune citation dans
le texte, pour ne pas briser le fil des idées, et
nous les avons toutes insérées au bas des pages.
Le lecteur peut ainsi facilement y recourir, et
nous l'y engageons, afin de se graver davan-
tage dans la mémoire la doctrine de l'Evangile,
de saint Paul et du Docteur angélique.
Puissent Jésus et Marie bénir ces pages, hum-
ble tribut de notre ardent amour pour le Sacer-
doce de Jésus et pour la Mère du Souverain
Prêtre !
Jésus seul!
Paris, Jeudi-Saint, 1929
P. Marie Eugène de la Croix
De la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale
PRELIMINAIRES
« Dieu nous a parlé par son Fils. II l'a établi avec serment
prêtre et pontife pour l'éternité. II l'a jure et ne s'en
repentira pas. "Nous avons uu grand-prêtre établi sur la
maison de Dieu.
« "Mais pour devenir auprès de Dieu un pontife miséricor-
dieux, afin d'expier les péchés du peuple, il a dû être en
tout semblable à ses frères. Pouvant compatir à nos in-
firmités et étant un pontife saint, innocent, sans tache,
séparé des pécheurs et plus élevé que les cieux, Jésus
est devenu le médiateur de la nouvelle alliance.
«t Tout pontife étant établi pour o^rir des dons et des vic-
times, Jésus Fils de Dieu, notre grand pontife, venu
pour détruire le péché, a o^ert une seule Hostie, en se
faisant lui-même Victime.
« "Nous ayant acquis par son Sacrifice une éternelle rédemp-
tion, Jésus, pontife des biens futurs, est entré avec son
propre sang dans le ciel même, afin de se tenir sans
cesse pour nous devant la face de Dieu.
« Possédant un sacerdoce éternel, il demeure éternellement
et il est assis comme pontife au plus haut des cieux, a
la droite du trône de la grandeur suprême. Considérons
Jésus le pontife de notre foi et allons à lui avec con-
fiance pour obtenir miséricorde et trouver grâce de-
vant lui. »
(Tiré de l'Epître Ji/x Hêbrevx)
Elevons nos âmes vers les hauteurs sublimes
de la Trinité Sainte et essayons de pénétrer en
esprit dans ce sanctuaire intime de la Divinité,
où les trois Personnes divines sont éternelles
en existence, égales en essence, semblables en
amour, adorables en perfection, distinctes entre
elles et un en Divinité '.
Avant d'aborder l'étude du Sacerdoce éternel
de Jésus, tombons à genoux et adorons en si-
lence les mystères ineffables qui dans le sein
de Dieu révèlent ses perfections infinies et son
ineffable amour.
Ce Jésus qui va nous apparaître si beau, si
grand, si puissant et si aimant dans les subli-
mités de son Sacerdoce, Il descend du ciel ^ Il
sort du Père -^ II demeure éternellement en lui ''.
^ « O profondeur des richesses de la sagesse et de la science
de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses
voies impénétrables ! Car qui a connu les desseins du Seigneur ?
ou qui a été son conseiller?... Car de lui, et par lui, et en lui
sont toutes choses : gloire à lui dans tous les siècles. Amen. »
RoM., XI, il, 34, 36.
2 « Je suis descendu du ciel. » Jean, vi, Zi.
•^ « Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde. »
Jean, xvi, 28.
■5 « Personne n'est monté au ciel, si ce n'est Celui qui est des-
cendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. » (Jean,
ni, i3). — « Ne croj-ez-vous point que je suis dans le Père et
que le Père est en moi ? » (Jean, xiv, 11).
Préliminaires il
Avant de venir vers nous, Il habite le sein de la
Divinité * ; avant de nous apparaître comme l'un
d'entre nous, Il est égal en tout à Dieu son
Père - ; avant de nous parler en son nom, Il est
la Parole éternelle'; avant de nous manifester
sa puissance, Il est le Principe de tout ce qui
existe* ; avant de nous révéler les secrets divins,
Il en est la Lumière et la Vie ^ ; avant de nous
apporter ses pardons. Il est la Miséricorde*';
avant de nous prouver son amour. Il est la
Charité par essence".
' « C'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu. » Jean,
VIII, 42.
- « Le Christ Jésus n'a pas regardé comme une usurpation
à'étre égal à Dieu. » Philip., ii, 6.
« Le Fils de Dieu n'est rien autre que son Verbe, mais son
Verbe conçu intérieurement ; ce qui fait que le Verbe de Dieu
est de même nature que lui, et lui est égal. » S. Thom., Op.6,c. 4.
■'■ K Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en
Dieu, et le Verbe était Dieu. » Jean, i, 1.
' « Tout a été fait par lui, et sans lui rien n"a été fait de ce
qui a été fait. » Jean, i, 3.
Saint Thomas dit à ce sujet : « Tout agent volontaire agit par
la conception de son entendement, laquelle est appelée son
verbe. Or le Verbe de Dieu est le Fils ; c'est pour cela que la
foi catholique dit du Fils, que tout a été fait par lui. » S. Thom.,
Op. 2, c. 96.
5 « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. »
Jean, i, 4.
6 « Le Seigneur est miséricordieux et compatissant. » iJac,
V, 11;. — « La miséricorde du Seigneur s'étend depuis l'éternité
'usque dans toute l'éternité. » (Ps. cii, 17 .
" « Dieu est charité. » I Jean, iv, 16.
12 DU SACERDOCE DE JESUS
De sorte que, pour Le contempler comme
Prêtre, manifestant au monde la sainteté, la per-
fection, la puissance, la miséricorde et l'amour
d'un Dieu, il nous faut remonter, afin d'en avoir
l'intelligence, à l'origine des choses, là où tout
est éternel parce que nécessaire, infiniment par-
fait parce que divin.
Jésus ne peut être connu que s'il est étudié là
où II a pris naissance de toute éternité. II ne
peut être compris que s'il est contemplé dans
l'adoration et dans l'amour'. Or, avant d'être le
Verbe incarné. Il est le Verbe incréé : et comme
tel, Il est l'objet des complaisances infinies de
son divin Père-'. Toutefois, sous le couvert de
l'humanité. Il n'en demeure pas moins le Fils
éternellement engendré et souverainement aimé
par le Père qui est son éternel Principe^.
1 « Le Fils est le Verbe, non pas un verbe quelconque, mais
le Verbe qui produit l'amour. C'est la pensée de Saint Augus-
tin, quand il dit {De Tritt., lib. IX, c. lO): « Le Verbe que nous
nous efforçons de faire comprendre est une connaissance unie
à l'amour. » Le Fils n'est donc pas envoyé dans le but de per-
fectionner l'intelligence de toutes les manières, mais dans le
dessein de la préparer à produire des sentiments d'amour. »
S. Thom., I p., q. 43, a. 5.
* « Il est le Fils de la dilection du Père. » Col., i, i3.
^' « Voici mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes com-
plaisances. » Dieu le Père fit entendre deux fois ces paroles
pendant la \4e du Sauveur : la première au baptême de Jésus
(Mat., ui, 17) ; la deuxième au Thabor(MAT., xvii, 5).
PRELIMINAIRES
l3
Ce que le Père voit et aime en son Fils, c'est
lui-même *. Ce Fils est sa nécessaire connais-
sance, l'image parfaite de toutes ses perfections,
sa propre substance^. De sorte que nous ne pou-
vons avoir une réelle connaissance de Jésus que
si nous Le connaissons à la manière dont Le
connaît le Père^, nous ne pouvons L'aimer par-
faitement que si nous L'aimons d'un amour sem-
blable à celui dont L'aime le Père^ Et c'est pour-
quoi l'amour que nous porte Dieu le Père l'a
poussé à nous donner son Fils \ afin de les con-
' « Le Verbe, dit Saint Thomas, dans sa Somme théologique,
procède de l'action intellectuelle de Dieu, qui est son opération
vivante ; il procède d'un principe avec lequel il est uni, et il en
procède par ressemblance. » I p., q. 27, a. 2.
Et ailleurs, il précise davantage sa pensée : « Comme en Dieu
il n'y a pas de différence entre comprendre et être soi-même, il
s'ensuit que le Verbe conçu dans l'intelligence divine n'est pas
quelque chose d'accidentel ou d'étranger à sa nature ; mais par
le fait même qu'il est Verbe, il a sa raison de procession d'un
autre, et il est comme la ressemblance de celui dont il est le
Verbe. » S. Thom., Op. 3, c. 3.
- « Il est la figure de la substance divine... la splendeur de
sa gloire. » Hébr., i, 3.
3 « Personne ne connaît le Fils si ce n'est le Père. » Mat.,
XI, 27.
« Le Verbe de Dieu, pendant qu'il était dans le sein du Père,
n'était connu que de Dieu seul ; mais revêtu de la chair,
comme le verbe de la parole, alors il s'est d'abord manifesté, et
il a été connu. » S. Thom., Op. 6, c. 3.
' « Je leur ai fait connaître votre nom, afin que l'amour dont
vous m'avez aimé soit en eux. » Jean, xvn, 26.
5 « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils
14 DU SACERDOCE DE JÉSUS
naître l'un et l'autre', d'aimer le Père dans le
Fils et le Fils dans le Père '^.
Toute la mission de Jésus sur cette terre sera
donc de nous révéler la Divinité ' et de glorifier
Dieu son Père ^. Dans les décrets éternels il a
été statué que cette gloire divine accidentelle
dépendrait du salut du monde. Dès lors, pour
racheter l'humanité coupable il fallait une expia-
unique. » (Jean, m, 16). — Saint Thomas, développant cette
pensée, dit : « Il ne se peut imaginer de preuve plus évidente
de l'amour de Dieu pour nous que de voir le Créateur de
toutes choses se faire créature; notre Seigneur et Maître de-
venir notre frère ; le Fils de Dieu naître fils de l'homme ; Dieu
aimer le monde à cet excès qu'il lui donne son Unique. Et
voilà ce qui, bien considéré, peut allumer en nous comme un
incendie d'amour pour Dieu. » (S. Thom., Exp. du Symb. des
Apôtres, Op. 6, c. 5).
' « Afin que le genre humain tout entier pût jouir de la vraie
connaissance de Dieu, Dieu le Père a envoyé dans le monde
le Verbe, génération unique de sa puissance, pour initier le
monde entier à la vraie connaissance du nom de Dieu. »
S. Thom., Op. 2, c. 8.
- « Dieu, en se faisant homme, a montré évidemment \im-
mensité de son amour pour les hommes, afin que désormais
ils n'eussent pas pour motif de leur soumission à Dieu la
crainte de la mort, que le premier homme avait méprisée, mais
bien Vaffection et Yamour. » S. Thom., Op. 2, c. 5.
3 « Tout ce que j'ai appris du Père, je vous l'ai fait con-
naître. » Jean, xv, i5.
^ « Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai manifesté votre nom
aux hommes, j'ai consommé l'œuvre que vous m'avez donnée à
faire. » Jean, xvii, 4, 6,
PRÉLIMINAIRES l5
tion efficace, et Dieu l'a réclamée du Verbe in-
carné : le Père a fait de son Fils la Victime du
monde *, et il L'a établi Prêtre pour la lui offrir
et l'immoler '^.
De sorte que, dans le plan divin, tout repose
sur le Sacerdoce de Jésus : l'Incarnation et la
Rédemption, la glorification de Dieu et le salut
de l'humanité. Sans Prêtre, pas de Victime ;
sans Victime, pas de Sacrifice ; sans Sacrifice,
' « C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime de
propitiation. » Rom., m, 25.
■^ « Pour purifier parfaitement les péchés, dit saint Thomas,
il faut deux choses, comme il y a deux choses dans le péché,
la tache de la faute et la peine qu'elle mérite. La tache de la
faute est effacée par la grâce qui porte le cœur du pécheur vers
Dieu ; et la peine due à la faute est totalement détruite par là
même que l'homme satisfait à Dieu. Or, le Sacerdoce du Christ
produit ces deux choses. En effet, par sa vertu /'/ nous donne
la grâce qui tourne nos cœurs vers Dieu, selon ces paroles de
Saint Paul (Rom., m, 24, 25) : « Nous avons été justifiés gratuite-
ment par sa grâce, par la rédemption qui existe en Jésus-Christ
que Dieu a destiné pour être la victime de propitiation par la
foi en son sang. » « // a aussi satisfait pour nous pleinement,
puisqu'il a pris sur lui nos infirmités et qu'il a porté nos dou-
leurs, selon l'expression d'Isaïe (lui, 4). D'oii il est évident que
le Sacerdoce du Christ a plein pouvoir pour expier les pé-
chés. » III p., q. 22, a. 3.
« Puisque c'est par le Christ, dit encore le même Docteur, que
les péchés des hommes ont été effacés, que la grâce leur a été
donnée, et qu'ils sont arrivés à la perfection de la gloire, le
Christ, en tant qu'homme, n'a pas été seulement Prêtre, mais
il a été encore un sacrifice et une hostie, c'est-à-dire qu'il a
été victime pour le péché, hostie pacifique et holocauste, »
III p., q. 22, a, 2,
l6 »U SACERDOCE DE JÉSUS
pas de Rédemption ; sans Rédemption, pas d'In-
carnation ; sans Incarnation, pas de connais-
sance exacte de Dieu ni de manifestation par-
faite de son amour.
Que ne devons-nous pas à Dieu le Père pour
nous avoir donné son Fils comme Prêtre ! Que
ne devons-nous pas à Jésus-Prêtre pour avoir
accompli une œuvre aussi sublime que celle qui
a sauvé le monde et demeurera la gloire éter-
nelle du Père glorifié par le Fils et du Fils qui
s'est fait la gloire du Père !
Il y a en Dieu toutes les sublimités ; serions-
nous trop osé en rapprochant du mystère de la
Génération éternelle du Verbe celui de sa divine
consécration sacerdotale ? C'est le même Prin-
cipe : le Père ; pour la même fin : sa gloire. La
gloire de Dieu est essentielle et accidentelle : le
Verbe incréé est la première, le Verbe incarné
la seconde. Les deux subsistent sans se con-
fondre, la gloire accidentelle que Jésus-Prêtre
procure à Dieu son Père dans le temps étant
inséparable de la gloire essentielle qu'il lui
donne de toute éternité.
De plus, c'est de son sein, comme Principe
nécessaire, que Dieu engendre son Verbe pour
être sa gloire ; de même, c'est des entrailles de
PRÉLIMINAIRES 1?
sa Miséricorde, pour parler le langage des Ecri-
tures ', que Dieu, comme par une génération
nouvelle, selon qu'il s'exprime lui-même, tire
le Prêtre éternel destiné à le glorifier par le
Sacrifice de la divine Victime-.
Eternellement, Jésus Verbe divin en même
temps que Prêtre et Pontife sera la glorification
ineffable de Dieu le Père ; comme II sera la
louange, le bonheur et la gloire des anges et
des saints dans les siècles des siècles.
Pour avoir le sens exactement théologique des
considérations qui seront faites dans le cours de
ce volume, ne perdons point de vue les vérités
suivantes qui doivent servir de base à l'étude du
Sacerdoce en Jésus. — i° Le Sacerdoce du Verbe
dans le sein de Dieu, ainsi dénommé parce que
le Fils est la gloire essentielle du Père, est un
sacerdoce qui ne comporte aucune notion de
médiation et de sacrifice, comme il en comporte
dans le Sacerdoce du Verbe incarné. — 2° Jésus
est constitué Prêtre par l'Union hypostatique ;
1 « Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu...»
comme s'exprime Zacharie, le père du Précurseur, dans son
admirable cantique (Luc, i, 78).
■- « Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui.
Vous êtes Prêtre pour l'éternité. » Hébr., v, 5, 6.
1» DU SACERDOCE DE JESL'S
son Sacerdoce est une seule et même chose avec
son Incarnation. — 3° Jésus est à la fois Prêtre
et Victime dans l'unité de sa Personne divine.
C'est le même qui offre et qui est offert, qui
s'immole et qui est immolé.
Pourra-t-on jamais se lasser de contempler le
mystère du Sacerdoce éternel de Jésus et s'ef-
forcer assez de le comprendre et de lui rendre
tous les hommages qui lui sont dûs ! Que ce
soit notre manière d'adorer et d'aimer Jésus.
Après L'avoir étudié sous d'autres aspects non
moins adorables, considérons- Le maintenant
sous celui dont le Père fait particulièrement
l'objet de ses divines complaisances et que Jésus
Lui-même regarde comme la condition essen-
tielle de la glorification de son Père et du salut
du monde-
Nous sommes en face de Jésus, tel qu'il est
de toute éternité, tel qu'il a été dans le temps,
tel qu'il sera dans les siècles des siècles : le
Prêtre de Dieu et le Prêtre des hommes, le Pon-
tife de la terre et le Pontife du ciel, l'unique
Prêtre d'une Victime unique, le divin Sacrifica-
teur qui continuera d'offrir d'une manière glo-
rieuse pendant toute l'éternité l'Agneau toujours
immolé, la gloire sublime du Paradis.
Purifions nos âmes, dégageons notre esprit
de toute autre considération, ranimons l'amour
PRELIiMINAIRi;S I9
dans notre cœur, fixons notre volonté en celle
de Jésus, établissons notre âme dans le recueil-
lement et la paix, goûtons la suavité de la pré-
sence divine et entrons dans le sanctuaire trois
fois saint du Sacerdoce de Jésus, où nous trou-
verons le Père qui nous révélera le Fils et le
Fils qui nous montrera la gloire du Père.
CH?kPITRE PREMIER
De la nécessité du Sacerdoce
ei^ Jésus
CHAPITRE PREMIER
De la nécessité du Sacerdoce
crp Jésus
« Nous avons un grand pontife, Jésus
Fils de Dieu. Le Seigneur l"a juré et il
ne s'en repentira pas : Vous êtes Prêtre
pour l'éternité. »
Hébr., IV, 14; VII, 21.
Avant de faire une étude concrète du Sacer-
doce en Jéstis, d'en scruter l'origine divine,
d'en démontrer la nécessité par les divers actes
de sa vie, d'en suivre les phases successives,
d'en considérer la sublimité dans la nature de
sa mission, d'en constater la souveraine puis-
sance et d'en admirer les divines efticacités, il
semble utile de jeter un coup d'œil général sur
le caractère sacerdotal de Jésus, pour en mieux
comprendre non seulement la nature mais en-
core la nécessité.
Ce n'est ni la dévotion ni le désir de grandir
le Maître que nous aimons qui peuvent conférer
à Jésus un titre sacerdotal quelconque. Nous
24 I>U SACERDOCE DE JESUS
ne Lui décernons pas un titre d'honneur, parce
qu'il semble Lui convenir; avant que nous L'ho-
norions comme Prêtre, Jésus est en possession
du Sacerdoce. Bien plus, c'est pour être Prêtre
qu'il est envoyé par son Père, c'est en tant que
Prêtre qu'il se présente à nous, et ce n'est que
comme Prêtre qu'il peut nous sauver et, par là,
glorifier dignement son Père.
Ou Jésus doit être Prêtre, ou 11 ne peut être
notre Sauveur. Le Sacerdoce est de l'essence
même de l'Incarnation. Jésus Verbe incarné et
Jésus Prêtre, c'est tout un.
N'oublions point cette vérité capitale, et nous
aurons ainsi une intelligence plus claire et plus
exacte de la venue de Jésus sur cette terre, de
tous les actes de sa vie, de sa Passion, de sa
mort et de son éternelle glorification.
Ne nous contentons pas toutefois de constater
et de comprendre la nécessité du Sacerdoce en
Jésus ; mais à mesure que la lumière sur ce
point se fera plus vive dans notre esprit, que
notre amour grandisse dans notre cœur et nous
porte à donner à Jésus des marques d'honneur,
de louange et d'admiration en tant qu'il est
Prêtre, le Prêtre éternel, principe, source et
grâce de tout Sacerdoce.
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS 23
Nous ne pouvons nier qu'il n'y ait à cet égard de
réelles et regrettables lacunes dans la piété des
âmes. Le Sacerdoce de Jésus est laissé plus ou
moins dans l'ombre. On honore Jésus sous bien
des titres, on se plaît à Le considérer sous bien
des aspects, on se laisse attendrir par le spec-
tacle de bien des actes de sa vie, on Le suit
volontiers de la Crèche au Calvaire ; mais on ne
réfléchit pas assez à ce qu'il est comme Prêtre,
on ne se laisse pas ravir par les sublimités de
son Sacerdoce et on ne contemple pas suffisam-
ment en Lui le Prêtre venant en ce monde pour
offrir un divin Sacrifice et présenter à son Père,
pendant toute sa vie, la Victime adorable qu'il
conduit au Calvaire afin de l'immoler pour le
salut du monde.
Comblons^ comblons cette lacune profonde,
étrange et quasi mystérieuse. Non, Jésus-Prêtre
n'est ni assez connu ni assez honoré ni assez
aimé ni assez glorifié. Il semble que c'est d'abord
en tant que Prêtre qu'il devrait être connu,
compris et honoré, — dût-Il l'être moins sous
d'autres aspects, — puisque en réalité c'est un
Prêtre que Dieu le Père nous a envoyé et que
c'est par son Sacerdoce que ce Prêtre a sauvé
le monde '.
* Saint Paul, dans son épitre aux Hébreux (ix, n, 12) dit
expressément que « le Christ est venu comme pontife » et qu'il
26 DU SACERDOCE DE JÉSUS
L'on ne pourrait taxer de simple dévotion et
encore moins de pieuse exagération le culte
rendu à Jésus dans son Sacerdoce. Toutes les
dévotions prennent naissance en celle-là, de
même que toutes les louanges que l'on peut
adresser au Sauveur du monde doivent néces-
sairement remonter à l'origine et à la cause du
salut de l'humanité, c'est-à-dire au Prêtre éter-
nel, le Verbe incarné.
Le silence qui n'entoure que trop cet aspect
sublime en notre divin Sauveur ne peut être un
prétexte à laisser plus longtemps dans l'oubli ce
mystère ineftable. Jésus Prêtre a des droits im-
prescriptibles au culte et à l'amour des hommes.
Il n'est malheureusement que trop vrai que
l'attention des fidèles n'est pas suflftsamment at-
tirée sur ce caractère fondamental en Jésus. On
n'en parle pas assez; on n'en fait pas fessor-
a « obtenu une rédemptioit universelle. » Le Docteur angélique
s'exprime aussi clairement : « Puisque la grâce de la justifica-
tion nous a été accordée par la vertu du Christ et que le Christ
a pleinement satisfait pour nous, il est certain que son Sacer-
doce a eu plein pouvoir pour expier les péchés. » (S. Tiiom.,
III p., q. 22, a. 3).
Plus loin il en donne la raison : « Quoique, dit-il, le Christ
n'ait pas été Prêtre comme Dieu, mais comme homme, ce fut
cependant une même personne qui fut Prêtre et Dieu. C'est
pourquoi, selon que son humanité opérait en vertu de sa Divi-
nité, ce sacrifice est le plus efficace pour effacer les péchés. »
Ibid., ad 1.
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JB8US 27
tir la nécessité et la beauté; on n'en tire pas la
surabondance de lumières, de grâces et d'amour
qui seraient pour la piété une source d'enseigne-
ments pratiques et d'attraits souverains.
Les Ames méditatives et les Prêtres eux-mêmes
n'exploitent pas autant qu'ils le devraient cette
mine inépuisable de vérités et de considérations,
capables d'éclairer les plus grands mystères de
la Religion et propres à donner la première place
à l'honneur et à l'amour qu'ils doivent à Jésus
si désireux d'être mieux connu et plus aimé
dans son Sacerdoce.
Que la connaissance et l'amour de Jésus Prêtre
soient l'objet de nos incessantes prières, de nos
méditations habituelles et de nos plus pieuses
affections. Rendons nécessaires dans nôtre vie
l'étude et la connaissance du Sacerdoce de Jésus.,
et nous nous serons considérablement rappro-
chés du ciel, où Jésus est éternellement adoré et
iilorifié comme Prêtre et comme Victime.
I. — Jésus ne peut pas ne pas être Prêtre
Bn envoyant son Fils dans le monde, Dieu le
Père devait Lui octroyer toutes les dignités en
rapport avec sa mission et Le présenter aux
28 DU SACERDOCE DE JÉSUS
hommes avec toute l'autoi ité capable de Taccré-
diter. Il ne suffisait pas qu'il Le constituât Roi
de l'univers ', en Lui donnant toutes les nations
1 En vingt endroits du saint Evangile Jésus parle de son
rovaume et aussi de son avènement futur comme juge et triom-
phateur. Les Juifs, sans doute, se firent une fausse idée de cette
royauté, à cause de leurs préjugés relatifs au rôle temporel du
Messie ; c'est pourquoi ils forment le dessein de le proclamer
roi. après le miracle de la multiplication des pains (Jean, vi, i.S)
et l'escortent comme un roi et un triomphateur, dans la Ville
Sainte, le Dimanche des rameaux: « Hosanna, béni soit le roi
d'Israël qui vient au nom du Seigneur » (Jkan. xii, t3). Toute-
fois l'idée de royauté ressort tellement avec évidence des ensei-
gnements du Sauveur, que ses ennemis, lorsqu'ils le verront
humilié et sans défense, s'en serviront j)our la lui jeter à la face,
en signe d'ironie et de mépris. << Mais les Juifs criaient (à Filate)
disant : Si vous le délivrez, vous n'êtes pas l'ami de César, car
quiconque se fait roi, se déclare contre César » (Jean, xix, 12).
Le poursuivant de leurs sarcasmes, ils se rient de lui jusque
dans la mort : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi » (Luc,
xxiu, 57) : « S'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant
de la croix et nous croirons en lui " (Mat., xxvii, 42). Ils asso-
cient à leurs outrages la soldatesque romaine qui, après l'avoir
affublé d'un vêtement de théâtre et l'avoir couronné d'épines,
fléchit le genou devant lui, en se moquant et disant : « Salut,
roi des Juifs. » (Mat., xxvu, 29).
C'est en grande partie sur le thème de la royauté de Jésus
ijue se déroule le drame inique de la passion. En effet, nous
lisons en Saint Luc (xxni, 1, 2): « Et se levant tous en foule,
ils le menèrent à Pilate. Et ils commencèrent à l'accuser, di-
sant : Nous avons trouvé celui-ci pervertissant notre nation,
et défendant de payer le tribut à César et disant qu'il est le
Christ roi. » Pilate ne retient de cette triple accusation que la
dernière, il appelle Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Sur la réponse de Jésus que « son rovaume n'est pas de ce
monde», Pilate ajoute: « Tues donc roi ? ^^ Jésus alors pro-
clame solennellement sa royauté : « Tu le dis, je suis roi. » (Jean,
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS 29
en héritage et en Lui communiquant tout pou-
voir sur les créatures '. Il ne suffisait pas davan-
tage qu'il Lui conférât le droit de faire et d'impo-
ser des lois aux hommes et de Le leur présenter
comme le grand Législateur de 1 humanité -.
XVIII, 33, 36, 37). A partir de ce moment, le gouverneur ro-
main n'appellera plus Jésus que le roi des Juifs : ■< Voilà votre
roi» (Jean, xix, 14); « Voulez- vous que je vous délivre le roi
des Juifs ? » (.Marc, xv, 9) ; « Que voulez-vous donc que je
lasse du roi des Juifs ? » (Marc, xv, 12) : « Crucifierai-je votre
roi? » (Jean, xrx, i5). Le juge faible et lâche cédant aux voci-
férations de la foule, criant : « Nous n'avons pas à'autre roi
que César » (Jean, xix, i3), leur livra le Sauveur pour être cru-
cifié, en indiquant sur l'inscription qu'il mit sur la croix (Jean,
XIX, 19), le motif de sa royauté comme raison de sa mort : « Et
ils placèrent au-dessus de sa tête la cause de sa condamna-
tion ainsi écrite : Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » (Mat.,
xxvii, 37) ; formule que les Juifs tentèrent de faire changer :
« Les pontifes des Juifs dirent donc à Pilate : N'écrivez pas :
roi des Juifs ; mais qu'il a dit : Je suis le roi des Juifs » (Jean,
XIX, 21), ajoutant ainsi un dernier témoignage de l'enseignement
formel de Jésus sur sa rovauté.
Ajoutons, pour conclure, que l'aurore et la fin de la vie du
Sauveur ont été saluées par deux proclamations de foi envers
sa royauté : l'une des Mages arrivant à Jérusalem et deman-
dant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? >> (Mat.,
Il, 2), l'autre du larron pénitent demandant une place dans son
royaume : « Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous vien-
drez en votre royaume. » (Lfc, xxiii, 42).
A notre tour, proclamons-Le donc à l'envi, avec Saint Paul:
« Le roi des rois et le dominateur des dominateurs. » I Tim., vi, i5.
' « Le Seigneur m'a dit : Tu es mon fils... Demande-moi, et
je te donnerai les nations en héritage, et je te ferai posséder
jusqu'aux extrémités de la terre. » (Ps. 11,7, 8). — « Toute ffuis-
sance m'a été donnée au ciel et sur la terre. » (Mat., xxvni, 18).
* i< 11 n'y a qu'un seul législateur et juge : c'est celui qui
30 nu SACERDOCE DE JÉSUS
Au-dessus de la royauté et du gouvernement
des peuples, il existe une dignité qui dépend
moins des hommes que de Dieu, une dignité qui
régit les consciences et qui s'exerce autant au
ciel que sur la terre : c'est celle du Sacerdoce.
Devant le Prêtre, les rois de ce monde et les
plus grands héros de l'humanité courbent la
tête. Aux pieds du Prêtre, les justes comme les
pécheurs, les savants comme les ignorants, les
riches comme les pauvres viennent s'agenouiller
pour être bénis et absous. Pour se rendre le ciel
favorable comme pour le bénir de ses bienfaits,
c'est au Prêtre que les nations recourent et à
qui elles confient leurs intérêts les plus sacrés.
Dans la famille comme dans la société, le Prê-
tre préside aux événements les plus solennels de
la vie ; il est appelé près du berceau des pre-
miers-nés, il est présent à l'époque des grandes
joies et des grands deuils, il chemine à côté des
heureux et des malheureux pour montrer à tous
le chemin du ciel, il apparaît au chevet des ma-
lades et des mourants, et c'est encore lui qui
rend à Dieu les âmes qu'il a reçues dans la vie.
Toutes les dignités de la terre pourraient dis-
peut perdre et sauver. » (Jac, iv, 12). — « Le Père aime le
Fils et ii a tout remis entre ses mains. » (Jean, »i, 35). —
« Oui croira, sera sauvé : qui ne croira pas, sera condamné, n
(Marc, xvi, 16).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 3l
paraître, celle du Sacerdoce est nécessaire à
rhumanité. La terre la réclame autant que le
ciel. Elle contient toutes les autres dignités, elle
en est le fondement et le couronnement.
Comment, dès lors, pouvoir la dénier à Celui
qui vient au nom du Seigneur ', au Christ-Roi
issu de la race royale de Juda -, au Fils du Très-
Haut dont le règne n'aura jamais de fin ^, au
Sauveur de l'humanité qui doit restaurer toutes
choses dans la justice et la miséricorde ? '
Tout ce qu est Jésus, Il l'est par son Sacer-
cerdoce. S'il n'était pas Prêtre, II ne serait ni
Roi, ni Chef, ni Seigneur, ni Maître. C'est parce
* « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Mat., xxi, 9.
2 « Hosanna au Fils de David. » Mat., xxi, 9.
3 « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut, et le
Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera
éternellement, et son règne n'aura point de fin. » Luc, i, 32, 33.
' « La justice et la paix se sont embrassées. » Ps. lxxxiv, 11.
« La justice de Dieu a été manifestée par la foi en Jésus-
Christ ; car tous ont péché et ont été justifiés gratuitement par
sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus. »
Rom., ni, 21-24.
n 11 a été convenable à la miséricorde et à la justice, comme
dit Saint Thomas, que l'homme fût délivré par la passion du
Christ. Cela convenait à sa justice, parce que le Christ a satis-
fait par sa passion pour les péchés du genre humain, et l'huma-
nité a été ainsi délivrée par la justice du Christ. Cela conve-
nait aussi à sa miséricorde, parce que l'homme ne pouvait pas
satisfaire par lui-même pour le péché de toute la nature hu-
maine ; Dieu lui a donné son Fils pour satisfaire à sa place. »
m p., q. 46, a. 1, ad 3,
32 Dl' SACERDOCE DE .lÉSt'S
qu'il est Prêtre qu'il nous apparaît si grand.
Lui qui vient dans le monde chargé d'un man-
dat divin que Dieu le Père a confié à son Sacer-
doce. C'est parce qu'il est Prêtre qu'il a été
établi chef de l'humanité, afin de la représenter
dignement auprès du trône de Dieu. C est parce
qu'il est Prêtre qu'il a reçu en garde la divine
Victime et qu'il a été chargé de la conduire au
supplice. C'est parce qu'il est Prêtre qu'il a le
pouvoir de se substituer à l'humanité coupable,
de porter le poids de ses péchés et de la purifier
dans le sang de l'Agneau.
Toutes ses grandeurs, toutes ses dignités,
toutes ses prérogatives, toute sa puissance, toute
sa mission découlent de son Sacerdoce *. Oh !
qu'il est beau, qu'il est grand, qu'il est sublime
notre Jésus-Prêtre qui sort tout glorieux du sein
de Dieu pour venir exercer ici-bas son royal et
divin Sacerdoce dans les humiliations et les
abaissements de son humanité ! Aucune dignité
humaine n'atteindra jamais les splendeurs du
1 « Le Christ, comme chef de l'humanité, a la perfection de
toutes les grâces. C'est pourquoi, quand il s'agit des autres
hommes, il faut que l'un soit législateur, un autre Prêtre, un
autre roi ; au lieu que toutes ces choses se rencontrent dans
le Christ, comme dans la source de toutes les grâces. D'où
il est dit (Is., xxxm, 22) : << Le Seigneur notre juge, le Seigneur
notre législateur, le Seigneur notre roi viendra lui-même et
nous sauvera. » S. Thom., III p., q. 22, a. 1, ad 3,
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 33
Sacerdoce du Prêtre éternel que Dieu a établi
pour jamais le Roi et le Sauveur du monde.
Pour exercer de l'influence parmi les hommes,
la dignité ne suffit pas, il faut qu'elle soit accom-
pagnée d'une autorité égale qui la fasse res-
pecter. Alors seulement la dignité grandit celui
qui la porte et sert à ceux qui l'honorent. C'est
pourquoi les grands de ce monde sont si avides
de popularité et si empressés à capter la con-
fiance et à s'attirer les honneurs de ceux sur
lesquels ils prétendent exercer leur autorité.
Toutefois la dignité de la personne, l'élévation
des sentiments et l'importance de la mission sont
ce qui relève davantage l'autorité et lui donne
sa valeur intrinsèque. Plus l'autorité est d'un
ordre élevé, plus elle est digne d'honneur. Une
autorité purement humaine rencontre des bornes
qu'elle ne peut franchir. Une autorité divine
exerce une influence qui ne peut être contenue
dans les limites du créé ; seule l'autorité du Sa-
cerdoce porte ce caractère et s'exerce dans des
sphères aussi divines qu'humaines.
On obéit au Prêtre, parce qu'on voit en lui
l'envoyé du ciel ' ; on se fait son disciple, parce
1 « Nous faisons les fonctions à' ambassadeurs pour le Christ,
Dieu vous exhortant par notre bouche. » II Cor., v, 20.
34 DU SACERDOCE DE JÉSUS
qu'il enseigne des vérités éternelles ' ; on croit à
sa parole, parce qu'il parle au nom de Dieu - ; on
marche dans la voie qu'il trace, parce qu'on sait
qu'elle est celle de la justice et de la vérité ■'.
Pour accomplir sa mission sur la terre, Jésus
devait posséder une autorité capable de s'im-
poser aux hommes et de subjugvier les foules.
Aussi est-Il venu dans toute la lumière et la
puissance de son Sacerdoce parler aux hommes
un langage céleste, leur révéler des choses di-
vines, leur proposer des croyances nouvelles,
leur imposer des lois et exiger leur obéissance.
Tout dans sa Personne, dans ses paroles et
dans ses actes, porte le caractère d'une au-
torité sacerdotale indiscutable '. Il est la lu-
1 « Allez et enseignez toutes les nations. » Mat., xxviii, 19.
- « Comme mon Père m"a envoyé, je vous envoie. » (Jean,
XX, 21). — « Enseignez à observer tout ce que je vous ai com-
mandé. » (Mat., x.xviii, 20).
3 « Dieu a voulu établir l'ordre sacerdotal, précisément afin
qu'il y ait dans l'Eglise des hommes chargés de sanctifier les
autres. » S. Thom., III p., q. 34, a. 1.
•^ Ecoutons les enseignements du grand Apôtre. Il pose en
principe que Jésus est la source et la raison d'être de toutes
choses : « Toutes choses sont en lui, et par lui, et pour lui »
(Col., I, 16, 17). En réalité, il n'y a que lui, car « II est tout en
toute chose » (Col., ni, 11). C'est pourquoi son autorité est in-
discutable et universelle : « Il est le roi des rois et le domina-
teur des dominateurs » (I Tim., vi, i5). Et c'est à ce titre que,
« possédant la plénitude de la divinité » (Col., 11, 9), il nous y
fait participer par la puissance de son autorité : « Vous êtes
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 35
mière', et, comme Prêtre, Il la fait briller dans
les intelligences -. Il est la vérité ", et sa parole
sacerdotale en est la garantie '. Il est la voie
qui conduit au ciel \ et son ministère sacré
consiste à y accompagner les âmes '. Il est la
sainteté ", et, en tant que Prêtre pur et sans
remplis en lui, qui est /e chef de toute autorité et de toute
puissance ^^ (Col., ii, lo).
* « Je suis la lumière du monde. » Jean, ix, 5.
- « En lui était la vie, et la vie était la lumière^es hommes...
Il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en
ce monde. » Jean, i, 4, 9.
Saint Thomas, à ce sujet, s'exprime ainsi : « Dieu par son
intelligence est non seulement la cause de tout ce qui existe,
mais toute connaissance intellectuelle dérive de l'intellect di-
vin. Donc, toute connaissance intellectuelle est causée par le
Verbe qui est la raison de l'intellect divin. C'est pourquoi
Saint Jean dit que la vie était la lumière des hommes, parce
que le Verbe, qui est la vie et dans lequel tout est vie, est
comme une lumière qui manifeste aux hommes la vérité. »
Contr. Gent., L. 4, c. t3.
3 « Je suis la vérité. » Jean, xiv, 6.
* « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Jean,
VI, 64.
2 « Je suis la voie. » Jean, xiv, 6.
•■ « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais
// aura la lumière de la vie. » Jean, viii, 12.
' « Moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde. »
Jean, x, 36.
Remarquons que Jésus n'a pas été sanctifié, selon notre ma-
nière de parler, en ce sens qu'il a été purifié, mais parce qu'il
s'est fait à la fois homme et saint. Le Docteur angélique s'ex-
prime clairement à ce sujet : « Etre sanctifié, dit-il, c'est devenir
saint. Pour nous, de pécheurs que nous sommes nous devenons
36 DU SACERDOCE DE JÉSUS
tache ', Il invite les hommes à la pratique de
toutes les vertus -. Il est la grâce ■, et par son
pouvoir sacerdotal II la répand dans les âmes*.
Il est la miséricorde ', et, Prêtre éternel. Il se
saints ; et ainsi notre sanctification consiste à nous délivrer du
péché. Mais le Clirist, comme homme, est devenu suint, parce
qu'il n'a pas eu toujours cette sainteté de la grâce. Cependant
îl n'est pas devenu saint de pécheur qu'il était, parce que le
péché n'a jamais été en lui ; mais // est devenu saint après ne
l'avoir pas été comme homme, non d'une manière privative,
c'est-à-dire de telle sorte qu'il ait été homme un jour sans avoir
été saint, mais d'une manière négative, c'est-à-dire que quand
il n'a pas été homme, il n'a pas eu la sainteté humaine. C'est
pourquoi // s'est fait tout à la fois homme et saint. C'est ce
qui fait dire à l'ange (Luc, i, 35) : Le saint qui naîtra de vous. »
S. Thom., 111 p., q. 34, a. 1, ad 2.
' « H convenait que nous eussions un tel pontife, saint, in-
nocent, sans tache, séparé des ]îécheurs et plus élevé que les
cieux. » Hébr., vm, 26.
s « Je vous ai donné l 'exemple, afin que vous fassiez comme
j'ai fait. » (Jean, xmi, i5). — «Si vous voulez être parfait, venez,
suivez-moi. » (Mat., xix, 21).
2 « La grâce de Dieu est la vie éternelle dans le Christ Jésus
Notre Seigneur. » Rom., vi, 23.
' « Nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce sur
grâce. » Jean, i, 16.
« Comme le Christ fait homme, dit Saint Thomas, a obtenu,
en qualité de Fils unique du Père, une souveraine plénitude de
grâces, il a fallu, en conséquence, que cette grâce débordât de
lui dans les autres, de telle sorte que le Fils de Dieu fait
homme fît, à son tour, les hommes des dieux et des enfants de
Dieu, selon ces paroles de l'Apôtre aux Galates (iv, 4, 5) : « Dieu
a envoyé son Fils unique engendré de la femme, né sous la loi,
pour délivrer ceux qui étaient sous la loi, et nous communiquer
le titre d'enfants adoptifs. » Op. 2, c. 214.
•"' i< Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi.
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS ^7
présente comme le grand purificateur des con-
sciences '. Il est l'amour incréé -, et II puise dans
sa charité sacerdotale les ardeurs dont II em-
brase les cœurs '. Il est la vie ', et II recourt aux
efficacités divines de son Sacerdoce pour en
inonder les âmes • et les ressusciter à la vie
éternelle '.
C'est bien en tant que Prêtre que Jésus est
l'auteur de telles merveilles divines '. C'est pour
les opérer que Dieu le Père L'a honoré du Sa-
cerdoce \ C'est au nom de sa mission sacerdo-
étant devenu malédiction pour nous.» (Gal., m, i3). ;■ 11 nous
a aimés et il s'est livré lui-même pour nous à Dieu, comme une
ablation et une victime d'agréable odeur. » (ti-HÉs., v, 2).
' « Il a du être, en tout semblable à ses trères, pour de% cuir
auprès de Dieu un pontife miséricordieux et fidèle pour expier
les péchés du peuple. » Hébr., ii, 17.
- « Dieu est charité. » I Jean, iv, 16.
■j « Notre Dieu est un feu consumant. « Hébr., \u, 29 . — « .le
suis venu jeter le feu sur la terre, et que veux-je sinon qu'il
s'allume? » (Luc, xii, 491.
'• « Je suis ta vie. » Jea.v, xiv, 6.
•"• <( Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient
plus abondamment. » Jean, x, 10.
'j « Je suis la résurrection et la vie. » Jean, xi, 23). - « En
vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi, a la vie
éternelle. » Jean, vi, 47.
' « Dieu l'ayant déclaré pontife selon l'ordre de Melchisédecli,
et ayant été élevé à la perfection, /'/ est devenu pour tous ceux
qui lui obéissent, la cause du salut éternel. « Hébr., v, 9, 10.
^ « Notre pontife a reçu un ministère d'autant plus excellent,
qu'il est le médiateur d'une meilleure alliance, établie sur de
38 DU SACERDOCE DE JÉSUS
taie que Jésus réclame la foi absolue à son auto-
rité divine '. Il en fait une question de vie ou de
mort éternelle. Croire en Lui et Lui obéir, c'est
assurer son salut-; refuser de Le suivre, c'est
déjà recevoir sa condamnation ".
Ah ! que ne devons-nous pas à Jésus-Prêtre,
dont l'autorité n'a d'égale que la puissance, et
dont la puissance n'est que l'expression d'un
amour éternel !
Il est une autre raison plus fondamentale en-
core, qui démontre la nécessité du Sacerdoce
en Jésus ; elle est tirée de la nature même du
Sacerdoce.
Le Prêtre est un intermédiaire entre Dieu et
les hommes ; il traite à la fois avec la Divinité et
l'humanité '. Il atteint par là les deux extrêmes
meilleures promesses. » (Hébr., viii, 6). — « Le Christ ne s'est
point arrogé à lui-même la dignité de pontife, mais // l'a reçue
de celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, je t'ai engendré au-
jourd'hui. » (Hébr., V, 5).
' « En vérité, en vérité, je vous le dis : Qui écoute ma parole
et croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle. » Jean, v, 24.
2 « Celui qui croit en moi a la vie éternelle. » Jean, vi, 47.
•* « Celui qui ne croit pas en lui est déjà jugé, parce qu'il ne
croit pas au nom du Fils unique de Dieu. » (Jean, m, 18).
« Quant à celui qui ne croit pas au Fils, // ne verra pas la vie,
mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jean, ni, 36).
■* « Le Prêtre, dit saint Thomas, est en quelque sorte l'entre-
metteur et le médiateur entre le peuple et Dieu, comme il est
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 5^
et il les réunit en quelque sorte dans sa per-
sonne '. Il participe ainsi à une double mission :
celle de Dieu auprès des hommes et celle des
hommes auprès de Dieu. Pour l'accomplir, il
doit nécessairement être agréé de part et d'au-
tre. Ministère divin et humain, qui honore sin-
gulièrement celui qui en est investi et qui en
fait vraiment un être à part dans l'humanité.
Pourrait-on supposer un seul instant que
Jésus n'ait pas reçu le caractère sacerdotal qui
L'aurait constitué d'office le représentant de
Dieu et des hommes-? Qui, plus que Lui, en
serait digne et réunirait les conditions essen-
tielles d'un semblable ministère'? Bien plus,
dit de Moïse (Del t., v). C'est pourquoi il lui appartient de trans-
mettre au peuple les dogmes et les sacrements divins, et d'ew
recevoir ensuite les prières, les sacrifices et les oblations, pour
les offrir à Dieu, selon ces paroles de saint Paul (Hébr., v, i) :
« Tout pontife étant pris d'entre les hommes, est établi pour
eux en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu'il offre des dons
et des sacrifices pour le péché. » III p., q. 86, a. 2.
' (( 11 appartient proprement à l'office de médiateur d'unir
ceux entre lesquels il interpose sa médiation ; car les extrêmes
s'unissent dans un milieu. » S. Thom., III p., q. 26, a. 1.
- « Nous avons un pontife, dit Saint Paul, qui est entré dans
le ciel, c'est Jésus Fils de Dieu. » (Hébr., iv, 14). — « Puisque
le Christ, dit également Saint Thomas, a été médiateur entre
Dieu et les hommes, il lui convient éminemment d'être prê-
tre. » (III p., q. 22, a. 1.)
^ « Il convient au Christ d'unir les /tommes à Dieu d'une
manière parfaite, puisque c'est par lui qu'ils ont été réconciliés
avec Dieu, d'après ces paroles de Saint Paul (II Cor., v, 19):
40 tiV SACERDOCK DE JÉSUS
qui, en dehors de Lui, pourrait être honoré
d'une si haute fonction, s'il n'en puisait en Lui
la mission et la puissance ' ?
Jésus seul, par sa double nature divine et
humaine, a le droit d'exercer un Sacerdoce
divin. C'est précisément parce qu'il est Dieu
et Homme par l'Union hj'^postatique, qu'il est
Prêtre, le seul Prêtre digne essentiellement de
ce nom, le Prêtre unique qui possède la pléni-
tude du Sacerdoce ^.
Par sa nature divine, 11 vient de Dieu, 11 est
en Dieu, Il est Dieu ; par sa nature humaine, Il
appartient à l'humanité. Il est Homme. Il peut
ainsi se présenter avec autorité à Dieu et aux
« Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui. »
C'est pourquoi il n'y a que le Christ qui soit un médiateur par-
fait entre Dieu et les hommes, en tant que par sa mort il a ré-
ooncilié le genre humain avec Dieu.» S. Thom., III p., q. 26, a. 1.
* « Le Clirist est la source de tout le Sacerdoce ; car le
Prêtre de l'ancienne loi était sa figure, et le prêtre de la nou-
velle opère en son nom. » S. Thom., III p., q. 22, a. 4.
2 « Il n'y a qu'un Dieu et qu'un médiateur entre Dieu et les
hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est livré lui-même pour la
rédemption de tous. » I Tim., 11, 5, 6). — Les paroles suivantes
de Saint Thomas sont un court commentaire de celles de Saint
Paul : « L'office de médiateur demandait que le Christ eût en
commun avec nous une chair passible et mortelle, et avec Dieu
la puissance et la gloire, afin qu'en détruisant en nous ce qu'il
avait de commun avec nous, savoir la souffrance et la mort,
il nous fît parvenir à ce qui lui était commun avec Dieu, car
il tut médiateur pour nous unir à Dieu. » Contr. Gent.,
L. 4, c. 55).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 4I
hommes '. Dieu voyant en Lui son Fils, agrée
les prières, les offrandes et les louanges que
Celui-ci lui offre au nom de l'humanité ; et l hu-
manité reçoit avec foi, confiance et reconnais-
sance les messages divins et les grâces sans
nombre que son représentant est allé puiser
dans la Divinité -'.
Dieu le Père ne s'est constitué qu un seul
Prêtre, distributeur de ses dons : et c'est Jésus.
' « Le Christ a eu de commun la béatitude avec Dieu, et la
mortalité avec les hommes. C'est pour cela qu'il s'est interposé
comme intermédiaire pour que, la mortalité étant détruite, il
rendît les morts immortels et qu'il rendît bienheureux ceux qui
sont misérables. C'est pour cela qu'il est le hou médiateur qui
réconcilie les ennemis. » S. Ïhom., III p., q. 26, a. 1, ad 2.
- Concluons avec le Docteur angélique : « \Soffice profère du
Prêtre, dit-il, c'est d'être médiateur entre Dieu et le peuple,
selon que d'une part il transmet au peuple les choses divines,
d'où est venu le nom de sacerdos, ciui signifie en quelque sorte
sacra dans (donnant les choses sacrées); tandis que d'autre
part il offre à Dieu les prières du peuple et qu'il satisfait à Dieu
d'une certaine manière pour leurs péchés. D'où Saint Paul dit
(Hébk., V, 1) : « Tout pontife étant pris d'entre les hommes est
établi pour eux, en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu'il
offre des dons et des sacrifices pour les péchés. » Or, c'est prin-
cipalement ce qui convient au Christ. Car, par lui les dons de
Dieu ont été communiqués aux hommes, suivant ce passage
de Saint Pierre (II, i, 4) : « C'est par le Christ que Dieu nous a
communiqué les biens si grands et si précieux qu'il nous avait
promis, pour que vous soyez par là même participants de la
nature divine. » C'est aussi lui qui a réconcilié le genre humain
avec Dieu, d'après ces paroles de S. Paul (Col., i, 19, 20) : « Il
a plu au Père de faire résider toute plénitude dans le Christ et
de réconcilier par lui toutes choses. » III p., q. 22, a. 1.
42 DU SACERDOCE DE JESUS
L'humanité ne reconnaît qu'un seul Prêtre qui
puisse pénétrer dans les cieux et porter au Sei-
gneur ses vœux et ses supplications : et c'est
Jésus.
Intermédiaire entre Dieu et les hommes, le
Père ne voit l'humanité que dans son Fils
Prêtre, et les hommes ne se présentent à Dieu
que sous le couvert du Sacerdoce de Jésus que
le Père leur a donné comme Prêtre. De sorte
que 1 office essentiel de Jésus est d'attirer les
bénédictions divines sur les hommes et d'ac-
complir auprès de son Père tous les devoirs de
l'humanité vis-à-vis de Dieu : devoirs de créature
à l'égard du Créateur ; devoirs de créature cou-
pable et pécheresse envers la Divinité ; devoirs
de créature repentante et criant miséricorde.
C'est à ce titre que Dieu le Père a fait de
Jésus son Prêtre. C est pour remplir cette fonc-
tion sublime que Jésus apparaît dans l'huma-
nité, qu'il vit et qu'il meurt.
Pour mieux saisir l'importance essentielle et
la nécessité absolue du Sacerdoce en notre divin
Sauveur, considérons ce qui serait advenu si
Jésus n'était pas Prêtre.
Comme membre de l'humanité. Il aurait été
tenu de participer aux sacrifices offerts à la
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 4.^
Divinité pour reconnaître sa souveraineté sur
toute créature ; et pour cela, a^'ant dû recourir
au ministère des Prêtres, Il leur aurait été infé-
rieur en dignité et en fonction. Ce qui eût été
une contradiction formelle avec le mystère de
l'assomption de sa nature humaine en une Per-
sonne divine, assomption qui Le constitue le
Chef universel et le Pontife suprême de l'hu-
manité '.
Venu pour abolir l'ancien sacerdoce et rempla-
cer les sacrifices de l'ancienne Loi, comment au-
rait-Il pu le faire s'il n'eût été Prêtre Lui-même?
Comme il ne peut y avoir de religion sans sa-
crifice, Il aurait dû laisser subsister les sacrifices
figuratifs, quoique inefîfîcaces en eux-mêmes, et
c en eût été fait du salut du genre humain.
En vain Jésus aurait appuyé son autorité sur
des motifs élevés et des dignités supérieures,
s'il n'eût pu se présenter aux hommes en tant
que Prêtre du Très-Haut, Il n'aurait pas été
1 « Dieu le Père a mis toutes choses sous ses pieds, et il l'a
donné pour chef à toute l'Eglise. » (Ephés., i, 22). — Saint Tho-
mas, commentant ce texte, dit : « Parce que la grâce du Christ
découle dans les autres hommes, il est convenable qu'il soit la
tète de l' Eglise ; car c'est de la tète que la sensibilité et le mou-
vement se communiquent aux autres membres qui lui sont
conformes dans la nature. C'est ainsi que du Christ la grâce
et la vérité passent aux autres hommes. D'où, l'Apôtre dit :
« Il Va donné pour chef à toute l' Eglise qui est son corps. »
(Op. 2, c. 214),
44 01-' SACERDOCK DK JÉSUS
suffisamment qualifié pour enseigner une doc-
trine céleste et pour s'interposer entre Dieu et
l'humanité coupable en qualité d'avocat et d'am-
bassadeur. Il aurait pu, comme tous les hommes,
lever les bras au ciel en suppliant, mais sans en
faire descendre la grâce; Il aurait pu crier misé-
ricorde, mais sans avoir le pouvoir d'accorder
le pardon.
Quel Jésus découronné serait le nôtre, s II ne
nous apparaissait comme le Souverain Prêtre
venant exercer ici-bas les fonctions sublimes
d'un Sacerdoce qui porte le caractère d'une mis-
sion divine et qui contient en puissance la glo-
rification éternelle de Dieu et le salut du monde!
Si Jésus n'était Prêtre, comment serait-Il le
Premier-né parmi les hommes, comme le pro-
clame Saint Paul, c'est-à-dire le type, l'exem-
plaire, le modèle, la cause finale de toute créa-
ture, et par là même de tout sacerdoce ; le chef
du corps de l'Eglise et le principe de la pléni-
tude duquel nous avons tout reçu ' ? Sans quoi,
' « C'est lui qui est l'image du Dieu invisible, le prentier-nc
de toute créature ; car en lui toutes choses ont été créées duns
le ciel et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit les trônes,
soit les dominations, soit les principautés, soit les puissances,
tout a été créé en lui et pour lui, et il est avant tout et toutes
choses subsistent en lui. C'est lui aussi qui est le chef du corps
de l'Eglise, lui qui est le principe, le premier-né d'entre les
morts, de sorte qu'en tout il tient lui-même la primauté ; car il
a plu à Dieu que toute plénitude résidât en lui. » Col., i, iS-ig.
NECESSITE DU SACERDOCE EN JÉSUS 4^
fl aurait été inférieur aux Patriarches, aux Pro-
phètes, et aux personnages illustres de l'an-
cienne Alliance qui remplirent des fonctions
sacerdotales.
Comment, dès lors, aurait- 11 été promis à
Adam comme le Libérateur futur, s'il n'avait
pu offrir le Sacrifice du salut ' ?
Comment se serait- Il proclamé plus grand
qu'Abraham qui offrait des sacrifices au Sei-
gneur - ?
Comment aurait-Il annoncé que c'était de Lui
qu'avaient parlé les Prophètes comme étant le
Messie promis, la Victime conduite à la mort,
le Sauveur d'Israël et le Rédempteur du genre
humain ?
' " Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta
postérité et sa postérité ; elle t'écrasera la tête. » Ge.n., m, i5.
• Les Juifs dirent un jour à Jésus : « Est-ce que tu es plus
grand que notre père Abraham qui est mort ? Oui prétends-tu
être / Abraham votre père, répondit .Jésus, a tressailli pour voir
mon jour ; il l'a vu et s'est réjoui. Les Juifs donc lui dirent : Tu
n'as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham .■* Jésus leur
dit: En vérité, en vérité, je vous le dis: avant qu'Abraham
fût, je suis. » Jean, vni, 53, 56-58.
■'■ « Scrutez les Ecritures, dit Jésus, en Saint Jean, puisque
vous pensez avoir en elles la vie éternelle ; ce sont elles qui
rendent témoignage de moi. » (Jean, v, Jy). — « C'est de moi
que Moïse a écrit. » (Jean, v, 46) ; ce que confirme l'apôtre Phi-
lippe rencontrant N'athanaël, lorsqu'il lui dit : « Celui de qui
Moï.se a écrit dans la loi et qu'ont annoncé les Prophètes, nous
l'avons trou\ é, Jésus, fils de Joseph, de Nazareth. » (Jean, i, 45).
Le patriarche Jacob, bénissant ses fils avant de mourir, leur
46 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Comment son Précurseur, qui ne se jugeait
pas digne de dénouer les cordons de sa chaus-
sure ', L'aurait-Il désigné expressément comme
renouvelle la prédiction du Messie futur : « Le sceptre, leur
dit-il, ne sera point enlevé à Juda. ni le commandement à sa
race, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et celui-
là sera Vattente des nations. » (Gen., xlix, 10). — Isaïe, que
l'on pourrait appeler le prophète de la Passion, nous dépeint à
l'avance, et d'une façon attendrissante, tout ce qu'il en coûtera
au Sauveur pour expier le péché : « Nous l'avons vu et il n'a
pas d'apparence... Il était mépiisé, le dernier des hommes, un
homme de douleurs, habitué à souffrir. Son visage était comme
caché. Il était méprisé, et nous n'en avons pas tenu compte.
Vraiment // a porté nos maladies, et il s'est chargé lui-même
de nos douleurs. Nous l'avons pris pour un lépreux, pour un
homme frappé de Dieu et humilié. Et /'/ a été blessé pour nos
iniquités ; il a été écrasé pour nos crimes. Le châtiment qui
devait nous donner la paix est tombé sur lui, et nous avons été
guéris par sa plaie... Dieu a mis sur lui notre iniquité à tous.
Il a été offert parce que lui-même l'a voulu, et il n'a pas ouvert
la bouche, pareil à une brebis qu'on mène à la boucherie... Par
l'angoisse et par le jugement il a été enlevé. Il a été arraché de
la terre des vivants. Je l'ai frappé à cause du crime de mon
peuple. » (Is., Lin, 2-8).
Le prophète Daniel, à son tour, précise l'époque de sa mort
et les conséquences terribles qui s'en suivront pour Jérusalem
et le peuple Juif. « Soixante-dix semaines ont été déterminées
sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour que la prévarication
soit accomplie, que le péché trouve sa fin, que l'iniquité soit
effacée, que la justice éternelle arrive, ainsi que la vision et la
prophétie et pour oindre le Saint des saints. Sache donc et
remarque : depuis l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem, jus-
qu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante-deux
semaines... Et après soixante-deux semaines, le Christ sera
tué. et le peuple qui doit le renier ne sera plus son peuple. »
Daniel, ix, 24-26.
1 Jean, i, 27.
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS 47
le ministre d'un baptême purificateur * et l'A-
gneau qui efface les péchés du monde- ?
De quelle puissance Jésus Lui-même aurait-Il
usé pour pénétrer dans les consciences'^ et les
' « Celui, dit Saint Jean-Baptiste, qui m'a envoyé baptiser
dans l'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre
et se reposer, c'est celui qui baptise dans l'Esprit-Saint. »
Jean, i, 33.
2 « Le jour suivant, Jean vit Jésus venir vers lui, et il dit :
Voici Y Agneau de Dieu, voici celui qui ôtc le péché du monde. »
Jean, i, 29.
^ Nous vo\'ons en maints endroits du saint Evangile que
Jésus pénétrait les secrets des cœurs et que rien ne lui était
caché. « Il n'avait pas besoin, dit Saint Jean, que personne lui
rendît témoignage d'aucun homme, car lui-même savait ce
qu'il y avait dans l'homme » (Jean, 11, 25). C'est, en effet, par
son propre esprit que Jésus lisait au fond des consciences, et
non comme certains prophètes à qui cette science était commu-
niquée par l'Esprit de Dieu. Saint Marc nous le fait remarquer,
à l'occasion de la guérison du paralytique : « Or, il y avait là
quelques Scribes assis, qui pensaient dans leur cœur : « Pour-
quoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut remettre
les péchés, si ce n'est Dieu seul. Aussitôt Jésus, ayant connu
par son esprit qu'ils pensaient ainsi en eux-mêmes, leur dit :
Pourquoi pensez-vous ces choses dans vos cœurs ? » (Marc,
II, 6-8).
Cette science en Jésus fut une science humaine et divine à la
fois, en raison de l'Union hypostatique. Saint Thomas s'exprime
ainsi à ce sujet : « L'âme du Christ connaît dans le Verbe tout
ce qui existe, dans tous les temps, et elle sait même les pensées
des hommes dont il est le juge ; de telle sorte que ces paroles :
« Il connaissait par lui-même ce qu'il y avait dans l'homme »,
peuvent s'entendre non seulement de la science divine, mais
encore de la science que l 'âme du Christ possède dans le
Verbe. » III p., q. 10, a. 2.
48 DU SACERDOCF, DK JÉSUS
transformer, pour absoudre les pécheurs ' et as-
surer le ciel aux repentants -, pour ouvrir toutes
grandes les cataractes de la Miséricorde divine
submergeant l'humanité afin de la purifier et
de la sauver^ ?
Si Jésus n'était Prêtre, l'Evangile serait à re-
faire ; car le pouvoir de remettre les péchés
conféré à ses successeurs serait illusoire, l'Ins-
titution de l'Eucharistie et du Sacerdoce serait
^ « Toute puissance, dit Jésus, m'a été donnée' au ciel et sur
la terre. » (Mat., xxvni, 18). — Cette puissance ne connaît au-
cune borne, et elle s'exerce sur les âmes comme sur les corps :
« Le Fils de l'iiomme, ajoute-t-il, a le pouvoir sur la terre de
remettre les péchés. » (Mat., ix, 6). Et il le prouve, après avoir
dit au paralytique : « Mon fils, aie confiance, tes péchés te sont
remis » (Ibid., 2), en ajoutant : « Quel est le plus facile de dire :
Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche » ?
Eh ! bien : « Lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison.
Aussitôt le paralytique se leva et s'en alla. » (Ibid., 5-7).
- « Seigneur, dit à Jésus le bon larron, souvenez-vous de moi
quand vous viendrez en votre royaume. Et Jésus lui dit : En
vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le pa-
radis. » Luc, xxMi, 42. 43.
•' Saint Paul nous représente Jésus Pontife et Sauveur, ve-
nant clore et accomplir les prophéties dans l'exercice de sa toute-
puissance sacerdotale : « Dieu qui jadis a parlé à nos pères par
les prophètes à plusieurs reprises et de bien des manières, nous
a parlé dans ces derniers temps par le Fils qu'il a établi hé-
ritier de toutes choses et par lequel il a fait les siècles ; et qui,
étant la splendeur de sa gloire et la parfaite image de sa subs-
tance, et soutenant tout par la parole de sa puissance, après
avoir opéré la purification des péchés, est assis à la droite de
la majesté, au plus haut des cieux. » Hébr., i, i-3.
NÉCESSITE DU SACERDOCE EN JESUS 49
une fiction, l'Inimolation du Calvaire sans effi-
cacité et la Religion sans Sacrifice.
II. — Jésus, le Prêtre de son Père
Les pages qui précèdent ne peuvent nous lais-
ser aucun doute sur la réalité divine du Sacer-
doce de Jésus. Nous en avons considéré les
raisons essentielles et la nécessité indiscutable ;
nous en avons suffisamment indiqué la mission,
pour saisir le caractère sacerdotal de toutes les
opérations du Sauveur et les effets éternels du
Sacrifice qu'il est venu accomplir sur cette terre.
Pénétrons maintenant plus avant dans ce Mys-
tère adorable et remontons à l'origine du Sacer-
doce en Jésus, pour en contempler la grandeur
infinie et les beautés inefiFables.
Saint Paul nous dit que personne ne peut
s'attribuer à soi-même l'honneur du Sacerdoce '.
Il est donc nécessaire de le recevoir d'un autre
qui ait le pouvoir de le conférer. Lorsqu'il s'agit
de notre adorable Sauveur, en qui le Sacerdoce
n'est aucunement accidentel mais absolument
nécessaire, Il ne peut le recevoir que de quel-
^ « Nul ne s'attribue cet honneur, mais seulement celui qui
est appelé de Dieu. » Hébr., v, 4.
50 DU SACERDOCE DE JÉSUS
qu'un d'aussi nécessaire que Lui et qui pourtant
Lui soit supérieur en tant que principe. D'où
il faut conclure que seul Dieu le Père pouvait
conférer à Jésus l'honneur et la dignité du
Sacerdoce.
C'est ce que l'Apôtre déclare formellement,
quand il dit : « Nous avons un Pontife qui ne
s'est point approprié de lui-même la gloire du
pontificat, mais qui l'a reçu de celui qui lui a
dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré au-
jourd'hui. De même que dans un autre endroit
il dit aussi : Vous êtes Prêtre pour l'éternité' ».
Il est à remarquer que Saint Paul associe la
pensée de la Filiation divine à celle du Sacer-
doce ; nous faisant entendre par là que le Verbe
est Fils et Prêtre à la fois. Fils d abord, et
Prêtre parce que Fils ; Fils et Prêtre, c'est tout
le Verbe! Qu'est-ce à dire, sinon que la notion
du Sacerdoce, prise dans un sens large, se trouve
à l'origine dans celle de la Filiation divine?
11 n'jf a rien d'exagéré à le prétendre, lorsque
l'on considère que le Sacerdoce est essentielle-
ment ordonné à la gloire de Dieu -. Or, le Fils est
1 Hébr., V, 5, 6.
2 Saint Paul le dit clairement (Hébr., v, i) : « Tout pontife
est établi pour ce qui regarde le culte de Dieu, afin de lui
offrir des dons et des sacrifices », et ainsi de le glorifier en
reconnaissant son souverain domaine sur toutes choses.
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 5l
toute la gloire du Père, parce qu'il en est toute
la substance. Image parfaite et adéquate de son
Principe, il en est essentiellement, nécessaire-
ment, éternellement la splendeur et la gloire ' :
ce qui le constitue, en quelque sorte, dès la gé-
nération éternelle, le Prêtre de son divin Père
dans les communications ineffables des trois
Personnes divines.
Toutes élevées que soient ces considérations,
elles n'échappent pas toutefois totalement à
notre intelligence. Sans doute, nous n'en pou-
vons saisir que très imparfaitement la subli-
mité; mais nous devons trouver quand même
une grande jouissance et un sujet d'éternelle et
amoureuse adoration dans la contemplation de
ce mystère ineffable, qui nous révèle un Dieu
éternellement engendré et un Prêtre éternel
dans le Fils de la gloire et des complaisances
infinies du Père.
Ce que Jésus est pour Dieu de toute éternité.
Il le demeure ici-bas où L'envoie son Père pour
^ « On l'appelle fi/s, selon Saint Thomas, pour exprimer qu'il
est conaturel au Père ; on l'appelle splendeur, parce qu'il lui
est coéternel ; on dit qu'il est son image, parce qu'il lui est
absolument semblable ; enfin on lui donne le nom de Verbe,
pour désigner sa génération spirituelle. » (I p., q. 34, a. 2, ad 3).
Le Docteur angélique ajoute que « l'on n'a pas pu trouver un
nom qui rendît toutes ces perfections, »
52 DU SACERDOCE DE JÉSUS
continuer à le glorifier dans la chair comme II
le glorifie dans son sein *. Partout où Jésus por-
tera ses pas, dans toutes les œuvres qu'il accom-
plira, à chaque instant de son existence terres-
tre. Il sera avant tout la gloire et le Prêtre de
son Père -. Ayant tout reçu de lui '^, Il n'est que
ce qu'est son Père, mais II l'est parfaitement,
1 Ce qui fait dire à Saint Jean (i, 14) : « Nous avons vu sa
gloire, gloire comme celle du Fils unique du Père, plein de
grâce et de vérité. »
"- « J'honore mon Père. » (Jean, viii, 49). Pour Jésus, hono-
rer et glorifier son Père, c'est faire sa divine volonté : « Je suis
descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté
de celui qui m'a envoyé. » (Jean, v, 3o). Et cette volonté, d'après
Saint Paul, c'était qu'/7 exerçât son divin Sacerdoce et s'im-
molât comme Victime : « C'est pourquoi, en entrant dans le
monde, Jésus dit : Vous n'avez pas voulu d'hostie ni d'oblation,
mais vous m'avez donné un corps... Me voici, je viens pour
faire, ô Dieu, votre volonté... Et c'est en vertu de cette volonté
que nous avons été sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-
Christ faite une seule fois.» (Hébr., x, 5, 9, 10). — Aussi Jésus,
à l'heure où il va offrir son Sacrifice, proteste-t-il devant son
Père de sa fidélité à le glorifier par le couronnement qu'ap-
porte sa mort à la mission sacerdotale qu'il en avait reçue :
« Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que vous
m'avez donnée à faire. » (Jean, xvii, 4).
3 D'abord, la vie essentielle par la génération éternelle :
« Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils
d'avoir la vie en lui-même. » (Jean, v, 26) ; et avec la vie, tout
ce que possède le Père comme premier principe : « Tout ce
qu'a le Père est à moi. » (Jean, xvi, i5). Puis, tout ce qui existe
en dehors de Dieu : « Toutes choses m'ont été données par
mon Père » (Mat., xi, 27), ainsi qu'une autorité souveraine sur
toutes choses : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur
la terre. » (Mat., xxviii, 18).
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS
53
nécessairement, substantiellement '. Il demeure
l'intelligence du Père -, la perfection du Père ',
* Jésus adressa un jour ce reproche à son apôtre Philippe :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me con-
naissez pas ! Philippe, qui me zwit, voit aussi le Père. Com-
ment dites-vous : « Montrez-nous le Père ? » (Jean, xiv, 9). Puis,
coup sur coup, et précisant sa pensée, Jésus ajoute : « Ne
croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en
moi? » (Ibid., 10, 11). Cette unité du Père et du Fils, sans con-
fondre les Personnes, indique en elles l'identité de substance
et, par là, que le Père et le Fils ne sont qu'un seul et même
Dieu : « Moi et mon Père nous sommes une seule chose. »
(Jean, x, 3o).
2 Si l'homme est l'image de Dieu par son intelligence,
comme dit Saint Augustin {De Trin., L. 4, c. 3 et 6), que dire
de Jésus qui est la pleine intelligence du Père, puisque, selon
Saint Paul, « il est la figure de sa substance » (Hébr., i, 3) .■*
Ce qui fait dire à Saint Thomas (Op. i3), que « le Verbe que
forme l'intellect divin n'est pas un accident, mais tient à sa
nature, et n'est autre chose que l'expression de l'intelligence »;
et ailleurs (Op. 3) : « Autant que nous pouvons exprimer les
choses divines par la parole humaine, nous appelons Fils de
Dieu le Verbe de l 'intellect divin. »
^ « Jésus-Christ, nous dit Saint Paul (Phil., ii, 6), n'a pas
cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu. »
C'est pourquoi il dit ailleurs (Col., ir, 9) que « toute la pléni-
tude de la Divinité habite en lui ». Et, comme s'exprime Saint
Thomas (Op. i3) : « Le Verbe étant l'image de celui de qui il
procède, est coéternel avec lui, égal au Père, puisqu'il est par-
fait, Yexpression tout entière du Père, coessentiel avec le Père
et consubstantiel avec lui, puisqu'il subsiste dans sa nature ».
« Il est nécessaire, dit encore le même saint Docteur, que le Fils
soit égal au Père en grandeur, car la grandeur de Dieu n'est
autre chose que la perfection de sa nature. Or, il est de l'es-
sence de la paternité et de la filiation, que le Fils possède la
même perfection de nature que le Père, et réciproquement. »
(I p., q. 42, a. 4).
$4 DU SACERDOCE DE JÉSUS
la sainteté du Père ', l'amour du Père 2, la né-
cessité ^ et l'éternité ' du Père. Il remplit ainsi
dans son Humanité la première fonction de
' « Le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu »,
dit l'ange à Marie (Luc, i, 35). Jésus lui-même proclame sa sain-
teté lorsqu'il dit qu'il est « Celui que le Père a sanctifié et en-
voyé dans le monde > (Jean, x, 36). Lorsqu'il ajoute que son
Père est souverainement parfait : « Soyez parfaits comme votre
Père céleste est parfait » (Mat., v, 48), et qu' « il ne fait qu'un
avec lui » (Jean, x, 3o), il fait clairement entendre qu'il est égal
à son Père en sainteté, comme en nature et en perfection.
■^ « Il est le Fils de la dilection du Père », dit Saint Paul
(Col., I, i3). — Cet amour, nous enseigne Jésus, plonge ses ra-
cines dans l'éternité : « Père, vous m'avez aimé avant la cons-
titution du monde. » (Jean, xvn, 24). — Le Père lui-même, à
deux reprises, pendant sa vie, nous rappelle que Jésus est « le
Fils bien-aimé de ses éternelles complaisances » (Luc, m, 22 ;
Mat., xvn, 5).
■' Parmi de nombreux passages du Docteur angélique sur ce
sujet, citons celui-ci, de la Somme : « L'être de Dieu est son
intelligence même. Par conséquent le Verbe de Dieu n'est en
lui ni un accident ni un effet, mais // appartient à sa nature,
et il faut pour cela qu'il soit une chose qui subsiste. Car tout
ce qui est dans la nature de Dieu subsiste. C'est ce qui fait
dire à Saint Jean Damascène (Orth. fid., 1. I, c. 18) que le
Verbe de Dieu est hypostatique et substantiel, » I p., q. 34,
a. 2, ad 1.
^ « Puisque le V^erbe existe en Dieu, dit encore Saint Tho-
mas, par cela que Dieu se comprend lui-même en concevant
son Verbe, qui est un acte intellectuel de lui-même, il faut que,
si le Verbe de Dieu n'a pas toujours été, Dieu n'ait pas toujours
eu l'intellection de lui-même. Or, tant que Dieu a été, il s'est
toujours compris, parce qu'en lui l'intellection est la même
chose que l 'être. Donc, son Verbe a également toujours existé ;
aussi, disons-nous de lui, dans le Symbole, qu'il est né du Père
avant tous les siècles. » Op. 2, c. 43.
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 55
son Sacerdoce, qui est la glorification de Dieu.
D'autre part, Dieu le Père se reproduit sans
cesse dans son Verbe ; dans la mission qu'il Lui
a confiée, il influe divinement sur Lui et Lui
renouvelle ainsi à chaque instant la qualité de
Pontife dont il L'a une fois honoré. De telle
sorte qu'en vérité toutes les phases de l'exis-
tence terrestre de Jésus dépendent directement
de l'action que son divin Père exerce sur Lui,
en Le maintenant son Prêtre.
Jésus connaît dans la même lumière et dans
la même essentielle vérité tout ce qu'il est pour
son Père. Son existence ici-bas n'étant qu'une
phase passagère, dans des conditions spéciales,
de l'exercice d'un Sacerdoce dont la qualité
essentielle est de glorifier son Père : Il aime
et veut son Sacerdoce comme II aime et veut
la gloire de son Père, Il dépend de son Sacer-
doce comme II dépend du Principe qui L'a en-
gendré, Il vit pour accomplir la mission de son
Sacerdoce comme II vit éternellement et inefFa-
blement de la gloire de son Père et de l'amour
qu'il lui porte.
Sa vie devient ainsi une offrande perpétuelle à
la gloire de son Père '. Il se tient comme Prêtre
en sa présence, et II lui offre sans cesse la divine
* « Père, je vous ai glorifié sur la terre. » Jean, xvii, 4.
56 bu SACERDOCE DE JÉSUS
Victime qu'il en a reçue en dépôt. Demeurant
immédiatement sous la dépendance de celui qui
L'a fait son Prêtre, Il rapporte tout à son Père,
pour la gloire duquel II existe '. II parle en son
nom, pour le faire connaître-; Il le révèle, pour
le faire aimer ^ ; Il agit, pour en montrer la puis-
sance ' ; Il fait de fréquentes allusions à son
origine divine, pour indiquer qu'il dépend d'un
autre '■ ; Il dit souvent qu II a été envoyé, pour
' « Celui qui m'a envoyé est avec moi. 11 ne m'a pas laissé
seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. » Jean, vni, 29.
2 « Celui qui m'a envoyé est vrai, et ce que j'ai entendu de
lui, je le dis au monde. » (Jean, vmi, 26). — « Je vous ai dit la
vérité que /'a/' entendue de -Dieu. » (Jean, viii, 40). — « La parole
que vous avez entendue n'est pas de moi, mais de celui gui
m'a envoyé, du Père. » (Jean, xiv, 24). — « Ainsi, ce que je dis,
je le dis comme le Père me l'a dit. » (Jean, xii, 5o). — « Je n'ai
point parlé de moi-même, mais le Père qui m'a envoyé, lui-
même m'a prescrit ce que je dois dire et ce dont je dois par-
ler. » (Jean, xn, 49). — « Tout ce que j'ai appris de mon Père,
je vous l'ai fait connaître. » (Jean, xv, i5).
3 « Je leur ai fait connaître votre nom et je le leur ferai con-
naître encore, afin que \ amour dont vous m'avez, aimé soit en
eux. » Jean, xvm, 26.
'^ « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien
faire de lui-même, si ce n'est ce qu'il x>oit faire par le Père. »
(Jean, v, 19). — « Le Père, qui demeure en moi, fait lui-même
les œuvres. » (Jean, xiv, 10). — « J'ai fait devant vous beaucoup
d'œuvres excellentes par la vertu de mon Père. » (Jean, x, 32).
— « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croj-ez
pas, mais si je les fais, quand même vous ne voudriez pas me
croire, croyez aux œuvres, afin que vous connaissiez et croyiez
que le Père est en moi et moi dans le Père. » (Jean, x, 37, 38).
5 « Je suis descendu du ciel. » (Jean, vi, 38). — « C'est de
NECESSITE DU SACERDOCE EN JESUS D']
faire comprendre qu'il en est un plus grand que
Lui ' ; Il proclame Dieu son Père, pour désigner
qu'il est son Principe ^ ; Il déclare qu'il n'a et ne
peut rien de Lui-même, pour affirmer qu'il tient
tout de lui ' ; II parle en maintes circonstances
Dieu que je suis sorti et que je suis venu. » (Jean, viii, 42). —
« Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde. » (Jea.n,
XVI, 28). — « Je suis le pain vivant, moi qui suis descendu du
ciel. » (Jean, vi, 5i). — « Personne n'est monté au ciel si ce
n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est
dans le ciel. » (Jean, m, i3).
Jésus fait allusion à sa divine origine onze autres fois ; neuf
fois II proclame que son Père est dans les cieux ; dix fois II fait
entendre qu'il est le Fils de Dieu.
* « Je suis venu au nom de mon Père. » (Jean, v, 43). —
« C'est de Dieu que je suis sorti... Je ne suis point venu de moi-
même, mais c'est lui qui ma envoyé. » (Jean, vih, 42). — « Je
suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la vo-
lonté de celui qui m'a envoyé. » (Jean, vi, 38). — « La vie éter-
nelle consiste à vous connaître, vous, seul vrai Dieu, et celui
que vous avez envoyé, Jésus-Christ. » (Jean, xvu, 3).
En trente-six autres endroits de l'Evangile, Jésus parle de
celui qui l'a envoyé.
2 Voici quelques citations, entre une quantité d'autres. —
« Mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, je vous rends
grâce. » (Mat., xi, 25). — « Toutes choses m'ont été données par
mon Père. » (Mat., xi, 27). — « Comme le Père a la vie en lui-
même, ainsi /'/ a donné pareillement au Fils d'avoir la vie en
lui-même. » (Jean, v, 26). — « Mon Père qui est vivant m'a
envoyé, et moi je vis par mon Père. » (Jean, vi, 58).
•' « Toutes choses m'ont été données par mon Père. » (Mat.,
XI, 27). — « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la
terre. » (Mat., xxviii, 18). — « Je ne puis rien faire de moi-
même. » (Jean, v. 3o). — « Le Père aime le Fils, et lui montre
tout ce qu'il fait. » (Jean, v, 20). — « Le Père, qui demeure en
iao\, fait lui-même les œuvres. » (Jean, xiv, 10).
58 DU SACERDOCE DE JÉSUS
de sa mission, pour faire entendre qu'il est venu
pour faire la volonté de celui qui L'a envoyé '.
Il manifeste son amour pour nous, comme
pour avoir occasion de parler de l'amour que Lui
porte son Père-: Il poursuit l'œuvre qu'il Lui a
confiée, pour mériter de le glorifier -^ ; Il aspire
à s'immoler, pour lui rendre tout ce que le
péché lui a ravi ' ; Il vit, Il souffre et II meurt
pour rétablir sur la terre, comme elle l'est au
ciel, la glorification suprême du Père trois fois
saint qui ne L'a établi Prêtre que pour en faire
en même temps la Victime de sa gloire et de
son amour.
Quel sujet de contemplation infinie dans ce
Jésus Prêtre éternel, honoré d'un Sacerdoce qui
' « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais
ia volonté de celui gui m'a envoyé. » (Jean, vi, 38). — « Je fais
toujours ce qui lui plait. » (Jean, viii, 29). — « Ma nourriture
est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé. » (Jean, iv, 34).
2 « Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. »
(Jean, xv, 9). - « Je suis en eux et vous en moi... afin que le
monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avez
aimé. » (Jean, xvii, 23).
■' « Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre que
vous m'avez donnée à faire. » Jean, xvii, 4.
'' « Je dois être baptisé d'un baptême, et combien je me sens
pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse. » (Luc, xii, 5o). — « Afin
que le monde connaisse que j'aime le Père et que je fais selon
ce que le Père m'a commandé, levez-vous, sortons d'ici »
(Jean, xiv, 3i).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS Sg
emprunte à la Majesté divine sa splendeur, sa
toute-puissance, sa sainteté et sa charité, pour
s'exercer d'abord ineffablement, en tant que glo-
rification du Père, au sein de la Trinité Sainte ;
puis, comme médiation, dans l'humanité divi-
nisée du Verbe incarné, sur un théâtre d'hu-
miliation, de douleur et de péché, où pour-
tant existe, quoique voilée, la gloire éternelle
du Père dans les perfections et les amabilités
du Fils !
Comme elle Lui est due, à ce Fils des éter-
nelles complaisances, la même gloire dont II est
Lui-même la source pour son Père ! Que sa gé-
nération divine est adorable et que son Sacer-
doce éternel est glorieux !
Comme II est beau et comme II est sublime
dans sa prière sacerdotale, ce Prêtre divin et
humain à la lois, qui à l'heure du grand Sacri-
fice, après avoir accompli sa mission ici-bas,
demande à son Père sa part de glorification S
celle-là même qu'il avait en lui de toute éternité
en la puisant dans son sein - et dont son Sacer-
doce n'est qu'une ineffable participation !
' « Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, pour que
votre Fils vous glorifie. » Jean, xvii, i.
- « Maintenant glorifiez-moi, vous Père, en vous-même, de la
gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût. » Jean,
XVII, 5.
èo
DU SACERDOCE DE JESUS
O Père, glorifiez votre Fils, glorifiez votre
Prêtre ! Il est digne de tout honneur et de toute
gloire le Fils-Prêtre qui a trouvé en Lui-même
la divine Victime qui, avec Lui, vous glorifiera
dans les siècles des siècles !
III. — Jésus, le Prêtre de l'humanitc
Jésus, l'Envoyé de Dieu le Père, dont II est
la gloire substantielle, a été constitué, par l'In-
carnation, le Prêtre de l'humanité, pour y exer-
cer un Sacerdoce dexpiation, de salut et de
rédemption.
Entre le Créateur et la créature il fallait
un intermédiaire qui fût digne de Dieu et des
hommes. Par le fait du péché, un médiateur
s'imposait qui ne fût pas une simple créature,
laquelle n'eût point été agréée de Dieu et, à
cause de cela, eût été incapable de remplir di-
gnement la fonction du Sacerdoce '.
* « Il était nécessaire, dit Saint Thomas, que la satisfaction
de l'offense commise par la nature humaine fût une satisfaction
complète, adéquate à l'offense. Or, pour être complète et adé-
quate, elle devait revêtir une valeur infinie, et cela parce que
le péché, pour lequel cette satisfaction était donnée à Dieu,
présentait lui-même, en quelque manière, le caractère d'infini,
sous les trois aspects suivants : parce que Xinsulte de la déso-
béissance s'adressait à une majesté i ifinie et que l'offense croît
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 6l
L'homme pécheur n'a point par lui-même la
puissance de toucher le cœur de Dieu ; il ne
peut en obtenir des grâces ni donner de l'effica-
cité à ses offrandes et à ses sacrifices. Il n'y a
que Dieu qui soit agréable à Dieu.
La Justice divine, en face du péché, serait
éternellement restée inexorable : seule une Vic-
time divine offerte par un Prêtre divin pouvait
l'apaiser. Seule la sainteté d'un Dieu pouvait
intervenir auprès de la Divinité en faveur des
coupables. Seule la puissance divine pouvait
opérer cette merveille, d'être chargé de péchés
et de plaire quand même à Dieu '.
en raison directe du rang de l'offensé ; parce que le bien dont
le péché privait l'homme coupable est un bien infini, puisque
c'est Dieu lui-même, béatitude dernière et fin suprême de
l'homme ; parce qu'enfin la chute même de la nature tombée,
pouvant s'aggraver sans cesse et les effets s'en multiplier sans
limite, cette chute participait ainsi, en quelque manière, à une
malice infinie. Or, l'acte d'une pure créature ne peut avoir
à'efficacité infime ; ainsi, jamais aucune créature, qui n'est
que créature, n'aurait pu donner la satisfaction exigée. »
Sentent., L. 3, dist. 20, q. 1, a. 1.
^ « Il n'y a que le Christ qui soit un médiateur parfait entre
Dieu et les hommes, en tant que par sa mort // a réconcilié le
genre humain avec Dieu. » (S. Thom., \\\ p., q. 26, a. 1). —
« Par le péché du premier père, dit-il ailleurs, la ruine s'était
étendue à tout le genre humain, et l'expiation d'un homme
quelconque n'était pas suffisante pour délivrer le genre humain
tout entier... Dieu seul a une sainteté infinie et pouvait offr
pour l'homme une satisfaction suffisante en se revêtant de
ia chair. \\ a donc dû prendre la nature humaine dans des
62 DU SACERDOCE DE JÉSUS
En outre, il était nécessaire que ce médiateur
de l'humanité sortît de son sein, pour pouvoir
parler en son nom '. Mais qui donc, parmi les
hommes, aurait pu assumer la responsabilité
eftroyable de se faire l'avocat de tous ? Oui au-
rait été assez pur et assez saint pour être sûr
d'être entendu et écouté ? Qui aurait osé, en
face d'une Justice qui ne pouvait désarmer, se
porter garant de l'expiation de tous les péchés
du monde?
Ou l'humanité devait demeurer à jamais sous
le coup des vengeances divines, ou il fallait qu'il
surgît un Prêtre assez grand en miséricorde et
assez puissant par nature, pour s'interposer effi-
cacement entre ces deux extrêmes et porter le
poids des offenses de l'humanité sans rien per-
dre de sa dignité divine.
Quelle grandeur et quel abaissement à la fois
dans ce Jésus-Prêtre que nous envoie le Père et
qui devient notre propriété ! Il appartient désor-
conditions telles quV/ pût offrir pour l 'homme ce que l 'homme
avait mérité pour son péché, pour que ses souffrances pussent
satisfaire pour l'homme. » Op. 2, c. 226.
1 « Tout pontife, dit Saint Paul, étant pris A'entre les hom-
mes, est établi pour eux en ce qui regarde le culte de Dieu, afin
qu'il offre des dons et des sacrifices pour les péchés. » (Hébr.,
V, 1). — « Il a dû en toutes choses être rendu semblable à ses
frères, afin de devenir un pontife miséricordieux et fidèle dans
le service de Dieu, pour expier les péchés du peuple. » (Hébr,,
II. 17).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 63
mais autant à la terre qu'au ciel. Les hommes,
autant que Dieu, ont libre accès auprès de Lui.
Egalement distant de Dieu et des hommes, de
ceux-ci par sa Divinité et de Dieu par son Hu-
manité, Il les réunit en Lui par ses deux natures
en une seule Personne; et II devient ainsi le
lien nécessaire et le point central où se rencon-
trent le ciel et la terre.
Tout son office consiste à donner Dieu aux
hommes et les hommes à Dieu. Il puise dans le
sein de la Divinité la science éternelle qu'il en
a, et II la communique à l'humanité K De son
Père, Il nous révèle les sublimes perfections
et les secrets éternels-; de la Trinité Sainte,
Il nous découvre les mystères cachés des inef-
fabilités et de la mutuelle incession des trois
Personnes divines '. Prêtre enseignant, telle
^ « Je n'ai point parlé de moi-même, mais le Père qui m'a
envoyé, lui-même m'a prescrit ce que je dois dire, et ce dont
je dois parler. » Jean, xii, 49.
2 « Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait
connaître. » Jean, xv, t5.
3 « Qui me voit, voit aussi le Père. » (Jean, xiv, 9). — « Ne
croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le Père est en
moi ? » (Jean, xiv, w). — u Je vis par le Père. » (Jean, vi, 58). —
« Moi et mon Père nous sommes une seule chose. » (Jean, x, 3o).
— « Lorsque le Paraclet sera venu, cet Esprit de vérité qui pro-
cède du Père et que je vous enverrai de la part du Père, il
64 DU SACERDOCE DE JÉSUS
est la première fonction de son Sacerdoce ^
Pour nous faire jouir un jour de la contempla-
tion de ces éternelles vérités, Jésus invite à la
pratique des vertus qui conduisent au ciel - ; Il
rendra témoignage de moi. » (Jean, xv, 26). — « L'Esprit-Saint,
que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes
choses, et vous suggérera tout ce que je vous aurai dit. » (Jean,
XIV, 26). — « Il me glorifiera, parce qu'/7 recevra de ce qui est
à moi, et il vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Père est à moi ;
c'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi et vous
l'annoncera. » (Jean, xvi, 14, i5).
1 « Il est écrit dans les prophètes : ils seront tous enseignés
de Dieu. » (Jean, vi, 46). — « Dieu nous a [jarlé par le Fils,
splendeur de sa gloire et empreinte de sa substance. » (Hébr.,
I, 2, 3). — « Vous n'avez qu'ww seul Maître, le Christ. » (Mat.,
xxni, 10). — « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui
m'a envoyé. » (Jean, vn, 16). — «Je suis né et je suis venu
dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » (Jean,
xvMi, 37). — « Tous les jours j'étais assis parmi vous, enseignant
dans le temple. » (Mat., xxvi, 55). — « Allons dans les villages
voisins et dans les villes pour que j'y prêche aussi, car c'est
pour cela que je suis venu. Et il prêchait dans leurs syna-
gogues et dans toute la Galilée. » (iMarc, i, 38, 39). — « Les
foules émerveillées s'écriaient : « Jamais homme n'a parlé
comme cet homme. » (Jean, vn, 46). — « La foule admirait sa
doctrine ; car // les enseignait comme ayant autorité. » (Mat.,
vn, 28, 29). Ce qui fait dire à Saint Jean, dans sa deuxième
épître (v. 9) : « Quiconque ne demeure point dans la doctrine
du Christ, n'a pas Dieu ; celui qui demeure dans cette doc-
trine, celui-là a le Père et le Fils. »
- « Le royaume des cieux souffre violence et les violents le
ravissent. » (Mat., xi, 12). — v. Je vous ai donné l'exemp
afin que vous fassiez comme j'ai fait. » (Jean, .xni, i5). —
« Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-
même, qu'il prenne sa croi.x chaque our et me suive. »
(Luc, IX, 23).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 65
en gratifie les âmes et, source de la grâce S II
les rend ainsi participantes de sa nature divine'^ ;
Il tire de sa plénitude les secours efficaces qui
font monter jusqu'à Dieu ^ et vivre d'une vie
éternelle ^. C'est le Prêtre purificateur • !
' « Là où la faute a abondé, la grâce a surabondé, afin que,
comme le péché a régné pour la mort, de même la grâce régnât
aussi par la justice pour la vie éternelle, par Jésus-Christ
notre Seigneur. » (Rom., v, 20, 21). — « Dieu qui est riche en
miséricorde, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés,
lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie
dans le Christ (par la grâce duquel vous avez été sauvés) ;
et avec lui il nous a ressuscites et nous a fait asseoir dans les
cieux, en Jésus-Christ, afin de montrer dans les siècles à venir
les richesses surabondantes de sa grâce, par sa bonté envers
nous, en Jésus-Christ. Car c'est par la grâce que vous avez
été sauvés, au moyen de la foi. » (Ephés., 11, 4-8).
C'est bien en tant que Prêtre que Jésus est l'auteur et la
source de la grâce, selon que l'enseigne encore le grand Apôtre :
« Ayant un grand pontife qui a pénétré dans les cieux, Jésus,
Fils de Dieu, demeurons fermes dans la profession de notre
foi, car nous n'avons pas un pontife qui ne puisse compatir à
nos faiblesses ; approchons-nous donc avec assurance du trône
de la grâce. » (Hébr., iv, 14-16).
^ Selon ce que dit Saint Pierre : « 11 nous a donné les plus
grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous
deveniez participants de la nature divine. » II, 1, 4.
■^ « La grâce a été faite par Jésus-Christ. Nous avons tous
reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. » Jean, i, 16, 17.
'* « Le Fils fait vivre ceux qu'il veut. » (Jean, v, 21). — « Vous
lui avez donné puissance sur toute chair, afin qu'// donne la
vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. » (Jean,
XVII, 2). — « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit
en moi a la vie éternelle. » (Jean, vi, 47). — Car « je suis la
résurrection et la vie. » (Jean, xi, 25).
'■' « Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son
66 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Charité par essence, Il se présente comme
l'envoyé de l'amour éternel '. Il parle un langage
d'amour, pour gagner les cœurs - ; Il annonce
qu'il vient allumer le feu de la charité sur la
terre " ; Il s'en fait Lui-même une preuve vi-
vante, en offrant sa vie pour ceux qu'il aime'';
Il calque l'amour qui Le dévore et dont II veut
embraser les âmes sur le modèle de l'amour in-
fini dont L'aime son Père '. Prêtre d'éternelle
charité ''• !
sang. » (Apoc, t, 5). — « Il est entré une fois pour toutes dans
le sanctuaire, avec son propre sang, ayant obtenu une rédemp-
tion éternelle. » (Hébr., ix, 12).
' « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils
unique... pour que le monde soit sauvé par lui.» Jean, m, 16-17.
'- « Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi je l'ai-
merai et je me manifesterai à lui. » (Jean, xiv, 21 ). — « Demeu-
rez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements
vous demeurerez dans mon amour, comme j'ai gardé les com-
mandements de mon Père et je demeure dans son amour. »
(Jean, xv, 9, 10).
•* « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que veux-je
sinon qu'il s'allume? » Luc, xn, 49.
'' « Je donne ma vie pour mes brebis. » (Jean, x, l5). — « Per-
sonne n'a un amour plus grand que celui qui donne sa vie
pour ses amis. » (Jean, xv, i3).
■"' « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. »
Jean, xv, 9.
'"' « Soyez les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-
aimés, et marchez dans l'amour, comme le Christ qui nous a
ainsi aimés, et qui s'est livré lui-même pour nous à Dieu,
comme une oblation et un sacrifice d'agréable odeur. » Ephés.,
v, 1, 2.
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 67
Venu pour sauver le monde ', Jésus met en
activité toutes les efficacités divines de son Sa-
cerdoce. Il n'a de repos qu'il n'ait obtenu le par-
don plénier de 1 humanité. Sa vie entière est
employée à plaider le pardon des coupables et
à leur obtenir des grâces efficaces de conver-
sion "-. C'est par Lui que la miséricorde atteint
les pécheurs et les réconcilie avec Dieu ^. Le cou-
ronnement de sa mission sacerdotale est d'être
le Prêtre Sauveur du genre humain '.
Tout en donnant aux hommes les dons et les
grâces de Dieu, Jésus, le Souverain Prêtre,
porte à Dieu les prières, les offrandes et les sa-
crifices de l'humanité.
L'humanité, depuis sa chute, est à genoux de-
^ « Je suis venu pour sauver le monde. » Jean, xii, 47.
- « C'est pour vous que Dieu a suscité son Fils, et il l'a en-
voyé pour vous bénir, afin que chacun se convertisse de son
iniquité. » Act., mi, 26.
3 (i C'est pourquoi il a dû en toutes choses être rendu sem-
blable à ses frères, afin de devenir un pontife miséricordieux
et fidèle dans le service de Dieu, fiour expier les péchés du
peuple. » Hébr., ii, 17.
^ Selon que l'ont annoncé les anges, dès sa naissance : « Il
vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ, le Sei-
gneur » (Luc, H, 11) ; — et que le déclare Saint Pierre, le chef de
l'Eglise : « 11 n'y a de salut en aucun autre ; car aucun nom sous
le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être
sauvés. » (Act., iv, 12).
68 DU SACERDOCE DE JÉSUS
vant son Créateur qu'elle a offensé, et elle lui
adresse d'incessantes supplications pour obtenir
miséricorde et assistance dans ses nombreux be-
soins. Jésus prie avec elle, et parce que la prière
universelle est contenue dans la sienne, elle est
agréée du Seigneur '. Il n'est pas une grâce sol-
licitée, que Jésus n'appuie de sa propre prière;
il n'est pas une misère à secourir, que sa bonté
ne présente à Dieu ; il n'est pas un pardon à obte-
nir, que son amour aussitôt ne fasse assaut à la
Justice divine pour la changer en miséricorde '-.
Les offrandes et les sacrifices de l'humanité,
de même que ses prières, deviennent la pro-
priété du Sacerdoce du Verbe incarné. Jésus
les confond dans l'offrande perpétuelle de Lui-
même qu'il fait à son divin Père et dans le
Sacrifice de la divine Victime commencé à l'In-
carnation et qui recevra au Calvaire sa con-
sommation 3.
1 « Durant les jours de sa chair, ayant offert des prières et
des supplications... il a été exaucé, à cause de son respect. «
Hébr., V, 7.
- « C'est pourquoi il peut sauver pour toujours ceux qui s'ap-
prochent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder
en notre faveur. » Hébr., vu, 25.
3 « Il convenait que nous eussions un tel pontife, saint, inno-
cent, sans tache, qui n'a pas besoin, comme les Prêtres, d'offrir
tous les jours des victimes, d'abord pour ses propres péchés,
ensuite pour ceux du peuple ; car cela il l'a fait une fois pour
toutes, en s'offrant lui-même. » Hébr., vu, 26, 27.
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 69
Comme Dieu, Il aurait pu empêcher l'effet de
la cruauté de ses bourreaux et résister aux coups
de la mort ; mais 11 porte dans ses plaies tous
les sacrifices de l'humanité qui ne peuvent être
agréés que par celui qui Lui coûtera la vie.
Alors, dévoré du zèle de la gloire de son Père,
Il laisse sa puissance sacerdotale opérer le Sa-
crifice suprême qui restitue à son Père la gloire
que le péché de 1 humanité lui avait ravie.
Grâce à Jésus, le Prêtre et !a Victime de l'hu-
manité, il n'y a plus de malédiction sans assu-
rance de pardon : Jésus rappelle à Dieu ses pro-
messes et s'offre pour les accomplir. Il n'y a plus
de prière sans espérance : le Grand Prêtre est là
qui prie, qui pénètre dans le Saint des saints et
monte jusqu'au trône de Dieu pour en rapporter
dés grâces dé purification et de salut. M n'y à
plus de justice sans miséricorde : Jésus unit
les deux dans l'exercice d'un sublime Sacerdoce
qui attire sur Lui le châtiment et épargne les
coupables.
C'est ainsi que le Sacerdoce de Jésus devient
le centre de la religion de l'humanité ' et l'ac-
complissement du plan divin par la restauration
de toutes choses dans la justice, la miséricorde,
l'amour et la sainteté.
* « Tout le rite de la religion chrétienne, dit Saint Thomas,
découle du Sacerdoce du Christ. » III p., q. 63, a. 3.
70 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Quelles actions de grâces ne doivent pas mon-
ter des profondeurs de l'humanité pour avoir été
tant aimée et pour être devenue l'objet de la
compassion mystérieuse d'un Dieu établi Prêtre
pour la sauver et l'offrir restaurée au Père des
miséricordes, comme le trophée du plus grand
amour issu de la puissance divine !
A chacun de nous de bénir, d'honorer, d'aimer
et d'adorer Jésus dans sa qualité de Prêtre Sau-
veur et Rédempteur 1
IV. — Jésus, l'unique Prêtre
de l'unique Victime
Jésus est Prêtre, c'est un article de foi et une
bien douce vérité. Jésus est Prêtre de Dieu son
Père et c est leur gloire à tous deux. Jésus est
notre Prêtre, et c'est dans l'exil notre espérance
de salut comme ce sera au ciel notre béatitude
et notre louange éternelles.
Ces divers aspects du Sacerdoce en Jésus sont
d'autant plus élevés et plus propres à mériter
notre amour et nos adorations, qu'ils convien-
nent exclusivement à notre divin Sauveur. Ni
avant Lui ni après Lui il ne s'est présenté ni
ne se présentera jamais un Prêtre qui soit son
égal, qui ait une origine divine, qui reçoive une
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 71
mission de puissance infinie, et qui opère des
œuvres d'éternité.
Jésus est le Fils unique du Père. Son Sacer-
doce suppose sa Filiation divine ; Lui et Lui
seul est et demeurera éternellement la gloire de
Dieu, et, par là, exercera un Sacerdoce d'essence
et de substance divines.
Néanmoins, par l'Union hypostatique des deux
natures en une Personne divine, Jésus est de-
venu Prêtre Dieu et Homme à la fois. Une telle
merveille ne peut s'opérer qu'une fois ; un tel
Prêtre doit nécessairement posséder la plénitude
du Sacerdoce, à l'exclusion de tout autre.
En raison de son origine et de sa mission,
lorsque Jésus-Prêtre offre son Sacrifice, 11 satis-
fait pleinement à la justice divine et II sauve le
monde. Plus n'est besoin, dès lors, d'un autre
Prêtre pour offrir un nouveau sacrifice, lequel
serait inutile et sans eff^et ',
' Ecoutons Saint Paul, nous disant que « nous avons été
sanctifiés par \ohlation du corps de Jésus-Christ, une fois
pour toutes. Et tandis que tout prêtre se tient debout chaque
jour, faisant le service et offrant plusieurs fois les mêmes vic-
times, qui ne peuvent jamais enlever les péchés, celui-ci, après
avoir offert une seule victime pour les péchés, s'est assis pour
toujours à la droite de Dieu... ; car, par une seule oblation, il a
amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. »
Hébk., X, 10-14.
Développant sa pensée, l'Apôtre ajoute plus loin : « Ce n'est
pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véri-
72 DU SACERDOCE DE JESUS
D'ailleurs, Jésus ne disparaît pas par sa mort.
Il reste Prêtre, son Sacerdoce est immuable et
éternel. Il ne cède point à des successeurs un
Sacerdoce dont II se dépouille ; Il ne fait que
les rendre participants de son propre Sacerdoce,
mais II demeure. Lui seul, le Prêtre éternelle-
ment vivant, principe essentiel et source unique
de tout Sacerdoce '.
table, que Jésus est entré, mais dans le ciel même, afin de se
présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu. Et ce
n'est pas pour s'offrir soi-même plusieurs fois qu'il y est en-
tré, comme le grand prêtre entre chaque année dans le sanc-
tuaire avec du sang étranger ; autrement il aurait fallu qu'il
souffrît plusieurs fois depuis la création du monde, tandis qu'il
n'a paru qu'wwe seule fois à la fin des siècles, pour abolir le
péché par son sacrifice. » Hébr., x, 24-26.
* De même qu' « il n'y a (\\xun seul médiateur àe. Dieu et des
hommes, Jésus-Christ homme », comme s'exprime Saint Paul
(I TiM., II, 5) ; de même il n'y a qu'un Prêtre qui, à lui seul, est
tout le Sacerdoce, d'après Saint Thomas. En parlant du carac-
tère sacerdotal qui s'imprime dans l'âme du Prêtre, et que celui-
ci ne peut perdre même par la mort, il proclame que Jésus est
resté Prêtre pendant les trois jours qu'a duré sa mort, parce
c^ m. il est la source de tout le sacerdoce r> (III p., q. 5o, a. 4,
ad 3). Lorsqu'il traite du caractère sacramentel dans les fidèles,
comme étant une participation du sacerdoce de Jésus, il dit que
« le Christ ayant la pleine puissance du sacerdoce spirituel, il
ne lui convient pas d'avoir un caractère ; mais la puissance de
son Sacerdoce est au caractère ce qu'une chose pleine et par-
faite est à ce qui en est la participation » (III p., q. 63, a. 5).
Il fait allusion, dans l'article suivant, au sacrement de l'Eucha-
ristie « qui contient en lui le Christ, dans lequel, dit-il, réside,
non le caractère, mais la plénitude entière du Sacerdoce ».
D'où il est facile d'en déduire, avec le saint Docteur, que
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 7J
Pour mieux faire ressortir cette vérité théo-
logique et illuminatrice, considérons que seul
Jésus possède les conditions essentielles d'un
Sacerdoce divin, par le fait qu'il est l'unique
Envoyé du Père.
C'est Lui et Lui seul que le Père nous a donné,
c'est Lui et Lui seul, des trois Personnes di-
vines, qui pouvait nous être envoyé. Quoiqu'il
ne répugne pas métaphysiquement que le Père
et le Saint-Esprit s'incarnent, il ne convenait
pas qu'ils prissent la nature humaine ; le Père,
parce qu'il est sans principe pour l'envoyer et
qu'il n'aurait pu exercer ici-bas un Sacerdoce à
Jésus demeure le centre unique et la raison detre de tout sa-
cerdoce, u Le Christ est la source de tout le sacerdoce ; car le
prêtre de l'ancienne loi était sa figure et le prêtre de la nouvelle
opère en son nom. » (III p.,q. 22, a. 4). Ce qu'il exprime ailleurs,
en considérant la notion essentielle du Sacerdoce, qui est d'être
médiateur entre Dieu et les hommes : « 11 n'y a que le Christ
qui soit un médiateur parfait entre Dieu et les hommes (per-
fective), mais rien n'empêche que d'autres ne soient appelés
médiateurs sous un rapport, selon qu'ils coopèrent à l'union
des hommes avec Dieu par manière de disposition ou comme
ses ministres (dispositive vel ministerialiter). Les prophètes et
les prêtres de l'Ancien Testament ont été appelés médiateurs
entre Dieu et les hommes par manière de disposition et comme
ministres de Dieu, selon qu'ils annonçaient et qu'ils figuraient
à l'avance le véritable et parfait médiateur de Dieu et des hom-
mes. Quant aux prêtres du Nouveau Testament, on peut les
appeler médiateurs entre Dieu et les hommes, selon qu'ils sont
les ministres du vrai médiateur, et qu'ils confèrent à sa place
les sacrements qui sont un moyen de salut pour les hommes. »
(111 p., q. 26, a. 1, c. ad 1).
74 OV SACERDOCE DE JESUS
la gloire des deux autres Personnes, dont l'une
est engendrée par lui et l'autre procède du mu-
tuel amour du Père et du Fils ; le Saint-Esprit,
parce qu'il n'est pas la gloire du Père, ce en
quoi consiste essentiellement la notion du Sa-
cerdoce.
Dieu le Père ne pouvait nous envoyer son Fils
que comme Prêtre, ce Fils seul étant sa gloire
substantielle et devant nécessairement conti-
nuer à le glorifier sur la terre comme au ciel.
Il ne nous l'aurait pas envoyé, s'il n'avait dû
être son Prêtre, car il ne pouvait en être glorifié
que par son Sacerdoce '.
Fn outre, Jésus venait ici-bas avec une mis-
sion bien déterminée, et cette mission était es-
sentiellement et exclusivement sacerdotale. La
Victime qu'il était chargé de conduire au Cal-
vaire et d'offrir en Sacrifice à son divin Père,
dépendait de Lui comme du seul Sacrificateur
capable de l'immoler. Ici, nous touchons en
' Ce qui ressort clairement de ce que dit Saint Paul, nous
indiquant le motif de l'Incarnation du Verbe venu pour rendre
à Dieu l'hommage souverain qui lui est dû et en accomplir la
volonté par son immolation et son sacrifice. « C'est pourquoi le
Christ entrant dans le monde, dit : Vous n'avez pas voulu de
sacrifice ni d'offrande, les holocaustes et les sacrifices ne vous
ont pas plu ; mais vous m'avez formé un corps... Me voici, je
viens, ô Dieu, pour faire votre volonté... C'est en vertu de
cette volonté que nous avons été sanctifiés par l'oblation du
corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. » Hébr., x, 5-7, 10.
NÉCESSITE DU SACERDOCE EN JESUS "jD
quelque sorte au vif du Mystère. Nous avons
devant nous une Victime divine, il lui faut un
Prêtre divin ; une Victime unique, il lui faut un
Prêtre unique.
Nous avons amplement démontré, dans la
troisième partie de cet ouvrage ', que Jésus est
venu dans le monde comme Victime, qu'il n'est
que Victime, qu'il est Victime en tout son être,
qu'il a été constitué Victime dans son corps et
dans son âme, qu'il a vécu et qu'il est mort
en Victime. Nous devons en conclure qu'il est
également Prêtre, Prêtre autant que Victime,
Prêtre essentiellement parce que Victime essen-
tiellement. Prêtre constitué à la garde et pour
l'immolation de la Victime, Prêtre unique ayant
seul action sur la Victime.
' « Jésus dans son état de Victime ». — Un vol. in-12 de
400 pages. Prix : i5 fr. ; franco, i6.5o ; étranger, 18 fr. (Maison
du Bon-Pasteur.)
Dans le Verbe incarné, tout est commandé par son Sacrifice,
tout }• conduit ou tout en découle. C'est le fondement de toute
la Religion et, une fois ce Mystère bien compris, tous les autres
s'illuminent et nous apparaissent comme des satellites gravitant
autour de leur foyer lumineux. C'est ce que ce troisième volume
cherche à mettre en lumière. Il ne le cède en rien à ses devan-
ciers, comme clarté, doctrine et onction. Jésus y apparaît dans
toute la sublimité de son état de Victime, et, à mesure que l'on
en poursuit la lecture, l'âme s'émeut et s'éprend de compassion
et d'amour pour la divine Victime qu'immole le Prêtre éternel.
76 ou SACERDOCE DE JÉSUS
Quoique, dans l'idée de Sacrifice, nous conce-
vions le sacrificateur comme préexistant à l'obla-
tion de la victime, cette priorité n'est ici qu'une
priorité de raison, Jésus étant constitué simulta-
nément Prêtre et Victime. Toutefois, il est vrai
de dire qu'en Jésus-Prêtre tout est ordonné à la
Victime ; Il n'est Prêtre que pour la Victime,
pour la recevoir, pour l'offrir et pour l'immoler '.
Disons une fois pour toutes que la distinction
de Prêtre et de Victime en Jésus ne suppose
nullement une dualité de personnes, mais n'est
qu'une distinction destinée à faire mieux res-
sortir des opérations diverses, émanant toute-
fois d'une même Personne divine, et capables
de donner une intelligence plus claire du Sacer-
doce qui n'a été conféré à Jésus qu'en vue de
son immolation. D'où, lorsque nous attribuons
des sentiments et des actes différents à Jésus en
tant que Prêtre et à Jésus en tant que Victime,
comme lorsque nous parlons de l'oflfice du Prêtre
à l'égard de la Victime de son Sacrifice ou de
l'attitude de la Victime vis-à-vis de son Sacri-
ficateur, nous ne faisons qu'exprimer les senti-
1 C'est l'enseignement du grand Apôtre. « Tout pontife, dit-il,
est établi pour offrir des dons et des victimes ; c'est pourquoi
il est nécessaire que celui-ci (notre pontife) ait aussi quelque
chose à offrir. » (Hébr., viii, 3). « Il l'a fait une fois pour toutes
en s'offrant lui-même. » (Ibid., vu, 27).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 77
ments et les actes propres de Jésus, selon que
nous Le considérons sous l'aspect du Prêtre qui
offre et qui immole ou de la Victime qui est
offerte et immolée-
Prêtre et Victime sortis tous deux du sein du
Père, pour offrir un même et suprême Sacrifice,
l'un en immolant, l'autre en étant immolée !
Prêtre sacro-saint d'une Victime sacro-sainte !
Prêtre éternel d'une Victime éternelle ! Prêtre
et Victime consumés d'un même amour, n'exis-
tant que pour accomplir sur terre des décrets
d'éternelle Charité !
Un seul Prêtre, une seule Victime, un seul
Sacrifice ! Une fois la Victime immolée, il ne
peut plus y avoir d'autre Prêtre, puisqu'il n'y a
pas d'autre Victime ni d'autre Sacrifice. Sacri-
fice souverainement efficace d'une Victime par-
faite par un Prêtre divin, procurant à jamais la
gloire de Dieu par le salut du monde.
V. — Les sublimités du Sacerdoce ep Jésus
L'idée seule du Sacerdoce évoque quelque
chose de grand et de surnaturel, qui parle plus
du ciel que de la terre, par le fait qu'il s'exerce
au nom de Dieu et en vue des destinées éter-
nelles. Il est vrai qu'extérieurement on ne voit
78 DU SACERDOCE DE JÉSUS
qu'un homme dans le Prêtre, mais on sait toute-
fois que son pouvoir vient d'en-Haut et qu'il rem-
plit des fonctions divines plutôt qu'humaines.
Marqué d'un caractère spirituel sacré ; doué
d'une puissance qui atteint l'âme dans ses pro-
fondeurs et pénètre jusque dans les cieux * ; con-
sacré uniquement au règne de Dieu sur la terre,
au salut des âmes et à leur glorification dans le
ciel-; voué par vocation divine au soulagement
de toutes les misères nîorales et spirituelles, ù la
purification des consciences et à la dispensation
des grâces qui font les justes et les saints" : le
Prêtre apparaît comme l'envoyé de Dieu '* prê-
chant aux hommes leur céleste origine et leurs
glorieuses destinées ■"■. Il est à vrai dire un être
d'éternité, et c'est à bon droit qu'il est l'objet du
respect et de la vénération des peuples.
Mais que dire de Jésus le Souverain Prêtre,
le Prêtre divin qui n'a point été consacré de
1 « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce
que tu auras Hé sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que
tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Mat., xvi, 19.
- « Nous sommes les coopérateurs de Dieu. » I Cor., m, 9.
3 « Le Christ nous a confié le ministère de la réconciliation.
Il a mis en nous la parole de réconciliation. » II Cor., v, 18, 19.
•^ « Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Jean, xx, 21.
"' « Nous faisons les fonctions d'ambassadeurs pour le Christ,
comme si Dieu exhortait par nous. » II Cor., v, 20,
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 79
main d'homme mais qui tient son Sacerdoce
directement de la Trinité Sainte, le Prêtre éter-
nel dans son origine et dans sa fin, le Prêtre par
essence qui est Lui-même le Sacerdoce ' !
Que dire de ce Prêtre unique et incomparable
qui possède en propre toutes les puissances et
toutes les efficacités du Sacerdoce, qui tire de son
sein les grâces qui inondent le monde, et dont les
mérites infinis peuplent le ciel de bienheureux- !
Que dire de ce Prêtre adorable, qui réclame
ici-bas nos adorations et notre amour, et qui au
ciel sera éternellement l'objet de nos louanges
et de nos divines contemplations ■ !
Que dire de ce Prêtre sublime, qui se dresse
devant nous comme le Roi immortel des siècles,
qu'acclameront sans fin les anges et les saints
prosternés aux pieds de la divine Victime de
son Sacrifice devenue la cause de son immortel
triomphe ^ !
1 «Jésus a été fait pontife pour l'éternité. ^^ (Hébr., vi, 20). —
« Il possède un sacerdoce éternel... Il convenait que nous eus-
sions un tel pontife, plus élevé que les cieu.x. ))(Hkbr., vu, 24,26).
- « Dieu l'ayant déclaré pontife, il est devenu pour tous ceux
qui lui obéissent la cause du salut éternel. » Hébr., v, 9, 10.
'• « Nous avons un pontife tel, qu'il s'est assis à la droite du
trône de la majesté divine dans les deux. » (Hébr., vui, 1). —
« Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, et il sera de même
dans tous les siècles. Offrons donc par lui sans cesse à Dieu
un sacrifice de louange. » (Hébr., xiii, 8, i5).
* « Je regardai et j'entendis la voix d'anges nombreux autour
80 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Que dire de ce Prêtre ineffable, gloire substan-
tielle de son divin Père, objet de ses complai-
sances infinies, en qui et par qui il sera éternel-
lement et souverainement glorifié ' !
Que dire de ce Prêtre trois fois saint, source
et principe de toute pureté, qui n'emprunte qu'à
son essence divine la sainteté dont 11 fait l'apa-
nage de son Sacerdoce- !
Que dire de ce Prêtre tout de compassion di-
vine, qui descend des hauteurs des cieux pour
pénétrer dans l'abîme des misères humaines et
les purifier ■ !
du trône, et il v en avait des milliers de milliers, qui disaient
d'une voix forte: L'Affneau qui a été égorgé est digne de rece-
voir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la
gloire et la bénédiction. Et toutes les créatures qui sont dans le
ciel, et sur la terre, et sous la terre, et dans la mer, et tout ce
qui s'y trouve, je les entendis toutes qui disaient : A celui qui
est assis sur le troue et à l'Agneau, bénédiction, honneur,
gloire et puissance dans les siècles des siècles. Et les vingt-
quatre vieillards se prosternèrent et adorèrent celui qui vit
dans les siècles des siècles. » Apec, v, 11-14.
1 « Dieu nous a parlé par le Fils qui, étant la splendeur de
sa gloire et Yempreinte de sa substance, après avoir opéré la
purification des péchés, s'est assis à la droite de la majesté, au
plus haut des cieux. » Hébr., i, 2, 3.
■- « Il convenait que nous ayons un tel pontife, saint, inno-
cent, sans tache, séparé des pécheurs. Le Seigneur l'a juré, et
il ne s'en repentira pas : Tu es Prêtre pour l'éternité. La parole
du serment institue le Fils, qui est parfait pour l'éternité. »
Hébr., vu, 21, 26, 28.
« Dieu a envoyé son propre Fils dans une chair semblable
à celle du péché. » (Rom., vui, 3). — « Celui qui ne connaît point
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 8l
Que dire de ce Prêtre pétri de miséricorde,
qui abandonne un ciel de félicité pour se faire
la rançon des pécheurs et porter le poids de
leurs iniquités ' !
Que dire de ce Prêtre consumé d'amour, qui
pousse l'héroïsme de la Charité jusqu'à vouloir
aimer les hommes comme II est Lui-même aimé
de Dieu 2 !
Que dire de ce Prêtre Victime, qui ne fait
qu'un avec l'Hostie de son Sacrifice et se laisse
immoler par la justice inexorable de Dieu ^ !
le péché, // l'a fait péché pour nous. » (II Cor., v, 2i). — «Jésus-
Christ s'est anéanti lui-même, en prenant la forme d'esclave,
en devenant semblable aux hommes, et en se montrant sous
l'apparence d'un homme ; il s'est humilié lui-même, se faisant
obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. » (Phil., ii, 7).
' « Il a dû en toutes choses être rendu semblable à ses frères,
afin de devenir un pontife miséricordieux, pour expier les pé-
chés du peuple. » (Hébr., ii, 17). — « Notre Sauveur Jésus-
Christ s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter
de toute iniquité. » (Tit., n, i3)). — « Il nous a rachetés de la
malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous. »
(Gal., ui, i3).
2 « Lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour pour
les hommes ont paru, il nous a sauvés. » (Tit., m, 4). — « Comme
le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » (Jean, xv, 9).
3 « C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime de
propitiation, par la foi en son sang, pour manifester sa justice
par le pardon des péchés passés » (Rom., m, 25) ; « Jésus-Christ
notre Seigneur, lequel a été livré pour nos péchés » (Rom., iv,
25). — « Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire,
avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption univer-
selle. » (Hébr., ix, 12).
82 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Que dire de ce Prêtre Sauveur, qui retourne
à son Père chargé des trophées de son amour
et de son supplice, pour chanter à jamais le
triomphe de la miséricorde divine dans la Patrie
de l'amour éternel • !
Ah ! quelle sublimité dans ce Prêtre qui s'ap-
pelle le Verbe de Dieu, qui est le Fils éternelle-
ment engendré, qui descend dans l'humanité,
qui a nom Jésus, qui se fait Victime et qui meurt
pour accomplir la mission reçue de son Père ! ^
Quelle sublimité dans ce Sacerdoce divin qui
renferme les mystères du temps et de l'éternité,
1 « Nous avons un grand pontife qui a pénétré dans les
deux, Jésus, Fils de Dieu. » (Hébr., iv, 14). — «Jésus est entré
dans le ciel même, afin de se présenter maintenant pour nous
devant la face de Dieu. » (Hébr., ix, 24). — « Nous le voyons,
à cause de ses souffrances et de sa mort, couronné de gloire et
d'honneur. » (Hébr., ii, 9). — « Parce qu'il demeure éternelle-
ment, il possède un sacerdoce éternel ; c'est pourquoi il peut
sauver pour toujours ceux qui s'approchent de Dieu par lui,
étant toujours vivant pour intercéder en notre faveur. »
(Hébr., vu, 24, 25).
- « Le Christ a reçu la dignité de Pontife de celui qui lui a
dit : Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui. Tu es Prêtre
pour l'éternité. » (Hébr., v, 5, 6). — « Et le Verbe s'est fait
chair » (Jean, i, 14) ; et « on lui donna le nom de Jésus » (Luc,
u, 21), « seul nom par lequel nous devions être sauvés » (Act.,
IV, 12); « Dieu n'ayant pas envoyé son Fils dans le monde pour
condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par
lui » (Jean, m, 17).
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 83
et dans lequel les élus puiseront sans fin la cause
de leur gloire et les motifs de leurs éternelles
louanges * !
Quelle sublimité en ce Prêtre divin fait
Homme, sur lequel repose l'histoire du monde,
que l'humanité a appelé de ses vœux pendant
quatre mille ans et qui depuis vingt siècles se
prosterne devant Lui, Le proclamant le Christ-
Roi, le Souverain de l'univers- !
Quelle sublimité d'amour et de sainteté en ce
Jésus Prêtre et Victime qui a su multiplier les
phalanges de ses vierges et l'armée de ses saints,
et qui a fait autant de bienheureux que de cœurs
épris de son ineffable amour ^ !
1 « I! est grand le mystère de la piété, qui a été manifesté
dans la chair, a été légitimé par l'Esprit, a été vu des anges,
a été prêché aux nations, a été cru dans le monde, a été élevé
dans la gloire. » (I Tim., ni, 16). — « Frères saints, qui avez
part à la vocation céleste, considérez l'apôtre et le pontife de
la foi que nous professons, Jésus. » (Hébr., m, 1), — « Nous
sommes devenus participants du Christ. » (Ibid., 14). — « Of-
frons donc par lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louange. »
(Hébr., xiii, i5).
2 « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières,
parlé autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces
derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier
de toutes choses... Jésus, que nous voyons, à cause de ses souf-
frances et de sa mort, couronné de gloire et d 'honneur ; et
dont le trône est dans les siècles des siècles... » Hébr., i,
1, 2, 8 ; II, 9.
^ « L'amour de Dieu s'est manifesté parmi nous en ceci :
Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous
o4 ^V SACERDOCE DE JESUS
Quelle sublimité d'abaissement et d'héroïsme
en ce Jésus Prêtre de tendresse infinie, qui se
fait Lui-même la nourriture des âmes et qui, par
sa puissance sacerdotale, perpétuera jusqu'à la
fin des temps sa présence sur l'autel de son
Sacrifice ^ !
vivions par lui. C'est lui qui nous a aimés le premier, et qui
a envoyé son Fils comme une propitiation pour nos péchés.
Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour,
et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu
en lui. » I Jean, iv, 9-10, 16.
* « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quel-
qu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que
je donnerai c'est ma chair, pour la vie du monde. Ma chair est
vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breu-
vage. » (Jean, vi, 5i, 52, 56). — « Je ne vous laisserai pas orphe-
lins » (Jean, xiv, 18) ; — « Je suis avec vous tous les jours jus-
qu'à la consommation des siècles » (Mat., xxvni, 20).
En nous léguant sa chair et son sang, Jésus le fait en tant
que Prêtre, car ce don divin suppose l'immolation de la Victime.
Saint Jean nous le fait entendre, lorsqu'il dit : « Jésus sachant
que son heure était venue de passer de ce monde à son Père,
comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde, il les
aima jusqu'à la fin. » (xni, 1). — C'est le même Prêtre qui sa-
crifie la Victime sur le Calvaire et la maintient dans l'Eucha-
ristie. C'est le même amour sacerdotal qui nous la livre en
nourriture, après l'avoir offerte en holocauste à la majesté di-
vine. L'Eucharistie est en toute vérité le prolongement du Sa-
crifice de la croix. L'Ange de l'Ecole dit à bon droit que « ce
sacrement a été institué dans la Cène, pour être à l'avenir lé
mémorial de la passion du Seigneur, après qu'elle a été con-
sommée. D'où le Christ dit expressément, en parlant au futur :
Toutes les fois que vous ferez cela. » (III p., q. 73, ««. 5, ad 3).
— Il ajoute, dans un autre endroit, au sujet de la communion :
« En tant que les deux natures, l'âme et le corps, sont per-
NÉCESSITÉ DU SACERDOCE EN JÉSUS 85
Quelle sublimité de gloire et de splendeur en
ce Jésus Prêtre éternel, lumière de lumière,
Dieu de Dieu, principe de vie, devenu à jamais
la béatitude et la glorification de tous ceux qu'il
a ressuscites et sauvés * !
Peut-il, en vérité, y avoir des louanges, des
adorations, des actions de grâces et des chants
d'amour dignes d'un tel Prêtre ? Comment pro-
clamer dignement les sublimités d'un Sacerdoce
sonnellement unies par une alliance intime et un merveilleux
amour, la créature raisonnable a besoin, pour le salut éternel
de ces deux éléments, d'une nourriture unique qui convienne
à tout l'homme, c'est-à-dire à ses deux natures, spirituelle et
corporelle. Elle a besoin du Verbe fait chair, qu'elle puisse
manger sous le voile d'un Sacrement, afin que. par sa vertu,
l'âme parvienne de la misère présente à la vie d'éternelle béati-
tude, et que le corps, conservé pour un temps au sein de la
terre, ressuscite enfin glorieux... Le Seigneur (Jean, vi, 55) dit
dé l'esprit : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle » ; et
du corps : « Je le ressusciterai au dernier jour. » (Op. Sj, c. 6).
' « Le Christ étant venu comme pontife des biens futurs
est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire... dans le ciel
même, afin de se présenter pour nous devant la face de Dieu. »
Hébr., IX, 11, 24). — « Le Christ s'est offert une fois pour effacer
les péchés de beaucoup ; une seconde fois il apparaîtra sans
péché, pour donner le salut à ceux qui l'attendent..., pour que
ceux qui sont appelés reçoivent la promesse de l'héritage
éternel. » (Ibid., i5, 28). — « Cette espérance, nous la gardons
comme l'ancre solide et ferme de notre âme ; elle pénètre jus-
qu'au dedans du voile, où Jésus, comme précurseur, est entré
pour nous, ayant été fait pontife pour l'éternité » (Hébr., vi,
19, 20) ; « qui seul possède l'immortalité et qui habite une lu-
mière inaccessible, à qui est l'honneur et l'empire éternel.
Amen. » (I Tim., vi, 16).
86 DU SACERDOCE DE JÉSUS
que l'éternité même ne suffira pas à admirer et
à honorer ?
Du moins, que notre vie tout entière soit con-
sacrée à rendre à Jésus-Prêtre les hommages et
les honneurs qui Lui sont dûs ! Que notre esprit
se fixe dans des contemplations assidues sur ce
Mystère ineffable du Sacerdoce en notre ado-
rable Sauveur ! Que notre cœur s émeuve et
s'embrase d'amour pour le Prêtre Eternel qui
nous a tant aimés et à la puissance sacerdotale
duquel nous devons la divine Victime qui nous
a sauvés ! Que notre âme s'abreuve sans cesse
à la source des grâces que Jésus-Prêtre nous a
méritées par le divin caractère et l'exercice de
son Sacerdoce ! Que notre être tout entier se
livre dans la reconnaissance et dans l'amour à
l'action transformatrice de Jésus le Souverain
Prêtre, pour ne faire avec Lui qu'une même
hostie à la gloire de notre commun Dieu et Père
qui est dans les cieux !
A Jésus, l'unique cl Souverain Prclre
O Jésus, mon Prêtre adoré,
je Vous contemple
au sein de la Trinité Sainte,
et je m'unis à la gloire
dont Vous êtes pour votre Père
l'éternel principe.
Je Vous vois avec admiration
Vous faisant ici-bas
la même glorification divine
dans l'exercice
de votre éternel Sacerdoce.
Je me réjouis souverainement
de Vous savoir l'unique Prêtre
du ciel et de la terre.
Je trouve dans votre Sacerdoce
la raison de tous les "Mystères
du temps et de l'éternité.
Je veux employer ma vie
à Vous étudier et à Vous aimer
et passer mon ciel
à Vous adorer
cl à Vous glorifier.
CHt^PITRE DEUXIEME
Le Sacerdoce éternel de Jésus
CHAPITRE DEUXIEME
Le Sacerdoce éternel de Jésus
« Jésus, parce qu'il demeure éter-
nellement, possède un Sacerdoce
éternel. »
Hébr.. VII, 24.
Après avoir étudié la nécessité absolue et in-
trinsèque du Sacerdoce en Jésus, et avant de
considérer notre adorable Maître dans l'exercice
de ses divines fonctions sacerdotales pendant
sa vie terrestre, voyons quelle est la nature de
ce Sacerdoce indispensable et unique que nous
avons entrevu si beau et si grand, mais dont
nous soupçonnons des sublimités plus grandes
encore.
Le titre de ce chapitre nous dit déjà que nous
allons entrer dans des considérations plus éle-
vées, considérations que nous ne pourrons faire
qu'à la lumière de l'éternelle vérité et dont nous
n'aurons l'intelligence que si nous établissons
notre demeure en Dieu et donnons à notre étude
le caractère d une véritable adoration *.
* « Que le Christ habite par la foi en vos cœurs, afin qu'étant
92 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Il s'agit de connaître Jésus-Prêtre dans la réa-
lité de sa nature et de son essence, tel qu'il
est en Lui-même dans le Principe qui L'a fait
Prêtre et dans les desseins adorables qui ont
décrété l'exercice de son Sacerdoce au sein de
1 humanité. Il n'y a place ici ni à l'imagination
ni à la sensibilité ; et quoiqu'en principe nous
ne puissions jamais trop exalter le Sacerdoce
éternel de Jésus, encore faut-il que ce soit dans
les termes d'une exacte doctrine et les bornes
d une juste vérité.
Lorsque nous aurons approfondi le caractère
essentiel et divin du Sacerdoce en Jésus, nous
serons mieux en mesure de comprendre la na-
ture, la puissance, la portée et l'efticacité divine
des actes qu'il posera ensuite dans l'accomplis-
sement de sa mission sacerdotale sur cette terre.
La science du Sacerdoce éternel de notre divin
Sauveur, que nous pouvons acquérir parla, sera
sûrement une de nos plus grandes joies pendant
la vie et l'objet d'une spéciale glorification au
royaume des élus.
Apportons-y toute notre attention et toute
notre foi ; et faisons la lecture réfléchie des
enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre
l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, de sorte
que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. »
Ephés., III, 17-19.
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 93
pages qui vont suivre en raccompagnant de fré-
quents actes d'amour ^
I. — Sacerdoce éternel dans sep origine
En employant l'expression Sacerdoce éternel,
nous ne pouvons évidemment vouloir signifier
que Jésus a été constitué Prêtre avant l'Incar-
nation ni qu'il a exercé l'office de médiateur
avant d'avoir assumé la nature humaine. Les
allusions faites précédemment à un certain Sa-
cerdoce du Verbe dans le sein du Père, indi-
quent, comme nous l'avons dit, un Sacerdoce
improprement dit, ainsi appelé à cause de son
analogie avec celui du Verbe incarné. En effet,
la conception du Sacerdoce comporte la notion
d'un médiateur, ce qui ne peut exister en Dieu,
les trois Personnes divines étant égales entre
1 N'oublions pas que si, au point de vue surnaturel, tout a sa
source dans l'amour, tout également doit nous conduire à un
accroissement de charité. Les opérations de notre intelligence,
plus spécialement, sont ordonnées à l'amour ; car l'amour repo-
sant sur la connaissance, plus nos connaissances sont grandes,
plus elles sollicitent et servent de fondement à notre amour.
D'où, de sa nature, la science de Jésus produit l'amour ; nous
ne devons travailler à Le mieux connaître qu'afin de Le mieux
aimer. C'est une des fins de l'Incarnation, de même que c'est
un effet naturel de la connaissance du Sacerdoce de Jésus,
94 DU SACERDOCE DE JÉSUS
elles \ et suppose l'existence d'une victime sur
laquelle s'exerce l'autorité du Prêtre, ce qui im-
plique, au moins théoriquement, une certaine
infériorité ; envisagé de la sorte, le Sacerdoce
en Dieu constituerait des inégalités et ne peut
lui convenir. Toutefois, ces distinctions étant
faites, et parce que le caractère essentiel du
Sacerdoce étant de procurer la gloire de Dieu,
nous conserverons cette dénomination à la glo-
rification éternelle du Père de la part de son
Verbe éternellement engendré.
En faisant remonter le Sacerdoce en Jésus au-
delà du temps et en lui attribuant une origine
éternelle, nous ne faisons qu'employer des ex-
pressions comme celles de Saint Paul disant que
« Dieu nous a élus dans le Christ avant la créa-
tion du monde - », et de l'Apocalypse, où nous
* « Dans le médiateur, dit Saint Thomas, nous pouvons con-
sidérer deux choses : i" 5<ï nature d'intermédiaire ; 2° V office
qu'il a d'unir ce qui est séparé. Or, il est de l'essence d'un
moyen d'être séparé des deux extrêmes ; et le médiateur unit
par là même qu'il porte à l'un ce qui appartient à l'autre. Au-
cune de ces deux conditions ne peut convenir au Christ comme
Dieu, mais seulement comme homme. Car, comme Dieu, il ne
diflfère du Père et de l'Esprit-Saint ni en nature, ni en puis-
sance. Le Père et l'Esprit-Saint n'ont rien qui ne soit au Fils,
de manière qu'il n'y a pas possibilité pour lui de transmettre à
d'autre* ce qui appartient au Père et à l'Esprit-Saint, comme
on transmet à quelqu'un ce qui appartient à d'autres. » III p.,
q. 26, a. 2.
- Ephés., I, 4. — Saint Pierre s'exprime de la même manière.
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 9^
lisons que « l'Agneau a été immolé dès l'origine
du monde * ». Sacerdoce éternel ne signifie donc
pas que ce qui est éternel en principe le soit
également en acte ; mais nous l'appelons éternel
parce que dans le Sacerdoce de Jésus tout parle
d'éternité, et que si nous ne remontions à l'ori-
gine des choses nous ne pourrions en avoir une
juste intelligence, comme nous allons essayer
de le démontrer.
C'est son divin Père directement qui constitue
Jésus Prêtre, sans aucun intermédiaire et sans
avoir recours à aucune sucession de famille
ou de tribu. Le grand docteur du Sacerdoce de
Jésus, Saint Paul, dans son admirable Epître
aux Hébreux, proclame hautement que le Christ
a été établi Pontife par Dieu lui-même, qui Lui a
dit : « Filius meus es tu, ego hodie genui te. Tu
es Sacerdos in Eeternum ». — « Vous êtes mon
Fils, je vous ai engendré aujourd'hui "^. Vous
lorsque parlant du Christ, « l'Agneau sans tache et sans dé-
faut », 11 dit qu'il a été « prédestiné avant la création du
monde, et manifesté dans les derniers temps. » 1, i, 19, 20.
* Apoc, XIII, 8.
2 Hébr., V, 5, 6 ; vu, 17. — Saint Thomas répondant à la
question, si en Dieu il peut y avoir génération, s'exprime ainsi :
« La procession du Verbe dans les personnes divines est une
génération, non dans le sens général mais dans le sens propre ;
cette génération est l'origine d'un être vivant qui procède d'un
96 DU SACERDOCE DE JÉSUS
êtes Prêtre pour l'éternité ». Rien ne peut être
plus explicite : Ego, moi. C'est Dieu le Père qui
parle et qui se réserve seul le droit et le pouvoir
de faire un Prêtre de son Fils. Il tire en quelque
sorte le Sacerdoce de son sein pour en honorer
son Fils, comme il le fait de sa splendeur et de
sa gloire éternelles.
Cette divine consécration sacerdotale dans son
principe ne connaît point de temps. Elle se fait
en Dieu et elle est éternelle. Hodie, aujourd'hui :
pour Dieu, c'est l'éternel présent.
Et ce Sacerdoce divin est une seule et même
chose avec la Personne du Verbe incarné. Le
être vivant avec lequel il est uni selon la similitude parfaite
de la même nature. Le Verbe procède de \ action intellectuelle
de Dieu, qui est son opération vivante, et il en procède par
ressemblance ; il est de même nature et substantiel comme le
principe qui le produit. C'est pourquoi on dit, à proprement
parler, qu'il est engendré, et on lui donne le nom de Fils. »
1 p., q. 27, a. 2, c. ad 2.
Cette génération en Dieu, parce qu'elle est la substance de
son entendement, l'être et le comprendre en lui étant une seule
et même chose, est nécessaire et éternelle comme Dieu lui-même.
Aussi, l'évangéliste Saint Jean appelle-t-il Jésus « le Fils unique
qui est dans le sein du Père » (1, 18). « Toutes les œuvres de
Dieu, dit encore Saint Thomas, sont toujours nouvelles, car ce
qu'il fait une fois il le fait toujours, à cause de son immutabi-
lité. D'où le Père dit à son Fils : « Je vous ai engendré aujour-
d'hui », quoique cette génération divine et humaine se soit
opérée depuis déjà de nombreuses années. C'est pourquoi nous
devons l'avoir devant les yeux avec la même reconnaissance
que lorsqu'il l'a opérée dans le principe, car c'est pour cette gra-
titude que Dieu opère toutes ses œuvres.» lOp. 62, c. 1).
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 97
Père l'engendre pour qu'il soit Prêtre par l'In-
carnation. A proprement parler, Jésus ne reçoit
pas le Sacerdoce, Il est le Sacerdoce. Tout ce
qu'implique la notion, les qualités, les préroga-
tives, les efficacités et la perfection du Sacerdoce,
Jésus les possède en Lui-même, essentiellement.
Divin et éternel dans son origine, le Sacerdoce
de Jésus l'est encore dans la puissance de son
Principe. Seul un Dieu pouvait se donner un
Dieu Prêtre ; seul un Principe éternel pouvait
engendrer un Prêtre éternel ; seul un Etre né-
cessaire et de puissance infinie pouvait accom-
plir un tel mystère d'éternelle grandeur et de
glorification divine.
Le même principe d'éternelle sainteté devait
faire de Jésus le Prêtre saint par excellence.
Cette sainteté essentiellement nécessaire au Sa-
cerdoce de Jésus, n'est pas une sainteté acquise
ni infuse, elle est une sainteté incommunicable
qui tient à l'essence de sa Personne divine, cette
sainteté même qui en Dieu est nécessaire et
éternelle autant que son existence ^
En vérité, un Sacerdoce qui est conféré par
^ « 11 a été donné au Christ revêtu de la nature humaine,
d'être Fils de Dieu, non par participation, mais par nature.
Or, par nature la divinité est infinie. Le Christ a donc reçu,
par l'union, un don infini. D'où, il résulte, sans aucun doute,
que la grâce d'union est infinie. » S. Thom., Op. 2, c. 2i5.
gS DU SACERDOCE DE JÉSUS
une Personne divine à une autre Personne divine
non moins adorable ; un Sacerdoce qui remonte
au premier Principe de toutes choses et repose
sur la génération éternelle du Verbe ; un Sacer-
doce qui atteint le Prêtre dans son essence et ne
fait qu'un avec sa substance ; un Sacerdoce qui
est à la fois l'acte d'une puissance infinie et la
manifestation la plus sublime d'une sainteté di-
vine , est un Sacerdoce qui dépasse les concep-
tions humaines et les bornes du temps, et qu'à
bon droit on peut appeler un Sacerdoce éternel,
éternel dans son origine et dans son principe.
Il est impossible de s'arrêter à d'aussi sublimes
considérations, sans se laisser gagner par l'ad-
miration, l'adoration et l'amour devant ce mys-
tère ineffable du Sacerdoce de Jésus. Exaltons
Jésus, le Prêtre Eternel, par nos louanges, ho-
norons-Le par notre culte, aimons-Le par toutes
les tendresses de notre cœur, et glorifions-Le
par la sainteté de notre vie.
n. — Sacerdoce éternel dans le plap divii>
Considérons maintenant le Sacerdoce éternel
de Jésus sous un autre aspect, non plus tel qu'il
est dans son divin Principe, mais tel qu'il existe
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 99
dans la pensée divine en rapport avec l'écono-
mie générale du plan divin.
Tout en Dieu étant éternel, sans commence-
ment ni fin, il n'y a en lui ni passé ni futur, mais
un éternel présent. Tout ce qui répond à nos
conceptions de durée, succession, changement,
n'existe pas en Dieu. Même lorsqu'il crée les
mondes et appelle à l'existence les créatures an-
géliques et humaines, il n'en éprouve aucun per-
fectionnement, aucune ombre de changement '.
Dieu n'a pas plus connaissance des distances
qu'il n'a d'horizon qui borne sa vue. Tout ce qui
doit arriver jusqu'à la fin des temps, il le sait,
' « Chez qui il n'y a pas de variation, ni à'ombre, ni de chan-
gement. » (Jac, I, 17V — « Dieu étant le premier être, tout à fait
simple et infini par essence, est absolument immuable. Cet être
premier doit être un acte pur, sans qu'il n'y ait rien en lui qui
soit seulement en puissance, parce que ce qui est en puissance
est nécessairement postérieurement à ce qui est en acte. Or, tout
ce qui est susceptible de changement n'existe sous certains rap-
ports qu'en puissance. D'où l'on voit qu'/7 est impossible que
Dieu subisse aucun changement.» (S. Thom., I p., q. 9, a. 1).
Ailleurs, le Docteur angélique s'expnme plus clairement en-
core : « Par cela que Dieu donne l'être aux choses par un acte
de sa volonté, il est évident qu'il peut, sans éprouver de chan
gement, appeler de nouveaux êtres à l'existence. Il peut arriver
qu'il veuille agir maintenant après n'avoir pas voulu auparavant.
Rien n'empêche que, sans changement aucun, quelqu'un n'aie
la volonté d'agir plus tard, même lorsqu'il n'agit pas présen-
tement. Ainsi, sans qu'il survienne de changement en Dieu, il
peut arriver que Dieu, quoique éternel, n'ait pas produit les
choses de toute éternité. » Op. 2, c. 97.
DU SACERDOCE DE JESUS
il le connaît parfaitement et en détail ; et lorsque
les événements se succèdent, à l'heure marquée
par lui, il n'apprend rien de nouveau, il a tout
prévu, la fin, les raisons, les causes et les effets.
C'est ainsi que l'humanité, longtemps avant
son existence, dans la profondeur des siècles qui
ont précédé toute création, au commencement
de toutes choses, c'est-à-dire avant tout com-
mencement, dans l'éternité de l'essence divine,
était présente en Dieu. C'est dans sa pensée
éternelle qu'elle a pris naissance et qu'elle a été
entrevue dans toute sa réalité future ; Dieu en a
donc vu à l'avance la création, la prévarication
et la rédemption.
Il aurait pu la créer et, après sa chute, la pu-
nir irrévocablement ; mais il a voulu la sauver
et il en a pris les moyens. Connaissant toute
la malice du péché dont l'humanité devait se
souiller, et sa sagesse divine comme sa sainteté
réclamant pour sa justice une réparation capable
de l'apaiser, il se choisit un Libérateur qui pût
se faire intermédiaire et médiateur entre lui et
les hommes. N'en pouvant trouver dans l'huma-
nité elle-même, il le prit dans son sein et le mar-
qua du sceau de Rédempteur du genre humain.
En même temps que dans le sein de la Tri-
nité Sainte une des trois Personnes divines
était vouée à cette œuvre d'infinie miséricorde,
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 101
il était décrété que non seulement elle se ferait
créature, mais encore qu'elle viendrait dans le
monde comme victime ' et qu'elle serait destinée
à la mort par l'effusion de son Sang -. La Victime
existant, il lui fallait un Prêtre pour l'immoler.
Nul autre que le Verbe incarné lui-même ne
pouvait être le Sacrificateur divin d'une V^ictime
divine. C'est alors que le Sacerdoce de Jésus
apparaît au milieu des splendeurs de la Divinité,
aussi grand et aussi saint que Dieu lui-même,
aussi nécessaire et aussi éternel que ses décrets.
Son action sera suspendue jusqu'à l'appari-
tion de l'humanité, sur laquelle, dès la première
heure, s'exerceront déjà par anticipation les di-
vines influences de son Sacerdoce ; son offrande
' « Le Christ s'est livré lui-même pour nous, en s'ofirant à
Dieu comme une oblation et une victime d'une agréable odeur. »
(Epmés., V, 2). — « Le Christ est mort pour nos péchés.» (I Cok.,
XV, 3). — Le grand Apôtre va jusqu'à dire que « Celui qui ne
connaissait point le péché. Dieu l'a fait péché pour nous »
(H Cor., v, 21). — Saint Thomas, commentant ce passage, dit :
« Dieu a fait le Christ péché, non pour qu'il eût le péché en lui,
mais parce qu'il l'a fait victime pour le péché. C'est aussi dans
ce sens qu'il est dit (Is., lui, 6) que Dieu a mis l'iniquité de
tous en lui, c'est-à-dire qu'/7 l'a livré pour être victime pour
les péchés de tous les hommes. » (III p., q. i5, a. 1, ad 4).
- « II nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son
sang.>> (Apoc, i, 5 . — Selon ce que dit Saint Paul, comme
« il n'y a pas de pardon sans effusion de sang » Hébr., ix, 22 1,
« c'est en Jésus-Christ que nous avons la rédemption, la ré-
mission des péchés, par son sang. » (Ephés., i, 7).
102 DU SACERDOCE DE JÉSUS
et son sacrifice de la Victime attendi ont sa venue
dans la chair pour accomplir l'œuvre divine de
la glorieuse réhabilitation ; mais de toute éter-
nité il est Prêtre, Prêtre du ciel et de la terre,
Prêtre de Dieu et des hommes, Prêtre sans com-
mencement ni fin, Prêtre unique qui était, qui
est et qui sera éternellement.
Comprenons-nous, dès lors, quelles peuvent
être les complaisances divines du Père devant
ce Fils Prêtre, qui est déjà sa gloire substan-
tielle, et qui, dans la suite des temps, deviendra
sa gloire créée et accidentelle, il est vrai, mais
non moins digne de son éternelle dilection !
Représentons-nous, si possible, ce moment su-
prême où, dans la vision de 1 avenir, les trois Per-
sonnes divines contemplent dans leur sein un
Prêtre de même essence qu'ElIes, grand comme
Elles, saint comme Elles, divin et éternel comme
Elles ! C'est le temps dans l'éternité et l'éternité
dans le temps : Jésus en est le centre et le mys-
tère! Tombons à genoux, adorons, aimons!
III. — Sacerdoce éternel cp durée
Dieu le Père, en se donnant un Prêtre en
Jésus, ne Lui confie pas un Sacerdoce qui devra
finir avec sa vie, mais bien un Sacerdoce qui
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS 103
devra durer éternellement. C'est pourquoi H Lui
dit : « Vous êtes Prêtre pour l'éternité ». Ces
mots ont une signification aussi profonde et
aussi essentielle que ceux par lesquels il Le
déclare « son Fils engendré par lui ». Eternité
de génération divine, éternité de consécration
sacerdotale.
Dans la chair comme dans le sein de Dieu,
Jésus demeure le Fils éternellement engendré ;
pareillement, dans l'éternité comme dans la
chair, Jésus demeurera Prêtre dans toute la per-
fection divine de son Sacerdoce. « Le Seigneur
l'a juré, lisons-nous en saint Paul, et il ne s'en
repentira pas : vous êtes Prêtre pour l'éternité ' ».
Cette " parole du serment qui établit le Fils
inliniment parfait - », l'établit aussi éternelle-
ment Prêtre, l'éternité de perfection dans le
Fils entraînant l'éternité du Sacerdoce dont il
est investi. « Par là même, dit encore le grand
Apôtre, qu'il demeure éternellement, il possède
un Sacerdoce éternel^ ».
La Filiation divine et éternelle du Verbe est
la raison essentielle de l'éternité de son Sacer-
doce ; cette pensée revient sans cesse sous la
plume de saint Paul et fait comme le fond de sa
doctrine. « Nous avons un grand Pontife, dit-il,
1 Hébr., vu, 21. — s Hébr., vu, 28. — ^ Hébr., vu, 24.
104 DU SACERDOCE DE JÉSUS
qui a pénétré dans les cieux, Jésus Fils de
Dieu ' ».
L'union hypostatique jette un nouveau jour
sur cette capitale vérité. Ce que Jésus a pris une
fois comme Verbe incarné, Il l'a pris pour tou-
jours -. Il est Prêtre et Victime en tant qu'Homme,
' Hébr., IV, 14. — «Jésus est entré dans le ciel même » Ibid.,
24). — « Le Christ, étant venu comme pontife des biens futurs,
est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire. » (Ibid., ix, 12;.
— « Nous avons un pontife tel, qu'il est assis à la droite du
trône de la majesté divine dans les deux. » (Ibid., viii, \\. —
<f Jésus, parce qu'il demeure éternellement, possède un Sacer-
doce éternel. » (Ibid., vu, 24). — « Il a été fait pontife pour
l'éternité. » (Ibid., vi, 20).
- Lorsque Saint Paul dit : « Jésus-Christ était hier, il est au-
jourd'hui, et /'/ sera de même dans tous les siècles » (Hébr.,
XIII, 8), il exprime clairement qu'il ne peut y avoir en Jésus au-
cun changement et que tel que nous l'avons connu dans la
chair, tel les élus le retrouveront dans les siècles des siècles.
Cette vérité est fondée sur l'essence même de l'union hjposta-
tique, union substantielle, personnelle, indissoluble et éternelle,
dans laquelle il ne se trouve rien d'accidentel ni de temporel.
Le Docteur angélique dit justement à ce sujet : « L'Eglise ca-
tholique enseigne que la nature humaine a été unie au Verbe
de Dieu, non d'après son essence ou sa nature, ni par acci-
dent, mais par un certain mode intermédiaire selon la subs-
tance ou l'hypostasc... Le Verbe de Dieu a eu de toute éternité
Vêtre complet, selon l'hypostase ou la personne. Dans le temps
la nature humaine lui est advenue, non qu'il l'ait prise pour
ne former qu'un seul être selon la nature ( comme le corps
est uni à l'âme dans le même être \ mais pour ne former qu'un
seul être selon l'hypostase ou la personne. C'est pourquoi la
nature humaine n'est pas unie au Fils de Dieu accidentel-
lement. » ( III p., q. 2, a. 6, c. ad 2). Ailleurs, il dit encore : « De
ce que le Verbe a préexisté éternellement, il ne s'ensuit nulle-
SACERDOCE ETERNEL DE JESUS lOO
mais Prêtre et Victime dans une Personne di-
vine : dès lors, demeurant éternellement Prêtre
et V^ictime comme la Personne divine elle-même.
Rien jamais ne pourra dépouiller Jésus de son
Sacerdoce ; ce qui équivaudrait à un amoin-
drissement dans sa perfection infinie et à un
véritable changement dans l'essence de sa Per-
sonne : deux absurdités qui détruisent la notion
même de Dieu.
N'oublions pas que Jésus ne fait que passer
sur la terre, pour y accomplir une mission qu'il
a reçue de son Père. Par la puissance de son
Sacerdoce, Il réalisera cette œuvre divine, qui
consiste dans la glorification de Dieu par le salut
du genre humain. Une fois cette œuvre accom-
plie. Il devra Lui-même en être glorifié '. La Vic-
ment que la nature humaine lui a été ajoutée par accident. Le
Verbe a pris la nature humaine pour être vrai homme. Or, ctre
homme, c'est être dans le genre de la substance. Si donc l'h}'-
postase du Verbe doit être homme à son union avec la nature
humaine, cela ne lui est pas arrivé accidentellement ; car les
accidents ne sont pas Xêtre substantiel. » ( Contr. Cent., L. 4,
^- 49-
' C'est l'objet de la dernière prière qu'il adresse à son Père.
« Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils. Je vous ai glo-
rifié sur la terre, j'ai accompli l'œuvre que vous m'avez donnée
à faire. Et maintenant glorifiez-moi, vous. Père, en vous-même,
de la gloire que j'ai eue en vous avant que le monde fût. »
Jean, xvii, 1, 4, 5.
t06 DU SACERDOCE DE JÉSUS
time qu'il aura immolée aura droit à des com-
pensations et à des récompenses éternelles '. Son
Sacerdoce qui aura opéré une telle merveille
sera digne d'apparaître lumineux et éternelle-
ment glorieux dans la Jérusalem céleste.
Dieu le Père reconnaîtra son Fils bien-aimé
sous les livrées de son Sacerdoce éternel, et il
voudra le glorifier dans les siècles des siècles
pour l'œuvre de salut et de gloire divine qu'il
aura opérée -.
Les anges et les élus, qui devront leur béati-
tude à son Sacerdoce, n'auront pas trop de l'éter-
nité pour Le bénir et Lui rendre grâces •'.
' « Celui qui avait été abaissé pour un peu de temps au-
dessous des anges, Jésus, nous le voyons, à cause de ses souf-
frances et de sa mort, couronné de gloire et d'honneur. >>
Hébr., u, 9.
- « Le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire,
a déployé sa puissance dans le Christ, en le ressuscitant des
morts et eu le faisant asseoir à sa droite dans les deux, au-
dessus de toute principauté, et de toute puissance, et de toute
vertu, et de toute domination, et de tout nom qui peut être
nommé, non seulement dans ce siècle, mais encore dans celui
qui est à venir. Il a mis toutes choses sous ses pieds, et il l'a
donné pour chef à toute l'Eglise qui est son corps, et la pléni-
tude de celui qui accomplit toutes choses en tous. » Ephés., i,
17, 20-23.
•' Saint Jean, dans l'Apocalypse, nous décrit les louanges et
les chants des anges et des saints dans la Jérusalem céleste :
« Ils chantaient un cantique nouveau, en disant : Vous êtes
digne. Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux ;
car vous avez été égorgé, et, f)ar votre sang vous nous avez
SACERDOCE ETERNEL DE JESUS 107
Jésus Lui-même entendra éternellement les
accents divins de la Victime qui bénira le Prêtre
de l'avoir immolée ; et, à son tour, le divin Sa-
crificateur rendra d'éternelles actions de grâces
à l'adorable V^ictime qui se sera prêtée à son
action sacrificatrice. L'éternité seule pourra sa-
tisfaire de telles exigences divines.
Non, un Jésus Prêtre ne peut l'être pour un
temps seulement : Il réclame essentiellement
l'éternité de durée comme l'éternité d'origine.
Un Jésus, Prêtre de par les desseins adorables
dans les décrets éternels, doit nécessairement,
pour être le couronnement du plan divin, per-
pétuer sans tin son Sacerdoce.
Un Jésus Prêtre-Victime, qui vit et meurt
pour des fins éternelles, est destiné à une gloire
divine dans les siècles des siècles.
" Ayant offert une seule hostie pour les pé-
chés, Jésus s'est assis pour toujours à la droite
de Dieu '. »
A Lui seul honneur et gloire !
rachetés pour Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout
peuple et de toute nation... Je regardai, et j'entendis la voix
d'anges nombreux autour du trône, qui disaient d'une voix forte :
L'Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir la puissance,
la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la béné-
diction... A celui qui est assis sur le trône et à l' Agneau,
bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des
siècles. » Apoc, v, 9, ii-i3.
' Hébr.. X, 12.
108 DU SACERDOCE DE JÉSUS
IV. — Sacerdoce éternel dans ses effets
et ses efficacités
D'après les décrets divins, Jésus ne devait être
Prêtre ici-bas que pour opérer une oeuvre de
glorification et de salut éternels. Pas plus que
son Sacerdoce lui-même, les fruits n'en pou-
vaient être contenus dans les limites du temps.
V^enu pour rendre à son divin Père une gloire
que le péché lui avait ravie, Il ne pouvait la lui
donner imparfaitement et pour un temps seule-
ment ; cette gloire, œuvre divine d'un Sacer-
doce divin, devait nécessairement être éternelle
comme le Prêtre qui la lui offrait.
Il suffisait, pour cela, que Jésus remplît la
condition que le Père Lui avait imposée, en
L'envoyant dans le monde : sauver le genre hu-
main, en portant le poids de ses péchés et en
payant pour ses iniquités '. Toute la mission de
' « C'est une parole certaine et absolument digne d'être ac-
ceptée, que le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver
les pécheurs. ^^ (I Tim., i, i5''. — Les textes abondent dans l'Evan-
gile et les Epîtres, pour nous dire, sous toutes les formes, que
c'est là l'unique mission du Verbe incarné. Saint Jean déclare
que c'est la pensée du Père : « Dieu, dit-il, nous a envové son
Fils comme une propitiation pour nos péchés » (I Jean, iv, lo).
— C'est également celle du Fils, ajoute Saint Paul lorsqu'il
met dans la bouche de Jésus entrant dans le monde ces paroles
mémorables : « Les holocaustes et les sacrifices pour le péché
SACERDOCE ETERNEL DE JESUS IO9
Jésus est là : être Prêtre, posséder une Victime
et l'immoler. Le Prêtre, c'est Lui ; la Victime,
c'est Lui ; le Sacrificateur, c'est Lui ; le Sacrifice,
ne vous ont pas plu ; mais vous m'avez formé un corps. Alors
j'ai dit : Me voici, je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. »
(Hébr., X, 5-7). — L'ange déjà avait annoncé à Saint Joseph que
Jésus viendrait pour « sauver son peuple de ses péchés » (Mat.,
I, 2i\ Ce qui n'exclut pas l'expiation du péché de l'humanité
tout entière, selon ce que dit le prophète Isaïe du Sauveur,
ii.iii, 5 , lequel « a été blessé pour nos iniquités et brisé pour
nos crimes ; Dieu a mis Xiniquité de tous en lui », et plus clai-
rement encore Saint Jean (I, 11, 1,2): « Nous avons un avocat
auprès du Père, Jésus-Christ le Juste, c'est lui qui est une
propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres,
mais aussi pour ceux du monde entier ». — Quand Saint Paul,
exprimant la même pensée, dit que « le Christ s'est offert une
fois pour effacer les péchés de beaucoup » (Hébr., ix, 28', il
ne restreint pas davantage les effets de la rédemption, mais
il fait allusion à ceux qui se seront approprié la vertu du sang
de Jésus. C'est d'ailleurs dans le même sens que Jésus Lui-
même, à l'heure solennelle de l'institution de l'Eucharistie, dit,
en présentant le calice à ses apôtres : » Ceci est mon sang du
Nouveau Testament, qui sera versé pour un grand nombre en
rémission des péchés » (Mat., xxvi, 28).
C'est bien, en effet, par sa mort que Jésus nous a purifiés de
nos péchés. « Le Christ est mort une fois pour nos péchés »,
dit Saint Pierre L •", 18*. Saint Paul s'exprime dans les mêmes
termes, dans sa première lettre aux Corinthiens :xv, 3) ; dans
son épître aux Hébreux, il indique l'efficacité divine de sa mis-
sion, en disant que Jésus « a paru pour abolir le péché par
son sacrifice <.i\. 26;. Ce sacrifice n'est autre, (selon Saint Jean},
que la mort de Jésus par l'effusion de son sang : « Jésus nous a
aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang » (Apoc.,
I, 5). La parole de l'amour, qui éclaire divinement le mystère de
la rédemption de l'humanité : « Personne n'a un plus grand
amour que celui qui donne sa vie pour ses amis. »( Jean, xvi, i3).
Saint Paul peut s'écrier, et nous avec lui ; « // m'a aimé et il
110 DU SACERDOCE DE JESUS
c'est Lui ! Il suffit qu'il meure, et II donne sa
vie. La justice divine réclame tout le sang de
ses veines, et II le verse. Au moment où II
exhale le dernier soupir, l'enfer se ferme, le
ciel s'ouvre, la réconciliation entre Dieu et les
hommes s'opère, la réhabilitation de l'humanité
est complète : « par son immolation, dit saint
Paul, il est devenu la cause du salut éternel ^ >.
Prêtre pour l'éternité, Jésus devait « pénétrer
dans les cieux, afin de s'offrir sans cesse pour
nous devant la face de Dieu-». Victime autant
que Prêtre, il ne pouvait y entrer qu'avec son
propre sang, par l'effusion duquel 11 nous avait
acquis une éternelle rédemption '■■. « Pontife des
biens futurs », son Sacerdoce devait s'exercer
encore au-delà du temps, dans la consommation
du bonheur éternel des élus ^'.
s'est livré lui-même pour moi. » (Gal., ii, 20). Oui, « marchons
dans l'amour, comme le Christ qui nous a aimés et qui s'est
livré lui-même pour nous \\ Dieu, comme une oblation et un
sacrifice d'agréable odeur. » Ephés., v, 2).
1 Hébr., V, 9.
2 Hébr., IX, 24.
3 Hébr., ix, 12.
■4 « Le Sacerdoce de Jésus a été éternel, dit Saint Thomas,
non quant à l'oblation du sacrifice, mais quant à sa consom-
mation qui consiste dans les biens éternels. Dans l'office du
Prêtre, on peut considérer deux choses : I" X ablation même du
sacrifice ; 2>' sa consommation , qui consiste en ce que ceux pour,
lesquels on l'offre obtiennent ce que le sacrifice a pour fin. Or
SACERDOCE ETERNEL DE JESUS 111
Comment avoir seulement la pensée que Jésus
puisse n'être pas éternellement Prêtre, lorsque
toute la gloire que Dieu prendra dans ses saints
viendra de celle que lui aura procurée son Fils
en se faisant le Sauveur de l'humanité?
Comment se figurer l'absence du Sacerdoce
dans le Libérateur universel, au milieu des
aiges et des saints qui tous devront sans fin
Icur félicité au Prêtre qui les aura sauvés^?
En outre, Jésus Prêtre ne terminera sa mis-
sion sacrificatrice et rédemptrice sur la terre
que pour en remplir une autre dans l'éternité ;
car, en même temps qu'il a été consacré Prêtre
par son Père, Il a été établi le Souverain Juge
le sacrifice que le Christ a offert a eu pour fin non les biens
temporels, mais les biens éternels que nous acquérons par sa
mort. D'où il est dit Hébr., ix, 12 ' que le Christ « est le pontife
des biens futurs », et c'est sous ce rapport qu'on dit que sou
sacrifice est éternel. » III p., q. 22, a. 5.
Plus loin lad 2) il ajoute : « Quoique la passion et la mort du
Christ ne doivent pas se renouveler, cependant la vertu de cette
hostie une fois offerte subsiste éternellement, parce que, comme
le dit Saint Paul (Hkbr., x, 14 : « Par une seule oblation il a
rendus /iar/aifs pour l'éternité ceux qu'il a sanctifiés. »
' « Les saints dans le ciel, continue le Docteur angélique,
n'auront plus besoin d'être purifiés par le sacerdoce du Christ ;
mais, étant purifiés, ils auront besoin d'être consommés par le
Christ duquel leur gloire dépend. D'où il est dit Apec, xxi,
23 1 : que « la gloire de Dieu éclaire la cité des saints et que
l'Agneau est son flambeau. » III p., q. 22, a. 5, ad 1.
112 DU SACERDOCE DE JESUS
des vivants et des morts. Le jugement Lui ap-
partient en propre comme le Sacerdoce et il en
est une conséquence. Il est Juge parce qu'il est
Prêtre ^
' Le pouvoir judiciaire lui a été donné en propre. Le Père se
repose entièrement sur lui pour juger. « Le Père ne juge per-
sonne, mais il a remis an Fils tout pouvoir de juger », lisons-
nous en Saint Jean (v, 22). Ce pouvoir ne connaît aucune limit;:
« C'est lui qui a été établi par Dieu juge des vivants et •> s
morts » iAcT., x, 42. Quoique Jésus soit juge tout d'abonni n
tant que Dieu, comme dit Saint Thomas : « Le Christ, corivne
Dieu, est assis à la droite de Dieu son Père, dans le sens qu'il a
avec le Père la gloire de la divinité, la béatitude et la puis-
sance judiciaire » flll p., q. 58, a. 2); et plus loin : « Comme
le Fils est la sagesse engendrée et la vérité qui procède du Père
et qui le représente parfaitement, c'est pour ce motif que la
puissance judiciaire lui est attribuée en propre » (q. Sg, a. 1 1 ;
néanmoins, c'est plutôt en tant qu'homme qu'il a reçu le pouvoir
judiciaire, selon ce que déclare Jésus lui-même en Saint Jean :
I' Le Père lui a donné la puissance de juger, parce qu'il est le
Fils de l'homme » v, 271.
Le même saint Docteur donne un commentaire fort clair de
ces paroles. « Il faut observer, dit-il, que quoique l'autorité pre-
mière nécessaire pour juger soit en Dieu, néanmoins la puis-
sance judiciaire est confiée par Dieu aux hommes par rapport
à ceux qui sont soumis à leur juridiction. Or, le Christ consi-
déré dans sa nature humaine est le chef de toute l'Eglise et
Dieu a tout soumis sous ses pieds. Par conséquent, // lui ap-
partient, comme homme, d'avoir la puissance judiciaire. C'est
pour cette raison que Saint Augustin dit Traité xix sur Saint
Jean , que ce passage de l'Evangile doit s'entendre ainsi : non
à cause de la condition de sa nature, parce qu'alors tous les
hommes auraient cette puissance, mais parce que ceci appar-
tient à la grâce de chef qu'il a reçue dans sa nature humaine»
(III p., q. 59, a. 2).
Remarquons, comme s'exprime encore Saint Thomas, que
cette puissance non seulement convient à Jésus comme homme,
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS ll3
Ayant sauvé les hommes par la puissance de
son Sacerdoce, Il a le droit de les juger sur la
manière dont ils auront usé de ses mérites et
de ses grâces ^ En vertu de la même puissance
sacerdotale par laquelle II s'est immolé comme
Victime divine, Il fera de ses élus, des victimes
de son amour et des réprouvés, des victimes de
sa justice -.
mais encore qu'elle est le fruit de ses mérites. « La puissance
judiciaire convient au Christ, comme homme, et à cause de sa
personne divine, et à cause de sa dignité de chef, et à cause de
la plénitude de sa grâce habituelle. Cependant // l'a encore
acquise par ses mérites ; de telle sorte qu'il est conforme à la
justice de Dieu que celui qui a combattu pour elle, qui a vaincu
et qui a été injustement condamné, soit juge. D'où il dit lui-
même Apoc, ni, 21) : « J'ai vaincu et je me suis assis sur le
trône de mon Père. » Or, par le trône on entend la puissance
judiciaire, d'après ces paroles du Psalmiste (Ps. ix, 5) : « Vous
êtes assis sur un trône, vous qui jugez la justice. » (III p.,
q. 59, a. 3).
' « Le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père,
avec ses anges, et alors /'/ rendra à chacun selon ses œuvres. »
(Mat., XVI, 271. — « Dieu jugera par Jésus-Christ les actions
secrètes des hommes » (Rom., h, 161. « Car il faut que nous
comparaissions tous devant le tribunal du Christ, afin que cha-
cun reçoive ce qui lui est dû, selon le bien ou le mal qu'il
aura fait. » (II Cor., v, 10). — D'après le grand Apôtre, c'est
bien comme Prêtre que Jésus apparaîtra alors : « Jésus est
entré dans le ciel même... Il n'a paru qu'une seule fois pour
abolir le péché par son sacrifice... Une seconde fois il appa-
raîtra sans péché, pour donner le salut à ceux qui l'atten-
dent. » (Hébr., IX, 24, 26, 28U
^ « « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa majesté, et
tous les anges avec lui, il siégera sur le trône de sa majesté. Et
toutes les nations de la terre seront rassemblées devant lui, et
114 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Eternellement ses jugements demeureront et
seront un honneur rendu aux efficacités divines
de son Sacerdoce.
Tout ce que le ciel peut contenir de joie, de
délices, d'ivresse et de béatitude sera un eff'et
des récompenses éternelles obtenues par le Sa-
cerdoce de Jésus. Jésus-Prêtre restera le centre,
la source, la cause, la fin de la félicité des bien-
heureux. Il sera Lui-même leur béatitude K C'est
// séparera les uns des autres, comme le pasteur sépare les
brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à
sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez,
les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous
a été préparé dès l'origine du monde. Alors il dira aussi à ceux
qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, dans le
feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. » Mat.,
XXV, 3 1-34, 4^-
' Jésus s'est plusieurs fois proclamé la vie éternelle. Saint
Paul, à son exemple, déclare que « la vie éternelle est en Jésus-
Christ notre Seigneur» (Rom., vi, 23 i; et Saint Jean, de son
côté, appuie sur cette vérité : « Dieu, dit-il, nous a donné la vie
éternelle, et cette vie est dans son Fils ; celui qui a le Fils a la
vie, celui qui n'a pas le Fils n'a pas la vie » (I Jean, v, ii, 12).
Mais la vie éternelle, nous enseigne Jésus (Jean, xvii, 3), con-
siste dans la connaissance de Dieu. Or, dit Saint Thomas :
« Cette connaissance, ce ne sera pas un ange qui la donnera à
un autre ange ni à l'homme, ce ne sera pas non plus un homme
qui la donnera aux anges et aux hommes ; mais ce sera le Fils
de Dieu qui seul donnera cette heureuse connaissance à
l'ange et à l'homme, parce que, comme il l'atteste lui-même
(Mat., XI, 27) : « Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils
et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » (Op. 62, c. 1).
Et plus loin, développant la même pensée, il ajoute: « Uunion
de l 'âme fidèle à Dieu, dans la béatitude, se fait par le Fils
SACERDOCE ÉTERNEL DE JÉSUS ll5
dans son Sacerdoce éternel qu'ils puiseront leur
gloire et leur éternité de bonheur.
Le sein de Dieu aura été le principe du Sacer-
doce de Jésus, l'éternité en sera la consomma-
tion. L'œuvre sacerdotale de Jésus accomplie
ici-bas entre ces deux extrêmes emprunte à
l'éternité d'origine et à l'éternité finale son ca-
ractère divin et éternel. Jésus exprime cette
pensée lorsqu'il dit : « Je suis sorti du Père et je
suis venu dans le monde ; maintenant Je quitte
le monde et je vais au Père ' », Il parle comme
Prêtre et comme Prêtre Eternel. En sortant du
de Dieu qui a pris la nature humaine pour l'élever à l'union
divine. Et cette union, le Fils de Dieu l'a obtenue par cette
fervente prière où il dit à son Père (Jean, xvii, 21 1 : «Comme
vous êtes en moi, ô mon Père, et que je suis en vous, qu'eux
aussi ne soient qu'un en nous » ; et encore ilem., 23 1 : « Vous
êtes en moi, je suis en eux, qu'ils soient consommés en un. »
Et il existe une union parfaite là où le Père et le Fils ne
font qu'un, et où le Fils, en sa qualité de chef de l'Eglise,
passe avec tous ses membres, c'est-à-dire tous les fidèles, à
l'union paternelle. » — « L'âme, conclut-il, est unie à Dieu
dans la béatitude, car tout ce que Dieu possède de béatitude
par sa propre nature, le Seigneur Jésus nous l'a obtenu par
grâce, lorsqu'il a dit Jean, xvn, 24; : « Père, ceux que vous
m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi,
afin qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée » et 221 « que
je leur ai donnée ». Cette gloire, le Père la communique au Fils
en lui donnant la béatitude éternelle qu'il a communiquée à
tous les élus. » (Op. 62, c. 41.
* Jean, xvi, 28.
It6 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Père, Il ne Ka cependant pas quitté; en remon-
tant vers lui. Il n'a fait que continuer à y de-
meurer ; en venant dans le monde, Il a obéi à
son Père qui L'a envoyé pour y être Prêtre et
Victime ; en quittant le monde. Il termine sa vie
terrestre par le Sacrifice suprême de son éternel
Sacerdoce.
Oh ! qu'il soit loué à jamais et mille fois béni
ce Prêtre d'amour et de miséricorde qui nous a
sauvés pour nous offrir à son divin Père, comme
des trophées de son Sacerdoce, et que nous re-
trouverons au ciel pour Le glorifier et L'aimer
sans fin !
Jésus, Prêtre Eternel
O Jésus
que Vous êtes grand et magnifique
dans les splendeurs
de votre Sacerdoce Eternel !
Que Vous êtes adorable
dans le choix que votre divin Père
fait de Vous
pour être notre Prêtre !
Que Vous êtes beau et magnanime
dans l'accomplissement
de votre mission sacerdotale
sur la terre !
Que Vous êtes puissant
dans les e^cacités divines
de votre Sacerdoce !
Que Vous êtes glorieux
dans le couronnement au ciel
de votre divin Sacrifice !
Que Vous êtes sublime
dans le triomphe
qui Vous consacre à jamais
le divin Prêtre de l'éternité !
CHÎ\PITRE TROISIEME
De l'actuatioi)
du Sacerdoce de Jésus
dans le temps
CHAPITRE TROISIEiME
De ractuatioi> du Sacerdoce de Jésus
dans le temps
" Le Christ vient comme pontife des
biens futurs... Voila pourquoi il est
devenu le médiateur du nouveau tes-
tament. »
Tlébr., IX, 11, 13.
Tout divin et éternel que soit le Sacerdoce en
la Personne de notre adorable Sauveur, nous
ne devons point perdre de vue qu'il ne Lui est
donné que pour être exercé ici-bas. Ce Jésus
consacré Prêtre par Dieu son Père, ne l'a été
que pour le glorifier sur la terre comme il l'est
au ciel. Il L'a fait l'un de nous afin de tirer de
l'humanité elle-même cette gloire qui est la fin
de son Sacerdoce.
S'il n'y avait eu le péché à réparer et une hu-
manité à sauver, le Verbe incréé ne serait point
devenu le Verbe incarné, et le titre glorieux de
Prêtre qui a fait de Jésus notre Sauveur ne Lui
aurait point été décerné. De sorte que pour com-
prendre vraiment Jésus en tant que Prêtre, il
122 DU SACERDOCE DE JESUS
faut en avoir une connaissance précise et pra-
tique en Le considérant ici-bas dans l'exercice
même de son Sacerdoce.
Nous savons déjà pourquoi II est Prêtre, nous
connaissons l'auteur et la fin de son Sacerdoce,
nous en avons admiré l'origine divine et entrevu
les splendeurs futures ; il nous reste à connaître
la réalisation dans le temps des desseins ado-
rables formés par la miséricorde divine au sein
de la Trinité Sainte.
Dans le reste de cet ouvrage, les divers as-
pects de l'exercice terrestre du Sacerdoce de
Jésus vont passer successivement devant nos
yeux. Nous entendrons parler et nous verrons
agir le Souverain Prêtre gardien de la divine
Victime, l'accompagnant pas à pas dans la vie,
l'assistant partout et toujours, l'offrant sans
cesse à Dieu son Père, la conduisant à l'autel
du sacrifice et l'immolant pour le rachat de l'hu-
manité. Scènes sublimes d'un amour sans égal,
d'une puissance infinie et d'une glorification
éternelle. Sublimité qui consacrera à jamais le
triomphe et la gloire de Jésus Prêtre et Victime,
Sauveur du monde.
Toutefois, avant d'entrer dans les détails de
la vie sacerdotale et sacrificatrice de l'Homme-
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 120
Dieu, jetons un coup d'oeil sur la nature humano-
divine du Sacerdoce en Jésus. Voyons comment
Il est Prêtre en tant qu'Homme tout aussi bien
qu'en tant que Dieu, comment et pourquoi son
Sacerdoce exercé dans la chair était nécessaire
et produisait des effets divins, et enfin la part
commune que son Humanité et sa Divinité ont
eue dans les mérites infinis de sa vie, de sa pas-
sion et de sa mort.
Jésus Prêtre au sein de l'humanité n'est pas
moins digne de nos adorations et de notre amour
que lorsque de toute éternité H était le Verbe
ineffablement engendré dans la Divinité. Con-
templons-Le avec foi dans la réalité terrestre de
son Sacerdoce, dans le caractère à la fois divin
et humain de l'œuvre sublime qu'il est venu
accomplir parmi les hommes, et supplions-Le
de nous donner l'intelligence d'un si haut mys-
tère, la gloire et le salut de l'humanité '.
* « Soyez remplis de toutes les richesses d'une parfaite intel-
ligence, dans la connaissance du mystère de Dieu le Père
et du Christ Jésus, en qui sont cachés tous les trésors de la
sagesse et de la science. » (Col., ii, 2, 3). — « Si l'on consi-
dère avec attention et piété le mystère de l'Incarnation, dit
Saint Thomas, on y trouvera une telle profondeur de sagesse,
que nulle intelligence humaine n'y pourra atteindre. Aussi qui-
conque médite pieusement ce mystère y découvre sans cesse
des raisons de plus en plus admirables. » ( Contr. Cent.,
L. 4, c. 27).
124 ou SACERDOCE DE JESUS
I. — Jésus est Prêtre en tant qu'Homme
Cela ne veut pas dire que l'Humanité seule en
Jésus a été honorée du Sacerdoce, puisque si
Jésus est Homme II est également Dieu. Tout
au contraire, ce qui est dit de l'Humanité en
Jésus n'étant dit que de sa nature humaine, la-
quelle n'a point de personnalité humaine, con-
vient directement et proprement à sa Personne
divine. C'est en toute rigueur d'expression que
le Verbe incarné est Dieu et Homme et que ses
deux natures, divine et humaine, ont chacune
leurs opérations distinctes et leurs attributions
propres '.
Par l'Union hypostatique, la Personne du
Verbe reçoit l'Humanité et l'élève ainsi à la di-
gnité de la Divinité. Jésus est Dieu par essence
et il ne fait qu'un avec Dieu ; Il est Homme par
' « Comme on peut appliquer à chaque suppôt d'une nature
quelconque les choses qui conviennent à la nature dont il est
le suppôt, et comme dans le Christ il n'y a <\\xun suppôt pour
la nature divine et pour la nature humaine, il est clair que
l'on peut attribuer à ce suppôt de l'une et l'autre nature, et
cela indifféremment, ce qui regarde la nature divine, comme
ce qui regarde la nature humaine... Les choses divines sont
attribuées au Christ sous le rapport de la nature divine, et les
choses humaines sous le rapport de la nature humaine. »
S. Thom., Op. 2, c. 211.
M
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 125
sa nature humaine et II est une même chose
avec les hommes, mais l'Humanité en Lui est la
propriété de la Divinité. Jésus, Prêtre en tant
qu Homme, c'est donc en Lui la Personne di-
vine possédant dans sa nature humaine le ca-
ractère du Sacerdoce.
En tant que Dieu, notre divin Sauveur ne
pouvait recevoir d'autre onction que l'onction
ineffable et divine par laquelle sa génération
éternelle Le consacre la splendeur de la gloire
du Père. Mais devant accomplir dans le temps
une œuvre humano-divine, U reçoit comme
Homme un Sacerdoce que sa Personne divine
rend divin et auquel elle communique des effi-
cacités et des mérites infinis '.
« Lorsque fut venue la plénitude des temps,
nous dit saint Paul, Dieu envoya son Fils formé
de la femme afin de racheter ceux qui étaient
sous la Loi'^». L'heure de la miséricorde avait
sonné : il fallait un Sauveur sorti de l'humanité,
* « Tout pontife est pris d'entre les hommes », nous enseigne
Saint Paul (Hébr., v, i); et comme la nature du pontife est
d'être médiateur entre Dieu et les hommes, il dit ailleurs 1 Tim.,
Il, 5) « qu'il y a un seul médiateur, Jésus-Christ homme ».
« Puisque, selon que s'exprime Saint Thomas, le Christ, comme
Dieu, n'est éloigné de Dieu d'aucune manière et qu'il ne peut
rien en apporter qui ne soit à lui, il ne convient pas au Christ
d'être médiateur en tant que Dieu, mais en tant qu'homme. »
(III p., q, 26, a. 2I.
* Gal., IV, 4.
126 DU SACERDOCE DE JÉSUS
« tout pontife étant pris d'entre les hommes ^ »,
et qui trouvât dans sa chair la matière de son
Sacrifice libérateur.
En tant qu'il est Victime, Jésus apporte au
sacrifice un corps humain, ce corps contient
dans ses veines un sang destiné à être versé
jusqu'à la dernière goutte ; la mort s'ensuivra,
comme pour tous les êtres humains. En tant que
Prêtre, Il exerce sur la Victime une action di-
vine et humaine ; Il la conduira Lui-même au
supplice et lui donnera la mort.
Peut-il y avoir quelque chose de plus réel, de
plus visible, de plus palpable que ce Sauveur
à la fois Prêtre et Victime se confondant dans
une même Personne, Sauveur sorti du sein de
l'humanité, vivant, souffrant et mourant comme
vivent, souffrent et meurent tous les hommes ;
le Prêtre possédant la plénitude du Sacerdoce,
la Victime se soumettant à l'autorité suprême
du Sacrificateur ?
Toutefois la nature humaine en Jésus Prêtre
et Victime, sans être absorbée, est élevée à une
dignité toute divine par son assomption en la
Personne du Verbe ■^. La Divinité envahit ainsi
1 Hébr., V, 1.
' « La nature humaine prise par le Verbe de Dieu a été amé-
liorée ; mais le Verbe de Dieu n'a pas changé.» (S. Thom.,
III p., q. 2, a. 6, ad i\ — « La nature qu'a prise le Fils de Dieu
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 127
totalement l'être humain du Sauveur et lui ino-
cule un Sacerdoce qui le pénètre tout entier. En
fait, tout est Prêtre en Jésus, son corps et son
âme, ses opérations intérieures et extérieures,
ses paroles et ses actes. C'est par la vie de son
corps et le sacrifice qu'il en fait, qu'il exerce ses
fonctions sacerdotales. C'est surtout par l'action
de son âme, en tant que principe vital, qu'il per-
met à son Sacerdoce de produire des efficacités
divines.
C'est bien dans une âme créée animant un
corps mortel qu'est imprimé en caractères indé-
lébiles et divins le Sacerdoce du Verbe incarné.
Dès lors, quelle ne doit pas être la perfection de
la nature humaine en Jésus ! Son corps, étant le
corps d'un Dieu incarné, est approprié aux qua-
lités et aux perfections de l'âme ; il n'a été créé
que pour lui être substantiellement uni et pour
participer par son intermédiaire aux opérations
divines du Souverain Prêtre. Son âme directe-
ment vivifiée par la Personne divine, est, à son
tour, nécessairement appropriée à la sainteté du
Verbe. Possédant par l'Union hypostatique une
n'est pas privée de sa personnalité propre, parce qu'elle manque
de quelque chose de ce qui appartient à la perfection de la na-
ture humaine ; mais elle en est privée au contraire parce qu'elle
a quelque chose de plus qui est au-dessus de la nature hu-
maine. Ce surcroît est son union avec la Personne divine. »
(Ibid., q. 4, a. 2, ad 2).
128 DU SACERDOCE DE JÉSUS
grâce substantielle, ineffable et incommunicable,
elle en est divinement pénétrée ; grâce încréée *,
distincte dès lors de la grâce infuse et actuelle,
toutes deux finies mais uniques dans leur per-
fection et leur supériorité, dues à leur partici-
pation à la sainteté divine de la Personne.
Il ne pouvait en être autrement ni dans la
pensée éternelle de Dieu ni dans sa réalisation
dans le temps. Le Verbe incarné ne pouvait être
qu'infiniment parfait en tout son être, par cela
seul que sa nature humaine était assumée par
une Personne divine. Œuvre directe du Saint-
Esprit, elle ne pouvait contenir aucune imper-
fection ; et ce qui est impossibilité à la puissance
humaine est devenu une réalité adorable par la
puissance divine '^.
1 Grâce incréée, dès lors infinie, selon ces paroles de Saint
Thomas précédemment citées : « Le Christ a reçu par l'union
hypostatique, un don infini. D'où, il résulte, sans aucun doute,
que la grâce d'union est infinie. » S. Thom., Op. 2, c. 2i5.
^ « Dieu est uni à la nature humaine dans le Christ d'une
manière ineffable, incompréhensible, non seulement par inha-
bitation comme dans les autres saints, mais d'une manière toute
particulière, au point que la nature humaine est une certaine
nature du Fils de Dieu, et que le Fils de Dieu, qui de toute
éternité tient la nature divine du Père, ait dans le temps, par
une assomption merveilleuse, la nature humaine telle que nous
l'avons ; et qu'ainsi chacune des parties de la nature humaine
du Fils de Dieu lui-même puisse être appelée Dieu, et que tout
ce qu'une partie de la nature humaine fait ou souffre dans le
Fils de Dieu puisse être attribuée à son Verbe unique. De là
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 129
Nous possédons un Prêtre divin et humain ;
divin dans sa Personne, mais qui n'a pu rendre
en acte son Sacerdoce que par la nature qu'il
s'est associée.
« Vous m'avez donné un corps, dit Jésus en
entrant dans le monde ; me voici ' ». Je viens
pour vous l'ofifrir en sacrifice ; il est ma victime,
c'est moi qui vous l'immolerai. Vous m'en avez
constitué le Prêtre et le Sacrificateur, j'accom-
plirai l'œuvre que vous m'avez donnée à faire.
L'àme créée que vous avez associée à mon corps,
participera à mon Sacrifice. C'est par elle direc-
tement que j'exercerai sur mon corps l'autorité
suprême de mon Sacerdoce ; je les confondrai
tous deux dans l'action de ma puissance sacer-
dotale et je vous en ferai une Hostie qui vous
sera divinement agréable.
O mon Père, regardez avec complaisance votre
Fils devenu votre Prêtre. Je me suis essentielle-
ment uni une nature créée, qu'anime le même
principe vital de mon essence divine. Votre Fils,
éternellement engendré, n'est plus seulement
votre Verbe incréé, il est et demeurera éternel-
lement votre Verbe incarné. Je me suis fait chair
pour être votre Prêtre et votre Victime dans
nous pouvons dire sans inconvénient que l'âme et le corps ap-
pai tiennent au lils de Dieu. .. S. Thom., Op. .3, c. G.
' Hbbr., X, j.
l30 DU SACERDOCE DE JÉSUS
le temps ; c'est grâce au concours que ma na-
ture humaine apporte à ma Personne divine,
que je puis vous glorifier sur la terre, comme je
vous ai de toute éternité glorifié au ciel. V^ous
aimerez les hommes, parce que je suis l'un
d'eux ; vous aimerez mes Prêtres, parce qu'ils
reçoivent dans leur âme le caractère du même
divin Sacerdoce dont je suis le principe, la grâce
et la vie. Reportez sur tous 1 amour dont vous
m'avez aimé avant que le monde fût, et que je
vous rends divinement au nom de l'humanité
par mon éternel Sacerdoce.
II. — Jésus est Prêtre pour les hommes
É
Dieu se suffit essentiellement à lui-même. Il
possède une perfection et une béatitude que rien
ne peut ni amoindrir ni augmenter. Il est ce
qu'il est, et il le sera éternellement, sans qu'il
existe jamais une autre nécessité que la sienne.
Même pour les actes qu'il pose en dehors de
lui, il en trouve les raisons et la fin en lui-même.
Tout ce qui est l'œuvre de ses mains est une
manifestation extérieure de sa puissance et de
sa bonté, et il en reste le terme final. Lorsqu'il
créa l'homme à son image et à sa ressemblance,
il le fit pour y trouver sa gloire accidentelle,
J
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS l3l
purement et simplement comme l'artiste qui se
glorifie dans son œuvre sans cependant en dé-
pendre ni en être modifié en rien dans la pensée
qui l'a conçue.
Tout ce que Dieu fait dans la suite pour
l'homme, il le fait avec la même fin. Lorsque,
après son péché, il le condamnera à l'expiation,
l'homme devra subir éternellement le châtiment
qu'il a mérité. C'est alors qu'interviendra la mi-
séricorde à coté de la justice, et que Dieu pro-
mettra un Sauveur qui plus tard devra arracher
l'humanité à l'abîme où elle se sera plongée.
Il convenait que ce Sauveur sortît du sein de
l'humanité coupable, afin d'intercéder et de ré-
parer pour elle; et c'est pourquoi le Seigneur
prédit qu'une femme écraserait la tête du ser-
pent \ signifiant par là que ce sera par l'huma-
nité elle-même que l'humanité se réhabilitera.
Si le Libérateur du genre humain n'est pas
simplement homme, cela provient de ce que
l'offense faite à Dieu par le péché étant infinie,
il fallait pour rendre la réparation également
infinie l'intervention d'une puissance et d'une
perfection divines. Le Verbe incarné apparaîtra
* Gen., III, i5.
l32 DU SACERDOCE DE JÉSUS
donc à l'heure marquée par les décrets divins;
Il sera le Fils de Dieu mais né de la femme \
réunissant en sa Personne divine les deux na-
tures qui en feront le Prêtre et la Victime de
l'humanité.
C'est à cause du péché et pour le réparer que
le Verbe se fait chair-. C'est pour sauver les
hommes que, dans son éternel amour, Dieu
leur envoie son Fils '. C'est uniquement pour
réhabiliter l'humanité que Jésus en prend la
' « Lorsque fut venue la plénitude des temps, Dieu envoya
son Fils, formé de la femme. » (Gal., iv, 41. — « Comme dans le
Christ, dit Saint Thomas, il y a deux natures, la nature divine
et la nature humaine, et qu'il a reçu l'une de son Père de toute
éternité, et l'autre de sa mère temporellement ; il s'ensuit qu'il
est nécessaire d'attribuer au Christ deux naissances, l'une par
laquelle il est né éternellement de son Père, l'autre par la-
quelle il est né temporellement de sa Mère. » iIII p., q. 35, a. 2),
■■' « Pour délivrer le genre humain du péché commun, il fal-
lait que quelqu'un satisfît qui fût homme, capable de satis-
faire et qui eût quelque chose de plus que l'homme, afin que
son mérite suffît à satisfaire pour le péché de tout le genre
humain. Or, Dieu seul est supérieur à l'homme. Il était donc
nécessaire que Dieu se fit homme, afin d'effacer le péché du
genre humain. C'est ce que Saint Jean-Baptiste dit de Jésus-
Christ (Jean, i, 291 : « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui
efface le péché du monde ». Et l'Apôtre s'exprime ainsi 'Rom.,
V, 18) : « De même que par le péché d'un seul, la condamnation
atteint tous les hommes, de même par la justice d'un seul, la
justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes. »
Contr. Gent., L. 4, c. 54.
3 « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique...
pour que le monde soit sauvé par lui. » Jean, ni, 16, 17.
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS l35
nature '. C'est par pure miséricorde qu'il se fait
Prêtre et Victime -.
La vie qu'il prend, Il ne la prend qu'alin de la
donner pour le salut du monde '. Le sang qui
coule dans ses veines. Il le destine à laver les
souillures du genre humain '. Le caractère de
Victime dont II est marqué, Le voue à la mort
pour faire revivre l'humanité. Le Sacerdoce dont
i « Dieu ne peut être sujet de satisfaction ni de mérite, car
cela n'appartient qu'à un être soumis à un autre. Il a donc fallu
qu'un Dieu oc soit fait homme, afin qu'il pût tout à la fois et
réhabiliter et satisfaire. Et c'est cette cause de l'Incarnation
qu'assigne l' Apôtre dans sa première Epître à Timothée (i, i3) :
« Jésus-Christ est venu dans ce monde pour sauver les pé-
cheurs ». iS. Thom., Op. 62, c. 200'. Et plus loin ic. 2i3) : « La
fin pour laquelle le Verbe de Dieu a re% étu la nature humaine
est le salut et la réfjaration de cette même nature. »
- « Lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour
pour les hommes ont paru, il nous a sauvés, non à cause des
œuvres de justice que nous aurions faites, mais en vertu de sa
miséricorde. » Tit., m, 4, 5.
■* « Dieu fait éclater son amour pour nous en ce que, lorsque
nous étions encore pécheurs, au temps marqué le Christ est
mort pour nous. Nous avons été réconciliés avec Dieu par la
mort de son Fils ; nous avons été justifiés dans son sang, nous
serons sauvés par sa vie. » ^Rom., v, 9, 10 . — « Le Christ est
venu dans le monde pour sauver tes pécheurs. » (I Tim,, i, i3).
' Selon ce que dit Jésus Lui-même la veille de sa mort, à
l'heure de l'institution de la sainte Eucharistie : « Ceci est mon
sang, le sang du Nouveau Testament qui sera versé pour un
grand nombre en rémission des péchés. (Mat., xxvi, 28;. «Le
prix de notre rédemption, dit Saint Thomas, est le sang du
Christ ou sa vie corporelle qui réside dans le sang et que le
Christ a sacrifié. » ,111 p., q. 48, a. 5;.
l34 DU SACERDOCE DE JESUS
Il est investi, n'a pour but que de conduire au
sacrifice la divine Victime dont le ciel réclame
l'immolation et que seul le Prêtre Eternel peut
opérer à la gloire de la majesté divine '.
En vérité, Jésus est bien officiellement, essen-
tiellement, divinement Prêtre pour les hommes.
C'est l'humanité qui L'a iait descendre du ciel ;
ce sont ses péchés qui L'ont attiré parmi les
pécheurs; c'est son impuissance qui a réclamé
son intervention ; ce sont ses besoins qui L'ont
porté à se faire son Médiateur ; ce sont ses sup-
plications qui ont touché son cœur ; ce sont ses
devoirs sacrés vis-à-vis de Dieu qu'il est venu
remplir en son nom ; c'est la gloire divine qu'en
exigeait son Père dont II s'est porté garant et
qu II a méritée pour tous les hommes de tous
les temps -'.
' « Le Christ, comme homme, a payé immédiatement le prix
de notre rédemption, mais d'après l'ordre de son Père ; parce
qu'il n'y a que lui qui ait sacrifié son ffropre sang et sa fyropre
vie pour la rédemption de tout le monde. » S. Thom., III p.,
q. 48, a. 5, c. ad 2.
2 Nous connaissons la doctrine si précise de Saint Paul sur ce
point. Rappelons seulement les passages les plus frappants de
ses Epîtres. Il établit d'aljord que le Prêtre n'a de raison d'être
qu'en vue des secours qu'il apporte aux hommes : « Tout pontife
est établi pour les hommes » Hébr., v, 1 ). Aussi : « Ce n'est
pas aux anges, dit-il, que Jésus vient en aide, mais il vient en
aide à la race d' Abraham » (Ibid., 11, 16). — L'office du Prêtre
.1.
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 1:>0
Qu'aurions-nous fait sans Jésus? Que serions-
nous devenus si son amour ne L'avait conduit
jusqu'à nous? Quelle misère aurait été la nôtre
si nous étions restés les esclaves du péché?
Quelles souillures nous aurions éternellement
portées si nous n'avions été teints du Sang de
l'Agneau ! Quel désespoir nous aurait accompa-
gnés du berceau à la tombe, si nous n'avions eu
un Libérateur qui nous eût rouvert les portes
du ciel ! Quelle éternité de malheur nous aurait
saisis après la mort, si nous n'avions eu un
Prêtre descendu expressément du sein de Dieu
pour immoler la Victime dont le Sacrifice ex-
piatoire a mérité le salut du monde !
Au pied de lautel où demeure nuit et jour
le Prêtre-Victime qui nous a sauvés, exhalons
notre douleur de ne L'avoir pas assez compris
jusqu'à ce jour, et protestons de notre volonté
étant « d'offrir des dons et des sacrifices pour les péchés » (v, i),
et Jésus étant venu pour remplacer tous les sacrifices figuratifs
par le véritable sacrifice, s'offre à son divin Père comme victime
pour le salut du monde : «Je viens, ô Dieu, pour faire votre
volonté » (X, 9 . En tant que « Prêtre saint, innocent, sans tache
et séparé des pécheurs, il n'a pas besoin, comme les autres
prêtres, d'offrir tous les jours des victimes, d'abord pour ses
propres péchés, ensuite pour ceux du peuple » ivii, 26, 271, mais
«il nous a aimés, il s'est livré lui-même pour nous » (Ephés.,
v, 2», et « il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause
du salut éternel » (^Hébr., v, gj.
l36 DU SACERDOCE DE JESUS
de vouloir désormais rendre à Jésus dans son
Sacerdoce tous les hommages qu'exigent notre
reconnaissance et notre amour.
III. — Jésus exerce son Sacerdoce
parmi les hommes
Non seulement Jésus n'est Prêtre que pour
les hommes, mais c'est ici-bas, dans l'humanité
dont 11 a pris la nature, que s'accomplira le mys-
tère de son Sacerdoce, qu'il en remplira les
fonctions, qu'il tiendra sans cesse élevée entre
le ciel et la terre l'Hostie de son Sacrifice et
qu'il l'offrira en holocauste à la gloire de son
divin Père.
Prêtre dès l'instant de son existence terrestre,
11 ne quittera pas l'humanité tant qu'il n'aura
pas accompli la mission pour laquelle II est Prê-
tre '. Il restera parmi les hommes, vivant comme
* Il est fait plusieurs fois allusion, dans l'évangile selon Saint
Jean, à l'accomplissement final de la mission du Sauveur, rela-
tivement au temps marqué dans les décrets éternels. En quatre
endroits plus particulièrement, il est parlé de « l'heure » de
Jésus, trois fois par l'évangéliste et une fois par Jésus lui-
même. La première fois, lorsque Jésus prêchait à Jérusalem
pendant la fête des Tabernacles, et qu'une discussion éclata à
son sujet. Ses ennemis « cherchaient à le prendre, et personne
ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore
venue » (Jean, vu, 3o). Une autre fois, dans les mêmes circons-
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS O7
ils vivent, travaillant comme eux, ne faisant
apparemment que des choses humaines, voilant
sa Divinité pour se confondre davantage a^ec
ses semblables ', au point de devenir pour quel-
ques-uns un sujet de scandale, lorsque sachant
qu'il n'est qu'un homme ils L'entendront se pro-
clamer Dieu -•
tances, parlant de son Père et disant que les Juifs ne le con-
naissaient pas, « Jésus dit ces paroles en enseignant dans le
temple, et personne ne le saisit, parce que son heure n'était
pas encore venue ^^ ivui, 20'. Quand arriva l'heure solennelle
de l'institution de l'Eucharistie, qui ouvrit la dernière phase de
la vie du Sauveur, Saint Jean nous dit : « Avant le jour de la
fête de Pâque, Jésus sachant que son heure était venue de
passer de ce monde au Père, comme il avait aimé les siens
qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin» ,.\iii, 1 1.
Enfin, Jésus lui-même commence sa sublime prière sacerdotale,
en déclarant que son heure est venue et en en prenant, pour
ainsi dire, son divin Père à témoin : « Jésus, les yeux levés au
ciel, dit : Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, pour que
votre Fils vous glorifie » (xvii, 1).
'«lia dû en toutes choses être rendu semblable à ses frères,
afin de devenir un pontife miséricordieux et fidèle dans le ser-
vice de Dieu, pour expier les péchés du peuple. » \Hébr., 11, 171.
— Saint Thomas, de son côté, trouve dans la fin même de
l'Incarnation le motif de la vie commune de Jésus sur la terre :
« Puisque, dit-il, le Christ est venu en ce monde pour mani-
fester la vérité et sauver les pécheurs, et que par lui nous avons
accès auprès de Dieu, il a été convenable qu'il menât ici-bas
une vie sociale ; cependant il a mené pendant un temps la
vie solitaire, pour donner l'exemple de l'une et de l'autre. La
vie du Christ a dû être telle qu'elle convînt à la fin de l'In-
carnation pour laquelle il est venu dans le monde. » lil p.,
q. 40, a. 1^.
- Jésus venait de déclarer aux Juifs le mystère de l'unité de
l38 DU SACERDOCE DE JESUS
C'est par tous les actes divers de sa vie que
Jésus remplit ses fonctions sacerdotales. Qu'il
prie ou qu'il parle, qu II se produise au dehors
ou se retire dans la solitude, qu'il vive caché ou
au grand jour, qu'il travaille de ses mains ou
prêche sa doctrine, qu'il rencontre sur sa route
des justes ou des pécheurs, qu'il soit admiré ou
contredit, qu'il s'entoure de disciples ou d'enne-
mis, qu'il opère des miracles ou paraisse im-
puissant entre les mains de ses bourreaux, qu'il
soit acclamé par l'enthousiasme des foules ou
qu'il en soit insulté : partout et toujours II reste
en contact avec les hommes. Il vit et II meurt
au milieu d'eux.
Lorsqu'il est porté dans les bras de sa Mère,
Il est offert par elle à son divin Père au nom
de l'humanité dont 11 fait partie. Lorsque, à la
circoncision. Il verse les premières gouttes de
son Sang et est présenté à Dieu son Père, c'est
dans le Temple de Jérusalem où se réunis-
sent tous les Juifs et où II prélude à son Sacri-
nature dans les personnes divines, en disant : « Moi et le Père
nous ne sommes qu'une même chose. Les Juifs donc prirent
des pierres pour le lapider. Jésus leur répondit : Je vous ai
montré beaucoup d'oeuvres bonnes par la vertu de mon Père ;
pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? Les Juifs lui
répondirent : Nous ne te lapidons pas pour une œuvre bonne,
mais pour un blasphème, et parce que, étant homme, tu te
fais Dieu. » Jean, x, 3o-33.
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 1^9
fice '. Lorsque enfant II manifeste sa science, à
l'étonnement général, c'est au milieu des doc-
teurs de la Loi et avec l'autorité d'un Prêtre
qui enseigne la doctrine -. Lorsqu'il grandit et
avance en âge, Il est connu de tous comme le
fils du charpentier ■, sans que les hommes com-
prennent le mystère de sa silencieuse prépara-
tion à l'exercice public de son Sacerdoce. Lors-
qu'à la dernière étape de sa vie II se fait le
prédicateur infatigable des vérités divines ' et
qu'il sème les miracles pour en accréditer la vé-
racité , les foules Le suivent et Le proclament
* M Lorsque furent accomplis les huit jours pour la circonci-
sion de l'enfant, on lui donna le nom de Jésus. Et après que
furent accomplis les jours de la purification de Marie, selon la
loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem pour le présenter au
Seigneur. » Ltjc, ii, 21, 22.
2 « Et après trois jours ils le trouvèrent dans le temple, assis
au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous
ceux qui l'entendaient étaient émerveillés de sa sagesse et de
ses réponses. » Luc, 11, 46, 47.
3 « Et, venant dans sa patrie, Jésus les enseignait dans leurs
synagogues, de sorte qu'ils s'étonnaient et disaient : D'où vient
à celui-ci cette sagesse et cette puissance? N'est-ce pas le fils
du charpentier? » Mat., xiii, 64, 55.
' « J'ai parlé publiquement au monde. J 'ai toujours enseigné
dans la synagogue et dans le temple où se rassemblent tous
les Juifs. » (Jean, xvni, 20 >. Tous « étaient ravis de sa doctrine,
parce qu'il parlait avec autorité » ( Luc, iv, 32 ) ; au point que
l'on disait : « Jamais homme n'a parlé comme cet homme. »
(Jean, vu, 46).
5 « Dans la foule beaucoup crurent en lui et disaient : Le
140 DU SACERDOCE DE JESUS
Roi et le plus grand des prophètes ' ; mais Lui
poursuit la mission sacerdotale qu'il a reçue
de son Père et qui doit avoir sa propre patrie
comme théâtre de son prochain Sacrifice.
Lorsque l'amour qui Le presse Le porte, au
soir de la Cène, à instituer le double sacrement
des adieux, l'Eucharistie et le Sacerdoce, c'est
afin de perpétuer sa présence parmi les hommes
et de leur rappeler que c'est en tant que Prêtre
et Hostie qu'il demeure au milieu d'eux -'.
Christ, quand il viendra, fera-t-il pluA de miracles que n'en
fait celui-ci?» Jean, vm, 3l . «Toute la foule cherchait à le
toucher, parce qu'une vertu sortait de lui et // les guérissait
tous » (Luc, VI, 19'.
' A la suite de la résurrection du fils de la veuve de Na'im,
<' tous furent saisis de crainte et ils glorifiaient Dieu disant :
Un grand prophète s'est élevé parmi nous, et Dieu a visité son
peuple » iLuc, vu, 16 . - Un autre jour, « une grande multitude
le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait sur
ceux qui étaient malades » (Jean, vi, 21. Touché de compassion,
Jésus les nourrit, au nombre d'environ cinq mille, avec cinq
]>ains et deux poissons. « Ces hommes, lorsqu'ils eurent vu le
miracle qu'avait fait Jésus, dirent : 11 est vraiment le prophète
qui doit venir dans le monde. Jésus donc ayant connu qu'ils
devaient venir pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit de nouveau
sur la montagne, tout seul » (Ibiu., 14, i5^.
- « Pour nous prouver son affection, dit Saint Thomas, le
(>hrist consacra son très saint corps et son sang adorable et
ilonna le pouvoir de le consacrer non pas à un seul homme ver-
tueux, pour un temps et pour un lieu, mais ce pouvoii' il le
donna aux Prêtres même criminels, afin <\\\en tout temps et en
tout lieu les hommes trouvassent dans la sainte Eucharistie et
les autres sacrements des consolations spirituelles et un remède
à leurs fautes. » Op. 62, c. 1.
DE SON SACERDOCE DANS I.F. TEMPS 14t
Lorsque enfin, accomplissant les oracles di-
vins, Il termine la vie qu'il n'avait prise que
pour la donner, et qu'il s'empare dans une di-
vine et miséricordieuse étreinte, de la Victime
qu'il doit immoler. Il se révèle solennellement
à la face de l'univers le Prêtre de Dieu et des
hommes mettant fin au Sacrifice sublime com-
mencé à l'aurore de son Incarnation et couronné
par la Croix du Calvaire '.
Dieu L'a sacré Prêtre et Victime, l'humanité
L'a reçu dans son sein, le ciel et la terre ont été
témoins de sa vie, de son Sacrifice et de sa mort.
Le Consummatum est du divin Crucifié se fera
entendre jusqu'à la fin des temps.
IV. — Jésus offre son Sacrifice
par la main des hommes
Tout doit être à la fois divin et humain dans
l'exercice du Sacerdoce de notre adorable Prêtre.
* C'est runique raison de sa venue en ce inonde. « Le Fils de
l'homme, dit-il, est venu pour donner sa vie » (Mat., xx, 28).
Son sacrifice lui tient d'autant plus à cœur, que son divin Père
y trouve un motif nouveau de l'aimer : « Voilà pourquoi le Père
m'aime, parce que/t? donne ma 'oie » (Jean, x, 171. Aussi, est-ce
dans une véritable exultation intime que Jésus s'adresse à son
Père, au moment suprême du Sacrifice qui marquera l'heure de
son immortel triomphe : « Père, l'heure est venue, glorifiez votre
Fils; j'ai consommé r œuvre que vous m'avez donnée à faire. »
(Jean, xvir, 1, 41.
142 DU SACERDOCE DE JESUS
Il aurait pu sauver le monde sans que son Sa-
cerdoce ait une Victime sanglante à offrir ; mais
son Sacrifice aurait paru moins humain, et la
Victime étant tout autant humaine que divine
Il a voulu ainsi en révéler le double caractère ^
Tout au moins, si le Sang de la Victime doit
couler, que son effusion se fasse naturellement
et sans violence, comme cela semble convenir
à la dignité tant de la Victime que du Sacrifi-
cateur. Mais alors le Sacrifice aurait moins le
caractère d'une expiation pour le péché et d'une
immolation exigée par la justice inexorable de
* Jésus, dans les saints Evangiles, prédit trois fois sa Pas-
sion, et dit expressément qu'il sera flagellé, crucifié et mis à
mort, — ce qui ne peut se faire sans l'effusion de son sang.
Voir la première prédiction en Saint Mattliieu, xvi, 21 ; — Saint
Marc, VIII, 3i ; — Saint Luc, ix, 22. La deuxième, Saint Matthieu,
XVII, 21, 22; — Saint Marc, ix, 3o; — Saint Luc, ix, 44. La troi-
sième. Saint Matthieu, xx, 18, 19; — Saint Marc, x, 33, 34; —
Saint Luc, xvii, 32, 33.
i> 11 fallait, dit Saint Thomas, pour manifester la vérité de
l'Incarnation, que Dieu prît une chair passible et mortelle;
car s'il eût pris une chair impassible et immortelle, les hommes,
qui n'en connaissent pas de telles, auraient cru que cette chair
n'était pas réelle, mais apparente. » Contr. Gent., L. 4, c. 55).
— La mort sanglante du Sauveur en est une preuve de plus ;
et le même saint Docteur dit justement ailleurs que « tout le
sang qui a coulé du corps du Christ appartient à la vérité
de la nature humaine » III p., q. 54, a. 2, ad 3 . — Et encore :
« Le prix de notre rédemption est le sang du Christ ou sa
vie corporelle qui réside dans le sang et que le Christ a sacri-
fiée. Par conséquent, ces deux choses appartiennent immédia-
tement au Christ comme homme. « illl p., q. 48, a. 5i.
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 143
Dieu, qui veut tirer des souffrances et des igno-
minies de la Victime tout ce que réclame la
réparation '. C'est pourquoi le Prêtre commis
à la garde de la Victime, après l'avoir main-
tenue toute sa vie dans l'humilité et l'abaisse-
ment de la condition humaine, l'expose Lui-
^ « La volonté de Dieu, comme s'exprime toujours le Docteur
angélique, était que le Christ endurât de cruelles souflFrances,
la passion et la mort, non que Dieu ait voulu ces choses pour
elles-mêmes, mais par rapport au salut du genre humain qu'il
avait pour fin. » III p., q. i8, a. 5 . — Plus loin, il ajoute : « Il
n'a pas été nécessaire d'une nécessité de coaction que le Christ
souffrît, ni de la part de Dieu qui a décrété que le Christ souf-
frirait, ni de la part du Christ qui a volontairement souffert.
Mais ses souffrances ont été nécessaires d'une nécessité finale,
ce qui peut se concevoir de trois manières : \" De la part des
hommes qui ont été délivrés par sa passion, d'après ces paroles
^Jeax, mi, 14, i5i : Il 11 faut que le Fils de l'homme soit élevé,
afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il
ait la vie éternelle. » 2" De la part du Christ lui-même qui par
l'humilité de sa passion a mérité la gloire de son exaltation ; ce
que signifie ce passage (Luc, xxiv, 26) : « N'a-t-il pas fallu que
le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ? » Z" De la
part de Dieu dont il fallait accomplir, à l'égard de la passion
du Christ, les décrets éternels qui ont été promulgués à l'avance
dans les saintes Ecritures et figurés par les observances de
l'Ancien Testament. C'est ce qu'indiquent ces paroles Li'c,
xxn, 23 1 : « Pour le Fils de l'homme, il s'en va selon ce qui a
été arrêté. » Et plus loin le Seigneur dit (Luc, xxiv, 44, 461 : « Je
vous l'ai dit tandis que je demeurais avec vous, qu'»7 fallait
que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de
Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes. C'est ainsi qu'il
est écrit, et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrît et
qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour. " lil p.,
q. 46, a. t;.
144 "^U SACERDOCE DE JKSL'S
même ' aux derniers outrages et aux douleurs
les plus atroces - pour en faire la Victime mau-
dite de Dieu et des hommes ^, comme il convient
< Le prophète Isaïe nous dit (. qu'il s'est offert parce qu'il l'a
voulu >) (Is., LUI, 7). Jésus déclare qu'il donnera sa vie, quand
il lui plaira : « Personne ne me la ravit, mais je la donne de
moi-même » (Jean, x, 18. En maints endroits de ses ouvrages.
Saint Thomas revient sur cette vérité. « Dieu, dit-il, n'a pas
contraint Jésus-Christ malgré lui, mais il agréa la volonté par
laquelle Jésus-Christ accepta la mort par charité. » [Contr.
Cent., L. 4, c. 55). — « Le Christ n'a pas dû souffrir la mort,
mais il s'y est soumis volontairement pour la vaincre par sa
puissance. -> III p., q. 46, a. 11, ad 1 . — « La violence a été
infligée à son corps, et cependant elle n'a prévalu sur lui qu'au-
tant qu'il l'a voulu. » III p., q. 47, a. 1, ad 3). — « Le Christ
a exposé sa vie, qui lui était infiniment chère, par amour pour
la charité, d'après ces paroles du prophète ( Jkr., xii, 7) : « J'ai
livré mon âme bien-aimée aux mains de ses ennemis. » (Ibid.,
a. 6, ad 41.
'- Il Les douleurs que le Christ a souffertes ont dépassé toutes
les douleurs que les hommes peuvent endurer en cette vie,
non seulement à cause de la violence et de Yétendue de sa pas-
sion, mais encore à cause de la constitution du Christ qui a
souffert, et de l'acceptation volontaire de la souffrance qui a
été proportionnée, sous le rapport de l'étendue, à la fin qu'il
se proposait. » S. Thom., III p., q. 46, a. 6.
3 Citons encore Saint Thomas : « Le péché est maudit, comme
ledit Saint Augustin, et par conséquent la mort et la mortalité
qui en proviennent. La chair du Christ ayant été mortelle et
ayant eu la ressemblance d'une chair de péché. Moïse l'appelle
pour ce motif une chose maudite : « Celui qui est pendu au
bois est maudit de Dieu » (Deut., xxi, 23 , comme Saint Paul
lui donne le nom de péché en disant (II Cor., v, 21) : « que ce-
lui qui ne connaissait pas le péché s'est fait péché pour nous »,
c'est-à-dire qu'il a pris la peine du péché. On ne doit donc pas
s'étonner qu'il soit dit : x qu'il a été maudit de PitU » ; car si
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS 146
à une Victime chargée de tous les péchés du
monde.
Mais comme si l'horreur du supplice avait
répugné au divin Sacrificateur, Il associe mysté-
rieusement l'humanité coupable à l'exercice de
son divin Sacerdoce, Il se sert de la malice des
hommes pour traiter ignominieusement la Vic-
time et la traîner au gibet. Des bourreaux aveu-
gles et sanguinaires s'acharneront sur elle pour
inventer des supplices nouveaux, et c'est de
leurs mains déicides qu'elle recevra le coup de
la mort *.
Il sera dit que le Sauveur de l'humanité sera
venu parmi les hommes et que les hommes ne
L'auront pas reçu -, que la lumière du monde
aura lui dans les ténèbres et que les ténèbres ne
Dieu n'eût pas haï le péché et notre mort, il n'aurait pas envoyé
son Fils pour se soumettre à la mort et la détruire. Confessez
donc qu'il a été maudit pour vous, celui qui d'après votre
aveu est mort pour nous. D'où le même Apôtre dit (Gal., m,
i3) : « Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi,
en se faisant lui-même un objet de malédiction pour nous. »
in p., q. 46, a. 4, ad 3.
' « Le Christ est mort par un acte de sa volonté, et néan-
moins ce sont bien les Juifs qui lui ont donné la mort. »
(S. Thom., Op. 2, c. 23o). — « La passion du Christ a été l'obla-
tion de son sacrifice, selon qu'il a souffert charitablement la
mort, de sa volonté propre ; mais selon qu'il l'a soufferte de la
part de ses persécuteurs, il n'y a pas eu de sacrifice, mais au
contraire le péché le plus grave. » lIII p., q. 47, a. 4, ad 2).
* Jean, i, 11.
146 DU SACERDOCE DE JÉSUS
l'auront point comprise \ que Dieu se sera révélé
et que les hommes ne l'auront pas connu ^, que
le Père aura envoyé son Fils dans l'humanité et
que l'humanité l'aura chassé \ que le Verbe in-
carné sera apparu comme Prêtre- Victime et que
les pécheurs se seront, en quelque sorte, subs-
titués à son Sacerdoce pour s'emparer de la Vic-
time et la mettre à mort ''.
Toute cette histoire vécue d'un Dieu Prêtre-
Victime, se faisant Homme, vivant au sein de
l'humanité et mourant de la main des hommes,
n'est-elle pas un mystère tout autant qu'une
réalité? Qui aurait pu imaginer tant de contra-
dictions dans tant de sublime unité ; tant de
bassesse en regard de tant de grandeur ; tant de
haine en face de tant d'amour ; tant d'ingratitude
en retour de tant de miséricorde?
' Jean, i, 5.
2 « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a
envoyé » (Jean, vi, 29) ; et « vous ne le connaissez point » (Jean,
VII, 281. — « Père juste, le monde ne vous a pas connu » (Jean,
XVII, 25 1.
3 « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me rece-
vez pas. » (Jean, v, 43^. — « Enlevez-le, enlevez-le, crucifiez-
le », s'écrie la foule déicide (Jean, xix, i5).
^ « Alors Pilate le leur livra pour qu'il fût crucifié. Et ils pri-
rent Jésus et ils l'emmenèrent. Et portant sa croix, il alla à cet
endroit qui est appelé Calvaire, oit ils le crucifièrent. » Jean,
XIX, 16-18.
DE SON SACERDOCE DANS LE TEMPS I47
Mais tout s'explique à la lumière des décrets
éternels. Il fallait que le Christ souffrît, qu'il fût
flagellé, crucifié et mis à mort '.
Comme 11 est sublime ce Prêtre fait pour le
sacrifice et mourant des mêmes coups qui frap-
pent la Victime !
Comme II est adorable ce Dieu trois fois saint
s'associant la nature humaine pour en faire avec
Lui le Prêtre et la Victime qui sauvent le monde !
C'est à genoux et les yeux mouillés de larmes
que l'humanité doit regarder du côté du Cal-
vaire. C'est en se frappant la poitrine que les
pécheurs du monde entier doivent voir couler le
sang de la divine Victime que verse à flots la
malice des hommes. C'est le cœur oppressé par
la douleur et l'amour que tous doivent se rap-
peler le moment suprême où la Victime expire
sous le glaive du Prêtre accomplissant et immor-
talisant son Sacrifice.
Mystère d'ineffable miséricorde, que l'éternité
ne suffira pas à approfondir et à comprendre!
' « Voici, dit Jésus, que s'accomplira tout ce qui a été écrit
par les prophètes touchant le Fils de rhomine. » i Luc, xviii, 3i \. —
« II faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup. » i Luc, ix,
22). — « Voici que l'heure approche, et le Fils de l'homme sera
livré aux mains des pécheurs. » (Mat., xxvi, 451. — « Le Fils
de l'homme sera livré aux princes des |)rêtres et aux Scribes,
et ils le condamneront à mort. Et ils le livreront aux gentils
pour qu'il soit moqué, et flagellé et crucifié. » (Mat., xx, 18, 19).
148 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Au ciel les acclamations de la cour céleste sont
un besoin impérieux d'adoration, de reconnais-
sance et d'amour ; unissons nos accents à ceux
des bienheureux.
Amour, louange et gloire éternelle à Jésus
Prêtre et Victime !
V:
A Jésus, Prêtre Dieu et Homme
O mon Jésus
je Vous ai contemplé
dans les splendeurs du ciel
et j'ai été ravi de votre gloire.
Je Vous ai considéré
dans les abaissements inouïs
de votre Humanité
et j'ai compris que Vous étiez
aussi adorable
que dans le sein de votre Père.
La beauté et la grandeur
de votre Sacerdoce
sont des reflets divins
de l'union de vos deux natures
en votre Personne divine.
Votre Incarnation Vous a fait Prêtre,
je Vous adore.
Votre amour pour les hommes
Vous a fait leur Victime,
je Vous rends grâce.
Vous êtes la gloire de Dieu et des hommes
par votre Sacerdoce et votre Sacrifice :
oh ! soyez aimé et béni
dans les siècles des siècles !
I
(
CHAPITRE QUATRIEME
De l'office du Sacerdoce de Jésus
dès Tapparitiop de la Victime
CHAPITRE QUATRIEME
De l'office du Sacerdoce de Jésus
dès rapparitioi> de la Victime
« Le Christ entrant dans le monde,
dit : Les holocaustes pour le péché
ne vous ont pas plu. Vous m'avez
formé un corps : me voici, je viens,
ô Dieu, pour faire votre volonté. »
Hébr.. X, S-7.
Ce que nous avons dit jusqu'ici du Sacerdoce
en Jésus va recevoir sa pleine réalisation avec
l'apparition de la divine Victime.
Le Sacerdoce sans Victime serait un Sacerdoce
sans sacrifice ; il ne correspondrait pas à la con-
ception que nous en avons et qui est fondée
sur la plus sublime et la plus adorable des réa-
lités : l'Incarnation en vue de la Rédemption,
la Rédemption par le sacrifice et la mort du
Rédempteur.
Tout en Jésus parle autant de mort que de
vie. il est Prêtre, puisant dans le sein de Dieu
son éternel Sacerdoce, mais pour en consacrer
la puissance divine à l'ofFrande du plus ado-
l54 DU SACERDOCE DE JÉSUS
rable des Sacrifices. Il lui faut une Victime ; dès
qu'elle apparaît, Il s'en empare, Il s'en établit le
maître absolu, Il en fait comme l'aliment subs-
tantiel de son Sacerdoce et en même temps II
se livre à elle pour être son unique et divin
Sacrificateur.
Harmonie sublime du Prêtre et de la Victime
dans la communication réciproque d'une même
mission d'amour, de miséricorde et de salut.
Reportons-nous en esprit à cet instant unique
et solennel où les deux natures, divine et hu-
maine, s'unissent indissolublement dans la Per-
sonne adorable du Verbe ; où le Prêtre et la
Victime se rencontrent pour s'associer inefîable-
ment et accomplir la même œuvre de glorifica-
tion divine. Essaj'ons de comprendre ce qu'il y
eut alors de souverainement adorable dans cet
embrassement divin d'un Prêtre trouvant dans
sa Victime la raison essentielle de son Sacerdoce
et d'une Victime devenant essentiellement la
propriété de son Sacrificateur.
Il nous faudrait vraiment la clairvoyance di-
vine pour pénétrer dans les profondeurs inson-
dables d'un si haut mystère. Reconnaissons notre
impuissance naturelle ; mais, quand même, en-
trons avec un cœur pur et un amour tout de
confiance dans ce saint des saints où rayonnent
les splendeurs du Sacerdoce de Jésus.
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME l55
I. — Jésus est Prêtre à cause de la Victime
La venue du Verbe de Dieu sur cette terre est
sans contredit le plus grand événement de l'hu-
manité. Le ciel est habitué aux splendeurs éter-
nelles de la Divinité, tout y est ineffablement
adorable ; mais la terre ne connaissait pas les
perfections et les gloires divines. Il lui fallait
quelque chose de palpable et de visible pour
qu'elles lui soient révélées : et Jésus, le Verbe
éternel, la lumière vivante, lui est apparu '. Il
contenait toute la sainteté et la béatitude des
cieux ; et II apportait aux hommes les grâces
qui font les saints et les promesses qui couron-
nent les bienheureux. Depuis lors, Il est resté
la lumière et la vie du monde, la gloire de
l'humanité -.
1 « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. »
Jean, i, 4.
- « Il fallait, dit Saint Thomas, pour que l'homme devînt par-
faitement certain de la vérité de la foi, que Dieu même fait
homme l'instruisît, afin que l'homme reçût les enseignements
divins d'une manière conforme à sa condition. Et l'Ecriture l'ex-
prime en ces termes (Jean, i, 181 : « Personne n'a jamais vu
Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, l'a fait con-
naître lui-même, n Et le Seigneur dit lui-même (Jean, xviii, 3?) :
« Je suis né et je suis venu dans le monde, afin de rendre témoi-
gnage à la vérité. » Et nous voyons, pour cette raison, qu'après
l56 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Mais Jésus n'est pas venu seulement pour ré-
véler les perfections divines, Il est dépositaire
de tous les droits sacrés de Dieu son Père et II
s'est porté garant de tous ses intérêts. Si l'huma-
nité était restée fidèle, Dieu n'aurait eu pour elle
que des bontés et des tendresses ; mais s'étant
rendue coupable par le péché. Dieu possédait à
son égard des droits imprescriptibles de repré-
sailles et de châtiment. C'est afin de les exercer
dans toute leur rigueur et d'en recevoir une
juste satisfaction, qu'il envoie son Fils au se-
cours de l'humanité et qu'il exige de Lui l'expia-
tion parfaite et la réparation totale K
Pour accomplir une telle œuvre de miséri-
corde et de justice, Jésus doit porter le poids
écrasant des péchés du monde et être marqué
l'Incarnation du Christ, les hommes ont reçu une instruction
qui leur a fait connaître Dieu avec plus d'évidence et de certi-
tude, selon cette parole (Isaie, xi, 9) : « La terre a été remplie
de la science du Seigneur. » Contr. Gent., L. 4, c. 54.
1 << Il faut observer que la valeur de la satisfaction se tire
de la dignité de celui qui satisfait. Mais la dignité du pur
homme, pour être la compensation de l'injure faite à Dieu,
n'était pas infinie. Il a donc fallu un homme d'une dignité
infinie pour que souffrant un châtiment pour tous, il satisfît
convenablement pour les péchés du monde entier. C'est pour
cela que le Verbe de Dieu, vrai Dieu et Fils de Dieu, prit la
nature humaine, afin de purifier le genre humain tout entier,
en satisfaisant pour ses péchés. Ce qui fait dire à Saint Pierre
(I, ni, 18) : « Le Christ est mort une fois pour nos péchés. »
Op. 3, c. 7.
DE SON SACERDOCE A L APPARITION DE LA VICTIME 1^7
du sceau des victimes '. Il ne vient donc pas pour
jouir mais pour souffrir, pour vivre mais pour
mourir. II est fait essentiellement pour le sacri-
fice, et, à moins de ne rien comprendre aux mo-
tifs de sa venue sur cette terre, on ne peut voir
en Lui qu'une Victime "^ Mais quelle Victime ! La
1 Rappelons ce passage si expressif de Saint Thomas, où il
montre la part de la justice unie à la miséricorde dans la pas-
sion de notre divin Sauveur. « 11 a été convenable à la misé-
ricorde et à la justice de Dieu que l'homme fût délivré par
la passion du Christ. Cela convenait à sa justice, parce que
le Christ a satisfait par sa passion pour les péchés du
genre humain, et l'homme a été ainsi délivré par la justice
du Christ. Cela convenait aussi à sa miséricorde, parce que
l'homme ne pouvait pas satisfaire par lui-même pour le péché
de toute la nature humaine ; Dieu lui a donné son Fils pour sa-
tisfaire à sa place, d'après ces paroles de Saint Paul (Rom.,
m, 24, 25) : « Etant justifiés gratuitement par sa grâce, par la
rédemption qu'ils ont en Jésus-Christ que Dieu a destiné pour
être la victime de propitation par la foi qu'on aurait en scn
sang. » Il y a eu même en cela une miséricorde plus grande que
s'il eût pardonné les péchés sans satisfaction. D'où le même
Apôtre dit ailleurs (Ephés., n, 4, 5l : « Dieu qui est riche en misé-
ricorde, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés, lorsque
nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie dans le
Christ. » III p., q. 46, a. 1, ad 3.
2 Lorsque le Docteur angélique étudie les souffrances et la
mort de Jésus, il établit dès le commencement que « quoique
Dieu ait pu délivrer le genre humain d'une autre manière que
par sa passion, cependant, supposé la prescience divine, il a été
impossible qu'il accordât au monde un aussi grand bien par
un autre moyen » iIII p., q. 46, a. 2'. En d'autres termes, abso-
lument parlant, Jésus aurait pu n'être pas victime, mais à
cause des décrets éternels, il fallait qu'il le fût pour sauver le
monde. « Il est impossible, continue Saint Thomas, de tromper
l58 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Victime de la justice de Dieu, la Victime de tous
les péchés des hommes, la Victime nécessaire, la
Victime universelle, la Victime divine dont l'es-
sence est d'être Victime et uniquement Victime '.
Cette Victime adorable, constituée essentielle-
ment pour le sacrifice, a soif d'immolation et
tout son être réclame un Sacrificateur pour l'of-
frir et l'immoler ^. Le Verbe incarné apparaît
la prescience de Dieu et de rendre nulles sa volonté ou ses dis-
positions ; si l'on suppose que Dieu ait su à l'avance la passion
du Christ et qu'il l'ait décrétée, /'/ n'était pas possible en ce
sens que le Christ ne souffrît pas ou que l'homme fût délivré
d'une autre manière que par sa passion. » (Ibid.i
* Nous avons déjà cité Saint Thomas, disant que « les dou-
leurs que le Christ a souffertes ont surpassé toutes les douleurs
que les hommes peuvent endurer en cette vie, non seulement
à cause de la violence et de l'étendue de sa passion, mais encore
à cause de la constitution du Christ qui a souffert» (III p.,
q. 46, a. 6). Il développe ainsi sa pensée : « La grandeur de sa
douleur peut se considérer d'après ce qu'il ressentait dans son
âme et dans son corps. Sous le rapport du corps, il avait une
complexion parfaite, puisque son corps a été formé miraculeu-
sement par l'opération de l'Esprit-Saint. C'est pourquoi le sens
du tact, dont la perception produit la douleur, était parfaite-
ment développée en lui. Pour l'âme, elle perçoit aussi d'autant
plus vivement toutes les causes de tristess-» que ses puissances
intérieures sont plus parfaites... On peut considérer encore la
grandeur de la douleur du Christ souffrant, parce qu'il a pris
cette passion et cette douleur volontairement, dans le but d'af-
franchir les hommes du péché. C'est pourquoi /'/ a pris une
douleur tellement grande quelle a été proportionnée à la
qrandeur de l'effet qui devait en résulter. Ainsi, il est évi-
dent que la douleur du Christ a été la plus grande. » iIbid.)
• « Je dois être baptisé d'un baptême (de sang ), et quelle est
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME iSg
alors dans la même et absolue nécessité de son
Sacerdoce que de son état de Victime '. Il n'au-
rait jamais été la Victime de son Père, s'il n'avait
dû être en même temps son Prêtre; et II n'aurait
jamais été Prêtre, s'il n'y avait eu une Victime
de son Sacerdoce.
Lui et Lui seul pouvait être Prêtre d'une telle
Victime. Lui et Lui seul pouvait posséder un
Sacerdoce assez saint pour l'exercer sur une
aussi sainte Victime, assez puissant pour l'im-
moler, assez efficace pour lui faire produire des
fruits éternels de pardon et de salut.
Comment imaginer un Prêtre sans victime,
mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit accompli. » ; Luc, xii, 5oi.
Avec la plupart des commentateurs, nous préférons donner à
l'expression angoisse ( tirée du grec ) le sens de désir plutôt que
de crainte; d'autant plus que cette interprétation s'harmonise
davantage avec le verset précédent où Jésus dit : « Je suis venu
jeter le feu sur la terre et que veux-je sinon qu'il s'allume ? »
C'est dans le même sens que Jésus exprime les ardeurs les plus
intimes de son âme, lorsque, confondant dans une même pensée
l'institution de la sainte Eucharistie et son Sacrifice sur le Cal-
vaire, Il s'écrie au soir de la Cène : « J'ai désiré d'un grand désir
manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » Luc, xxu, i5).
' « 7/ a fallu que surgît un autre Prêtre selon l'ordre de
Melchisédech, Jésus-Christ Notre Seigneur. » (Conc. de Tr.,
Sess. 22, ch. 1). — « Nous avons un grand pontife, Jésus, Fils
de Dieu» Hébr., iv, 14 , dit Saint Paul. Son Sacerdoce s'im-
pose, à cause de la Victime qui le réclame : « Tout pontife est
établi, afin ôl offrir des dons et des sacrifices pour les péchés »
(Hébr., v, i.
l60 DU SACERDOCE DE JÉSUS
lorsque saint Paul nous enseigne que « tout Prê-
tre doit avoir quelque chose à offrir » et qu'il
est constitué spécialement « pour offrir des dons
et des sacrifices pour les péchés • » ? C'est pour-
quoi, en parlant du Sacerdoce en Jésus, il ajoute
que « le Fils de Dieu, aux jours de sa chair, est
devenu par son immolation la cause du salut
éternel ^ ».
Considérons toutefois que Jésus Prêtre ne
possède pas une Victime en dehors de Lui, mais
que la Victime est en Lui, que la Victime c'est
Lui. Il trouve en Lui-même la matière de son
Sacrifice, et lorsqu'il immole la Victime II s'im-
mole avec elle. Son Sacerdoce s'exerce ainsi
sans interruption et trouve sa raison d'être dans
l'existence permanente de la Victime et de son
état d'immolation.
Par le seul fait de l'assomption en la Personne
divine de sa nature humaine, qui est privée de
sa personnalité propre \ l'humanité du Verbe de-
1 Hébr., V, 3.
- Hébr., v, 7, 9.
3 « La nature, dit Saint Thomas, qui a été prise n'est pas
privée de sa personnalité propre parce qu'elle manque de
quelque chose de ce qui appartient à la perfection de la nature
humaine, mais elle en est privée au contraire parce qu'elle a
quelque chose de plus qui est au-dessus de la nature humaine.
Ce surcroît est son union avec la personne divine. Si la nature
humaine n'avait pas été prise par la personne divine, elle au-
rait sa personnalité propre ; l'on dit que la personne a consumé
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME l6l
vient comme la première Victime oft'erte à la
Divinité. Ce sacrifice initial que Jésus Prêtre
offre à son Père devient un état permanent oii
1 son Sacerdoce trouve en quelque sorte de quoi
s'alimenter. C'est ainsi qu'il est Prêtre Sacri-
ficateur à l'origine, dès l'apparition de la Vic-
time, et qu'il en dépend dans l'exercice de son
Sacerdoce.
Avec quelle ardeur, dès lors, nous allons Le
voir recevant des mains de son divin Père la
Victime qui Lui a été préparée de toute éternité !
II. — Jésus Prêtre reçoit la divine Victime
Les temps sont accomplis, l'heure de la réali-
sation des décrets éternels est venue, la miséri-
corde divine va s'incliner vers la terre, les cieux
vont pleuvoir le Juste et la bénignité va appa-
raître au sein de l'humanité '.
la personne, quoique d'une manière impropre, dans le sens que
la personne divine a empêché par son union la nature hu-
maine d'avoir sa personnalité propre. » 111 p., q. 4, a. 2,
ad 2 et 3.
1 « Lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et son amour
pour les hommes ont paru, il nous a sauvés, non à cause des
œuvres de justice que nous aurions faites, mais en vertu de sa
miséricorde, par le bain de la régénération et du renouvellement
de l'Esprit-Saint, qu'il a répandu sur nous abondamment par
i
162 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Sous des dehors empruntés, la Divinité des-
cend parmi les hommes. Se couvrant des mi-
sères de l'humanité, elle pousse la condescen-
dance jusqu'à en prendre la nature avec toute
la difformité que lui a apportée le péché. Voué
aux humiliations, aux souffrances et à la mort,
le Verbe incarné entre dans l'humanité comme
une Victime qui s'en vient au sacrifice. Au même
instant, le Prêtre Eternel lui ouvre les bras, pour
la recevoir et en être le gardien fidèle. Tous
deux, sortis du sein du Père, vont cheminer
ensemble pour accomplir toutes ses volontés :
la Victime s'abandonnant entièrement à son Sa-
crificateur, et celui-ci conservant avec amour
l'Hostie nécessaire de son Sacrifice.
Il ne peut s'écouler le moindre instant, à l'ap-
parition de la Victime, sans que le Souverain
Prêtre en prenne possession ; sans quoi, la Vic-
time, n'étant l'Hostie d'aucun Prêtre pour l'offrir,
n'aurait pas été Victime pendant ce temps, pas
plus que Jésus n'aurait pu être Prêtre tout le
temps que la Victime Lui aurait fait défaut.
Cette action simultanée du Prêtre sur la Victime
Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce,
nous devinssions héritiers, conformément à l'espérance de la
vie éternelle. » (Tit., m, 4-7). — Saint Thomas dit à ce sujet :
« Le Christ nous a manifesté sa bonté en communiquant sa
Divinité, de même qu'il nous a manifesté sa miséricorde en se
revêtant de notre humanité. » (Op. Sg, a. 4).
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME t63
et de la Victime sur le Prêtre, fait partie du
mystère même de l'Incarnation, lequel ne peut
s'accomplir sans l'existence de la fin qui l'a fait
décréter.
A peine le Fiat de la Vierge Marie a-t-il été
prononcé, que l'Esprit-Saint la couvrant de son
ombre S la rend Mère du Verbe incarné et intro-
duit dans l'humanité le Prêtre-Victime qui doit
la sauver. Jésus est, en effet, un Prêtre qui est
Victime et une Victime qui est Prêtre, ayant
été essentiellement ordonnés l'un pour l'autre et
n'ayant pu, à aucun moment, exister l'un sans
l'autre.
Aussitôt que la Victime apparaît, elle doit en-
trer dans sa mission de Victime, qui est d'être
offerte à la gloire de Dieu. Seul le Prêtre qui est
préposé à sa garde peut dignement remplir cet
office ^. Il connaît tout de la Victime que le ciel
lui a confiée ; Il sait de quel principe divin elle
» Luc, I, 35.
- Cette offrande init-iale de la Victime par le Souverain Prêtre
est déjà d'un prix infini. C'est ce qu'exprime Saint Thomas,
quand il dit : « Le Christ, dès le commencement de sa concep-
tion, a mérité pour nous le salut éternel » ; et si ces mérites
infinis n'ont pas eu un effet immédiat, c'est, ajoute-t-il, que, << de
notre part il y avait des obstacles qui nous empêchaient d'ob-
tenir l'effet de ces mérites antérieurs ; ainsi, pour écarter ces
obstacles, il a fallu que le Christ souffrît. » (III p., q. 48, a. 1),
164 DU SACERDOCE DE JÉSUS
procède et pour quelle fin adorable elle est don-
née au monde ; Il a assisté Lui-même au conseil
de la Trinité Sainte qui La instituée Victime ; Il a
partagé avec elle la responsabilité terrible de sa-
tisfaire à la justice divine pour les péchés de l'hu-
manité. Il a répondu devant son Père de la fidé-
lité du Prêtre et de la générosité de la Victime.
Il entre avec amour sur le théâtre des immo-
lations divines où sa rencontre avec l'auguste
Victime Le fait tressaillir jusque dans les pro-
fondeurs intimes de son Sacerdoce. II se sent
Lui-même ennobli au contact de la sainteté de
sa Victime, et, à son tour, Il communique à
l'Hostie de son Sacrifice la perfection infinie du
Sacerdoce qui en a fait son Sacrificateur.
Echange sublime de charité divine dans un
Dieu Prêtre et un Dieu Victime. Communication
réciproque de deux missions divines dépendant
l'une de l'autre. Zèle admirable pour s'entr'aider
à les accomplir. Union intime faite de joie et
de douleur pour la gloire de Dieu et l'expiation
du péché. Consommation ineffable d'un double
mystère dans l'unité d'une Personne divine.
Chacun toutefois gardant son caractère propre,
Jésus Prêtre conservera éternellement ses droits
sur la Victime, et la Victime restera sa propriété.
C'est ce que nous fera mieux comprendre le pa-
ragraphe suivant.
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME 1 65
III. — Jésus Prêtre a pleine autcritc
sur la Victime
Dès que la Victime est constituée dans la per-
fection de son état, elle cesse de s'appartenir,
elle devient en réalité la propriété de celui qui
est chargé de l'immoler. Jésus exerce donc en
toute vérité une certaine autorité, en tant que
Prêtre, sur la Victime sainte dont II devient
officiellement le Sacrificateur.
11 peut disposer de la Victime à son gré, parce
qu'elle est à Lui exclusivement. Son Sacerdoce
Lui confère des droits souverains sur elle et 11
ne peut manquer de les exercer. A raison de
leurs devoirs réciproques, la Victime ne doit
point avoir d'autre volonté que celle de son
Prêtre, et le Prêtre ne peut se diriger dans tous
ses actes à l'égard de la Viclime que selon les
lois et l'esprit de son Sacerdoce.
Dépendance et souveraineté qui n'enlèvent et
n'ajoutent rien à la perfection et à la sainteté de
l'un et de l'autre. Ils s'unissent pour accomplir,
chacun selon ses fonctions, un même sacrifice,
avec un même amour et dans une même fin. La
Victime se prête à l'autorité de son Sacrificateur
pour être offerte et immolée, le Prêtre recourt
f
166 DU SACERDOCE DE JÉSUS
à la soumission de sa Victime pour exercer son
office de Sacrificateur.
Le Prêtre toutefois reste le premier principe
agissant, parce que, en tant que propriétaire
d'une Victime qui n'existerait point sans Lui, Il
exerce sur elle comme une autorité de comman-
dement. C'est Lui plus particulièrement qui la
dirige et qui décide l'heure et la forme de son
Sacrifice. Son bonheur comme son devoir, c'est
de la conduire par des voies de nature à la faire
arriver à la perfection de sa fin. Il abdiquerait
son autorité s'il cessait un seul instant d'exercer
cette action sur la Victime qui Lui a été donnée
d'en-Haut.
Cependant l'oeuvre à accomplir est grande et
sublime. La Victime est divine de sa nature,
mais elle porte des livrées qui l'abaissent au
rang des créatures ' ; pour glorifier souveraine-
ment Dieu, elle n'accomplira que des oeuvres
simples et modestes en apparence ; et quand il
faudra apaiser la justice et faire triompher la mi-
séricorde, elle descendra dans les humiliations
et les impuissances de la mort.
' « Jésus-Christ, existant en forme de Dieu, n'a pas cru que
ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu ; mais il s'est
anéanti lui-même, en prenant la forme d'un esclave, en deve-
nant semblable aux hommes, et en se montrant sous l'appa-
rence d'un homme. » Phil., ii, 6, 7.
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITION DE LA VICTIME 167
Peu importe, Jésus Prêtre a accepté toute la
responsabilité de sa mission ; Il accompagnera
sa Victime et ne la perdra pas de vue un seul
instant. L'autorité qu'il exerce sur elle ne con-
naît aucune borne et possède une puissance
infinie. C'est une merveille divine qu'il s'agit
d'opérer aux yeux des hommes, son Sacerdoce
est à la hauteur. Il exigera tout de sa Victime,
mais en même temps II lui apportera une coopé-
ration en rapport avec la sublimité du mystère.
Jamais autorité plus divine ne pourra être
exercée dans l'humanité ; jamais soumission plus
entière et plus admirable ne pourra être offerte
en spectacle aux hommes.
Comme elle est douce et suave cette autorité
du Souverain Prêtre qui a conscience de la va-
leur infinie du trésor qui Lui appartient, qui
connaît les motifs adorables qui L'ont rendu
maître de sa Victime, qui se complaît dans ses
perfections divines et qui voit en elle le principe
et la raison d'être de son Sacerdoce !
Avec quel respect II la reçoit ; avec quelle joie
Il la prend sous la garde ; avec quelle tendresse
Il lui parle ; avec quels accents II l'entretient de
sa mission rédemptrice ; avec quelles divines
ardeurs II lui montre la fin sublime de son im-
molation future !
l68 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Quel moment d'éternité que celui où le Prêtre
Eternel reçoit la responsabilité redoutable mais
ineffable de veiller sur l'adorable Victime qu'il
devra un jour conduire au Sacrifice !
Adorons et aimons.
IV. — Les divines harnicnies
entre le Prêtre et la Victime
Nous avons considéré déjà bien des beautés
et des splendeurs en notre divin Prêtre et en
notre adorable Victime. Ils nous ont apparu
comme également saints d'une sainteté puisée
dans l'essence divine, comme nécessaires l'un à
l'autre pour accomplir la même mission rédemp-
trice : ce qui suppose une harmonie parfaite,
résultat de leur commune essence et de leur
identique perfection.
Essayons néanmoins de pénétrer dans le sanc-
tuaire intime de leurs divines relations, pour
apprendre à les mieux connaître et à les mieux
aimer.
II ne peut évidemment y avoir aucune diver-
gence de pensée entre le Prêtre et la Victime.
Ils se connaissent ineffablement l'un et l'autre,
ils sont la lumière incréée l'un comme l'autre, la
vérité par essence, la source de la grâce, la vie
âù
DE SON SACERDOCE A l'aPPARITIOiN DE LA VICTIME 169
éternelle. Ils lisent tous deux sans ombre dans
le livre des secrets divins et des décrets éter-
nels. Ils savent qu'ils sont envoyés de Dieu ; et
ensemble ils adorent. Ils voient dans un seul
présent tous les événements futurs qui les con-
cernent ; et ils acquiescent aux volontés divines.
Ils apprécient toutes choses de la même ma-
nière, parce qu'ils les voient dans la même
éternelle vérité. Ils pensent par la même in-
telligence ; ils possèdent toute science divine et
humaine dans la même perfection et la même
fixité.
Leur harmonie de sentiments n'est pas moins
admirable. C'est le même cœur qui donne asile
à ces sentiments et c'est d'un commun accord
qu'ils les partagent. Ils éprouvent la même cha-
rité envers leur divin Principe, et ils s'attachent
avec la même ardeur à l'accomplissement de
leur mutuelle mission. Le Prêtre aime sa Vic-
time du même amour dont II est aimé par elle ;
leurs intérêts communs sont confondus dans un
même zèle et une même affection. Aucun batte-
ment de cœur ne se produit sans que l'un et
l'autre en soient simultanément la cause. Il n'y
a en eux qu'un principe qui aime et qu'un être
qui est aimé.
Et cela, dans une harmonie de volonté aussi
parfaite que celle de la connaissance et du sen-
170 DU SACERDOCE DE JÉSUS
timent. Ne pouvant vouloir que ce que Dieu
veut, ils le veulent d'une volonté réfléchie, im-
muable, absolue, sans l'ombre d'un désir qui
ne leur serait pas commun. Ils sont venus pour
accomplir les volontés de Celui qui les a en-
voyés ' : ils n'en laisseront aucune sans réalisa-
tion -. Sans considérer la peine ou le sacrifice, ils
porteront avec générosité le poids de leur double
mission, et à l'avance ils veulent avec la même
énergie le Sacrifice suprême qui éternisera les
fruits de l'action rédemptrice du Prêtre et de
la Victime.
Ne perdant jamais de vue, un seul instant, les
motifs qui les ont fait descendre du ciel, ils vi-
vent avec la même intensité d amour la vie ter-
restre qu'ils ont embrassée pour satisfaire aux
exigences divines. Victimes l'un et l'autre de la
justice de Dieu, ils mettent en commun leurs
humiliations et leurs souffrances pour l'apaiser.
Hérauts de la miséricorde divine, ils puisent à la
même source d'éternelle charité les tendresses
infinies qui alimentent les sublimes énergies de
leur mutuelle immolation.
Contemplant dans un même ravissement la
gloire divine et le salut de l'humanité, qui seront
1 « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais
la volonté de celui qui ma envoyé. « Jean, vi, 38.
2 « Je fais toujours ce qui lui plaît. » Jean, viii, 29.
DE SON SACERDOCE A L APPARITION DE LA VICTIME I7I
le fruit de leur commun sacrifice, ils se com-
muniquent mutuellement des ardeurs toujours
nouvelles pour exercer l'un sur l'autre l'action
divine de leur éternelle destinée. Entrevoyant
dans l'avenir radieux du ciel les splendeurs des
gloires éternelles qui rayonneront de leur sein,
comme la récompense de leur mission rédemp-
trice, ils aspirent aux immolations qui les confon-
dront dans un même sublime et divin Sacrifice.
Ils vivent l'un pour l'autre, avant de mourir
l'un par l'autre. Le Prêtre aime souverainement
sa Victime, et son amour le portera à lui donner
la mort. La Victime aime non moins divinement
son Prêtre, et son amour l'entraînera avec elle
dans la mort. Venus tous deux pour mourir, leur
mort deviendra la cause et la source de la vie
éternelle pour tous les élus '.
Penser, aimer, vouloir à l'unisson, telle est
l'harmonie sublime qui fait la perfection et la
félicité de Jésus Prêtre et Victime. Il y aura des
visions douloureuses qui passeront devant ses
yeux ; mais II les contemplera d'un œil serein,
• « Quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a appris l'obéissance f)ar
ce qu'il a souffert ; et ayant été élevé à la perfection, il est de-
venu pour tous ceux qui lui obéissent, la cause du salut éter-
nel. Dieu l'ayant déclaré pontife selon l'ordre de Melchisédech. »
Hébr., V, 8-10.
172 DU SACERDOCE DE JÉSUS
en y voyant la volonté de Dieu. Il éprouvera
plus d'une fois des serrements de cœur et des
moments d'angoisse ; mais ils trouvera sa con-
solation à s'en servir pour prouver à Dieu son
amour. Il sera l'objet d'attaques violentes de la
part de l'enfer et de ses suppôts ; mais II les
voudra avec héroïsme sachant qu'elles seront
l'occasion de son immortel triomphe.
O Jésus, Prêtre et Victime adorable, vous êtes
dès l'aurore de votre entrée dans l'humanité
l'admiration du ciel, la joie et l'espérance de
la terre. Soyez notre louange et notre amour
éternels !
A Jésus, le Prcirc Hoslic
O Jésus,
qui nous avez été envoyé
comme Prêtre et Hostie,
Vous nous apparaissez
tout resplendissant
des beautés de votre sublime mission.
Comme Prêtre,
Vous nous donnez une Hostie.
Comme Hostie,
Vous réclamez un Prêtre.
Vous êtes également adorable
dans votre puissance sacerdotale
et les humiliations
de votre état de Victime.
Je m'abîme à vos pieds
et je Vous adore.
Je Vous réserve tout l'amour
de mon cœur
et je me donne à Vous
comme Vous Vous êtes livré à moi !
^
CH?^PITRE Cl-NQUIEME
Du ministère sacerdotal de Jésus
auprès de la Victime
pendant sa vie
CHAPITRE CINQUIEME
Du ministère sacerdotal de Jésus
auprès de la Victime
pendant sa vie
« Il a dû être rendu semblable à ses
frères, pour devenir auprès de Dieu un
pontife miséricordieux et fidèle, pour
expier les péchés du peuple. »
Hébr.. II, 17.
L'heure est venue pour Jésus d'exercer active-
ment son action sacerdotale sur la divine Vic-
time qui Lui a été confiée. Toute l'intelligence
qu'il a de sa destinée rédemptrice va Lui être
une lumière pour l'accompagner partout. Tout
l'amour qu'il lui porte va trouver à se manifester
dans les circonstances diverses de sa vie. Toute
la responsabilité qu'il a assumée de l'oflFrir sans
cesse en Hostie et de la conduire au Sacrifice
va Le maintenir Lui-même dans l'exercice cons-
tant de son Sacerdoce.
Jésus a en quelque sorte les yeux attachés sur
sa Victime. Aucun mouvement ne Lui échappe,
aucune pensée ne Lui reste inconnue, aucune
178 DU SACERDOCE DE JÉSUS
pulsation de son cœur ne Le laisse indiflFérent,
aucune impression de son âme ne Lui est étran-
gère. Il vit dans son esprit, dans son cœur et
dans sa volonté. Son âme est comme un livre
ouvert devant Lui ; Il y lit les volontés divines
et les décrets éternels ; Il y contemple la gran-
deur de ses humiliations divinement associées
à ses perfections infinies ; Il s'embrase à son
contact d'ardeurs divines pour remplir sa mis-
sion sacrificatrice, la même charité devant brû-
ler le cœur du Prêtre et celui de la Victime.
L'oblation de la Victime faite secrètement
dans le sein de Marie, va devenir ostensible.
Les hommes vont assister à l'offrande du Sou-
verain Prêtre commençant son sublime Sacri-
fice. Tout sera divin et mystérieux, dans le
Prêtre et dans la Victime ; la révélation n'en
sera faite que plus tard à l'humanité, mais dès
la première heure l'action sacrificatrice du Prê-
tre s'exercera dans la plénitude de sa perfection
sacerdotale.
Ce Prêtre n'aura rien de commun avec les Prê-
tres de l'Ancienne Loi, n'étant point de la tribu
sacerdotale de Lévi, mais de celle de Juda \
1 Saint Paul s'étend longuement sur ce sujet, dans son Epître
sacerdotale. « Si donc, dit-il, la perfection avait pu être réalisée
par le sacerdoce lévitique, qu'était-il encore besoin qu'il se levât
un autre prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et non selon
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 1 79
et n'ayant à offrir aucune Victime charnelle et
figurative. D'un ordre supérieur, celui de Mel-
chisédech, non selon la chair mais selon la simi-
litude seulement * — en ce que ce Prêtre mj'sté-
rieux, roi de Salem, plus tard Jérusalem, était
l'ordre d'Aaron. Car le sacerdoce étant changé, il est nécessaire
qu'il V ait aussi un changement de loi. En effet, celui dont ces
choses sont dites est d'une autre tribu, de laquelle nul n'a servi
à l'autel ; car il est manifeste que Notre Seigneur est sorti de
Jiida, tribu dont Moïse n'a rien dit en ce qui concerne les prê-
tres. » Hébr., vu, 11-14.
Saint Thomas dit également : « Parce que le sacerdoce de la
loi ancienne était la figure du sacerdoce du Christ, /'/ n'a pas
voulu naître de la race des prêtres qui le figuraient, pour
montrer que son Sacerdoce n'est pas absolument le même, mais
qu'il en diffère, comme la vérité diffère de la figure. » III p.,
q. 22, a. 1, ad 2.
1 « Et cela est encore plus manifeste, continue Saint Paul,
s'il se lève un autre prêtre à la ressemblance de Melcbisédech,
établi non pas d'après la loi d'une ordonnance charnelle, mais
selon la puissance d'une vie indissoluble. Car l'Ecriture rend
ce témoignage: Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de
Melcbisédech. » Hébr., vu, 16-17.
Selon le Docteur angélique : « le sacerdoce légal a été la figure
du sacerdoce du Christ, non qu'il ait égalé la vérité, car il est
resté beaucoup au-dessous d'elle ; soit parce que le sacerdoce
légal ne purifiait pas le péché, soit parce qu'il n'était pas éternel
comme le sacerdoce du Christ. Or, l'excellence du sacerdoce du
Christ par rapport au sacerdoce de Lévi a été figurée dans le
sacerdoce de Melchisédech, qui reçut la dime d'Abraham, dont
la race reçut, pour ainsi dire, dans la dixième partie d'elle-
même le sacerdoce légal. C'est pourquoi on dit que le sacerdoce
du Christ est selon l'ordre de Melchisédech, à cause de Vexcel-
lence du vrai sacerdoce sur le sacerdoce figuratif de la
loi. » S. Thom., III p., q. 22, a. 6.
iSo DU SACERDOCE DE JÉSUS
sans généalogie, sans prédécesseurs ni succes-
seurs *, — Il offrira comme lui le pain et le
vin -, son Corps étant le Pain vivant descendu
du ciel et son Sang le vin vivifiant pour la vie
éternelle ^.
1 « Ce Melchisédech, prêtre du Dieu très-haut, qui est d'abord
selon l'interprétation de son nom, roi de justice, puis roi de Sa-
lem, c'est-à-dire roi de paix, qui est sans père, sans mère, sans
généalogie, qui n'a ni commencement de jour, ni fin de vie, qui
est rendu semblable au Fils de Dieu, demeure prêtre à perpé-
tuité. » Hébr., VII, 1-3.
Saint Thomas ajoute : « Il est dit de Melchisédech qu'il était
sans père, sans mère et sans généalogie, et qu'on ne trouve ni
le commencement ni la fin de sa vie, non parce que ces choses
n'ont pas existé, mais parce que dans l'Ecriture on n'en dit
rien. Par là, comme le dit Saint Paul, il a été semblable au
Fils de Dieu, qui n'a pas de père sur la terre, qui n'a point de
mère au ciel, et qui est sans généalogie, puisque le prophète
dit (Is., LUI, 8) : « Oui racontera sa génération ? » et qui, comme
Dieu, n'a eu ni commencement ni fin. » III p., q. 22, a. 6, ad 3.
2 « Dans le sacerdoce du Christ on peut distinguer deux
choses : Xoblation même du Christ et sa participation. Quant
à l'oblation, le sacerdoce légal figurait plus expressément le
sacerdoce du Christ par l'effusion du sang que le sacerdoce de
Melchisédech où il n'y avait pas de sang répandu. Mais quant
à la participation de ce sacrifice et à son effet, dans lequel prin-
cipalement on considère l'excellence du sacerdoce du Christ sur
le sacerdoce légal, elle était figurée plus expressément par le
sacerdoce de Melchisédech qui offrait le pain et le vin, les-
quels signifiaient, d'après Saint Augustin (Tract, xxvi in Joan.),
l'union de l'Eglise que constitue la participation au sacrifice du
Christ. C'est pourquoi sous la loi nouvelle le vrai sacrifice du
Christ est communiqué aux fidèles sous l'espèce du pain et du
vin. » S. Thom., III p., q. 22, a. 6, ad 2.
3 « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. En vé-
rité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du
M
MINISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE ISl
Pour offrir ce Sacrifice unique, Jésus Prêtre
abolira tous les autres sacrifices purement figu-
ratifs et sans effet surnaturel ' ; mais II en
conservera la signification -. Il sera Lui-même
l'Hostie pacifique, la Victime pour le péché et
l'Holocauste entièrement consumé à la gloire
de Dieu ^.
Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas
la vie en vous. Celui qui inange ma chair et boit mon sang a
la vie éternelle. Car ma chair est vraiment une nourriture, et
mon sang est vraiment un breuvage. » Jean, vi, 5i, 54-56.
1 « Le sacerdoce étant changé, il est nécessaire qu'il y ait
aussi un changement de loi. Il y a ainsi abolition de la première
ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité ;
car la loi n'a rien amené à la perfection » (Hébr., vu, i2, i8, 19).
— « Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs
enlève le péché. C'est pourquoi le Christ entrant dans le monde,
dit : Vous n'avez pas voulu de sacrifices et d'oflFrandes, non plus
que les holocaustes et les sacrifices pour le péché, et vous n'avez
pas agréé ces choses qu'on offre selon la loi ; voici, je viens
pour faire, ô Dieu, votre volonté. // abolit ainsi la première
chose pour établir la seconde. » (Ibid., x, 4, 5, 8, 9).
2 « Car si le sang des boucs et des taureaux sanctifie ceux qui
sont souillés, de manière à procurer la pureté de la chair, com-
bien plus le sang du Christ, qui par l'Esprit-Saint s'est offert
lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience
des œuvres mortes, pour que nous servions le Dieu vivant. »
Hébr., ix, i3, 14.
3 « Le plus grand de tous les sacrifices, c'est celui par lequel
« le Christ s'est offert lui-même à Dieu en odeur de suavité »,
(Ephés., V, 2), selon l'expression de Saint Paul. C'est pour ce
motif que tous les autres sacrifices étaient offerts dans l'ancienne
loi pour figurer ce sacrifice unique et tout particulier, comme
on représente ce qui est parfait par des choses imparfaites.
C'est ce qui fait dire à l'Apôtre (Hébr., x, 11) « que les prêtres
l82 DU SACERDOCE DE JÉSUS '
A l'exemple des victimes anciennes, qui de-
vaient être parfaites, qui devenaient quelque
chose de sacré, séparées de tout usage profane
et destinées à l'immolation ; Jésus sera le Prêtre
sans tache et la Victime sans souillure ', sanctifié
par le Père, consacré en vue du salut du monde
et destiné au Sacrifice.
Ces desseins éternels planent au-dessus du
berceau de l'Enfant-Dieu et vont donner à tous
les actes du Sauveur du monde leur sens divin
et leur entière signification. Suivons avec amour
Jésus Prêtre pendant sa vie et assistons avec
respect à l'oblation qu'il va faire sans cesse de
la divine Victime.
I. — Ministère sacerdotal de Jésus
à la naissance de la Victime
Ce qui attire Jésus dans le monde, c'est la soif
de la gloire de son divin Père. Il a accepté avec
de l'ancienne loi offraient plusieurs fois les mêmes victimes qui
ne peuvent jamais effacer les péchés, mais que le Christ n'en a
offert qu'une pour tous les péchés. » Et comme la raison de la
figure se prend de l'objet qu'elle représente, il s'ensuit que les
raisons des sacrifices figuratifs de l'ancienne loi doivent se pren-
dre du véritable sacrifice du Christ. » S. Thom., I II, q. 102, a. 3.
1 « Il convenait que nous eussions un tel pontife, saint, in-
nocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les
cieux. » Hébr., vii, 26.
""é
MINISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE
l83
joie la mission qu'il en a reçue, et II en connaît
à l'avance toutes les phases douloureuses. C'est
pour être plus en harmonie avec la fin de son
Incarnation qu'il a été constitué à la fois Prêtre
et Victime. Comme Prêtre II immolera la Vic-
time ; comme Victime II satisfera à la justice
divine. Tout L'appelle ici-bas ; aussi apparaît-Il
comme le souverain qui prend possession de
son royaume, comme l'athlète qui entre dans
l'arène, comme le Sacrificateur tenant en main
le glaive qui doit immoler la Victime.
II vient pour régner, mais par l'amour et le
sacrifice ; II vient pour combattre, mais pour
payer de sa personne la gloire du triomphateur;
II vient dans toute la dignité de son Sacerdoce,
mais pour en exercer les fonctions dans la souf-
france et dans la mort.
II répète la grande parole du sacrifice pro-
noncée une première fois au moment de l'In-
carnation dans le sein de Marie : O mon Père,
« vous n'avez pas voulu de sacrifices ni d'of-
frandes ; vous m'avez formé un corps, me voi-
ci, je viens pour faire votre volonté*». Or, la
volonté formelle de son Père, c'est qu'il soit
l'unique Sacrifice, l'unique Prêtre et l'unique
Victime.
1 Hébr., X, 5, 9.
104 DU SACERDOCE DE JESUS
A quoi peuvent servir désormais les anciens
sacrifices, puisqu'il en est un qui les remplace
tous? Pourquoi d'autres victimes, puisque celle-
ci est la seule qui soit agréable à Dieu ? Pour-
quoi un autre Sacerdoce qui ne pourrait être
que figuratif et inefficace ' ?
Jésus, établi Prêtre et Pontife par Dieu lui-
même, ne se départira en rien de la divine mis-
sion qu'il a reçue. La volonté de son Père sera
sa règle de vie ; Il vivra et mourra pour l'ac-
complir. Pour Lui, cette volonté adorable est
tout entière contenue dans son Sacerdoce et
dans la Victime qu'il est tenu d'offrir et de
sacrifier -.
1 « C'est en vertu de cette volonté que nous avons été sanc-
tifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour
toutes. Et tandis que tout prêtre se tient debout chaque jour,
faisant le service et offrant plusieurs fois les mêmes victimes,
qui ne peuvent jamais enlever les péchés ; celui-ci, après avoir
offert une seule victime pour les péchés, s'est assis pour tou-
jours à la droite de Dieu. Car, par une seule oblation, il a
amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés.
Or, là où il y a rémission des péchés, // n'est plus besoin
d'oblation pour le péché. » Hébr., x, 10-12, 14, 18.
- Après avoir entendu notre divin Sauveur, dans le cours de
sa vie, dire en diverses circonstances « qu'il est descendu pour
faire la volonté de celui qui l'a envoyé » (Jean, vi, 38), « qu'il
cherche en tout à l'accomplir » (Jean, v, 3o\ « qu'il en fait sa
nourriture » (Jean, iv, 34) ; il exprime une dernière fois, à la
veille de sa mort, que son Sacrifice est bien le couronnement
de toute sa vie de soumission aux volontés divines : « Père,
non ma volonté, mais la vôtre » (Luc, xxii, 42).
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE i85
C'est ainsi que son office sacerdotal auprès de
la Victime qui vient de naître est empreint d'une
charité et d'une tendresse toutes divines. Encore
faible et impuissante en apparence, Il la protège
et l'assiste. Sans que les hommes en aient cons-
cience, II l'offre en Hostie en leur nom. Quoique
éloignée du Sacrifice suprême, l'oblation qui en
est faite est d'un prix infini et annonce déjà le
triomphe de la miséricorde divine.
Dieu le Père est souverainement glorifié par
cet Enfant Victime dont les mains se joignent
pour prier et dont les vagissements ressemblent
à des supplications. Le Prêtre Eternel contemple
avec ivresse cette Victime d'un jour dans la-
quelle se concentrent les ardeurs de la charité
divine. La Victime, à son tour, exulte de pou-
voir faire sur la terre son premier pas vers le
Calvaire où devra l'immoler le Prêtre de son
Sacrifice.
Comme tout est simple extérieurement dans
la naissance du Sauveur de l'humanité ! Mais
comme tout est grand et digne de nos adora-
tions, quand on pénètre sous l'écorce du mys-
tère et que l'on considère un Dieu Prêtre offrant
visiblement pour la première fois un Dieu Vic-
time en hommage à la Divinité !
Mêlons nos adorations à tant de majesté divine
et notre amour à tant d'adorable charité.
l86 DU SACERDOCE DE JÉSUS
II. — Ministère sacerdotal de Jésus
pendant la vie d'enfance de la Victime
Jésus apparaît sur la terre comme apparais-
sent tous les hommes : c'est un enfant, Il a une
mère. Il lui appartient en propre et II est confié
à son aflfection maternelle. Elle veille sur Lui
avec une tendresse imprégnée de charité divine,
et, Lui, rend à sa Mère un amour infini qu'il
puise dans le sein de Dieu son Père.
A cet amour maternel vient s'adjoindre un
autre amour, plus beau et plus grand, qui porte
le caractère d'un amour éternel : c'est celui du
Souverain Prêtre à l'égard de la divine Victime.
A cet amour correspond un ofifice non moins
élevé et non moins adorable. L'Hostie reste
offerte à la Divinité, et c'est Jésus Lui-même
qui l'oflFre. Il tient la Victime, jeune encore,
entre le ciel et la terre ; faible apparemment,
mais portant le poids de tous les péchés du
monde ; possédant la même puissance d'inter-
cession qu'à l'heure du grand Sacrifice ; accom-
plissant dans ses premières années la même
mission rédemptrice que celle de la Cène et du
Calvaire.
Pendant que Jésus repose paisiblement dans
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 187
les bras de sa Mère, qu'il esquisse ses premiers
sourires et verse ses premières larmes ; pendant
qu'il essaie ses premiers pas et qu'il articule
ses premières paroles ; pendant qu'il rayonne la
candeur et les charmes de l'enfance, Il devient
entre les mains du Prêtre une Hostie de propi-
tiation qui attire les regards de Dieu et ravit
le cœur du Père reconnaissant dans cet Enfant
Victime le Fils de ses éternelles complaisances-
Attentif à ses supplications et touché de son
amour réparateur, Dieu suspend l'exercice de
sa justice ; et tout le temps de l'oblation de la
Victime, Il bénit et se prépare à pardonner.
Oh ! qu'il est beau cet Enfant d un jour, ravis-
sant ainsi les cieux ! Qu'il est grand et qu'il est
puissant cet Enfant grandissant qui obtient déjà
miséricorde pour les pécheurs ! Qu'il est ado-
rable cet Enfant-Dieu qui unit la majesté divine
et l'humilité de la créature dans la sublimité
d'un Sacerdoce éternel et la réalité terrestre
d'une Victime à la fois mortelle et divine î
En vérité, cet Enfant est plus grand que le
monde. Sous le couvert de l'enfance, il y a plus
qu'une existence humaine ; ses jours sont sans
déclin et ses années sont éternelles ; son Sacer-
doce prend son origine en Dieu et n'aura point
l88 DU SACERDOCE DE JÉSUS
de fin '. Dans cette intelligence qui semble se
développer graduellement, il y a plus qu'une
science terrestre : le Souverain Prêtre vit dans
la lumière des vérités éternelles, et II éclaire de
sa science immuable les destinées de la Victime.
Dans ce cœur sensible aux émotions enfantines,
il y a plus que des impressions naturelles : il
palpite sous la pression d'une charité divine qui
maintient dans une activité constante l'amour
mutuel du Prêtre et de la Victime. Dans cette
volonté qui s'éveille, il y a plus que des désirs
naturels et des idées personnelles : il est une
autre volonté qui la règle et l'inspire, c'est la
Volonté divine qui maintient le Prêtre Eternel
dans son état de Victime.
Oh ! grandissez. Enfant divin, avancez dans
la voie qui vous conduit au Calvaire. Vous
êtes Prêtre, il Vous faut un Sacrifice. Vous êtes
Victime, Vous ne pouvez toujours vivre. Votre
oblation du moment appelle l'immolation su-
prême.
O bel Enfant, teint déjà du Sang de votre
' « Dans ces derniers temps Dieu nous a parlé par le Fils
qu'il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait
les mondes. Lorsqu'il introduit son premier-né dans le monde,
il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. Mais quant au
Fils : Ton trône, ô Dieu, est dans les siècles des siècles. Sei-
gneur, vous êtes le même, et vos années ne finiront pas. »
Hébr., I, 2, 6, 8, 12.
MINISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE I09
Sacrifice, je m'unis à votre Eternel Sacerdoce et
j'aspire à m'offrir et à mourir avec vous !
III. — Ministère sacerdotal de Jésits
pendant la vie cachée de la Victime
Nous venons de quitter Jésus au sortir de son
enfance et nous allons maintenant Le contem-
pler dans les années de prière, de solitude et de
travail qui ont composé sa vie cachée. Cette
phase de son existence terrestre n'est pas moins
admirable que la première et celle qui suivra.
Rien n'est changé en Jésus parce qu'il avance
en âge et varie ses occupations. Il reste essen-
tiellement tel que L'a constitué la puissance di-
vine, sa mission ne peut être modifiée d un iota :
11 demeure le Prêtre envoyé dans le monde pour
oflfrir un divin Sacrifice par l'immolation san-
glante d'une divine Victime.
Tant que dure l'oblation, Jésus maintient la
Victime dans l'état d'Hostie. Son Sacerdoce in-
flue sans cesse sur elle pour donner à tous ses
actes un cachet d'immolation méritoire ordonnée
à l'immolation suprême du dernier Sacrifice '.
^ Il n'y a aucun doute que « la moindre des souffrances du
Christ, comme s'exprime Saint Thomas, aurait suffi pour ra-
cheter le genre humain de tous les péchés » (111 p., q. 46, a. 5,
190 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Jésus adolescent, Jésus s'approchant de l'âge
mûr, Jésus priant, Jésus travaillant : c'est par-
tout et toujours le Prêtre divin marqué du sceau
de la Victime, et vivant ici-bas une vie sacer-
dotale et sacrifiée.
Quand II paraît, c'est un Prêtre que l'on voit
accompagné de sa Victime. Quand II parle, c'est
un Prêtre Victime qui se fait entendre. Quand
ad 3) ; néanmoins, il n'entrait pas dans les desseins éternels que
Jésus sauvât le monde sans passer par la mort. Outre les fré-
quentes allusions que Jésus lui-même y fait pendant sa vie, il
le répète clairement aux disciples d'Emmaiis : « Je vous l'ai dit
tandis que je demeurais avec vous, qu'// fallait que s'accom-
plisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans
les Prophètes et dans les Psaumes. C'est ainsi qu'il est écrit, et
c'est ainsi qu'/7 fallait que le Christ souffrît et qu'il ressuscitât
d'entre les morts le troisième jour. » 'Luc, xxiv, 44, 461. — Le
Docteur angéiique en donne la raison : « Dieu a dû prendre la
nature humaine dans des conditions telles qu'// pût souffrir
pour l'homme ce que l'homme avait mérité par son péché,
pour que ses souffrances pussent satisfaire pour l'homme. Mais
comme l'homme, par le péché, était tombé dans la nécessité
de mourir et de souffrir dans son corps et dans son âme, le
Christ a voulu prendre ces défauts, afin de racheter le genre
humain en souffrant la mort pour les hommes. » lOp. 2, c. 226).
Ailleurs, il résume la question, en disant : « Si nous parlons de
la rédemption du genre humain quant à la valeur du prix de
rachat, une souffrance quelconque du Christ, même sans la
mort, eût été suffisante pour sauver le genre humain, à cause
de la dignité infinie de la personne. Mais si nous parlons du
choix du prix du rachat, on doit dire que toutes les souffrances
du Christ n'ont pas été ordonnées au salut du genre humain
par Dieu le Père et le Christ sans la mort. » iQuodlibet, II,
q. 1, a. 2).
MrNISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE I9I
Il se tait, c'est un Prêtre qui se recueille dans la
compagnie de sa Victime. Quand II agit, c'est un
Prêtre qui se meut, et une Victime qui s'unit à
Lui. Quand II travaille, c'est un Prêtre qui se
fait notre modèle en union avec les sentiments
de la Victime.
Quand II prie, c'est un Prêtre qui supplie et
une Victime qui s'offre. Quand II souffre, c'est
un Prêtre qui mérite et se met à l'unisson de
sa Victime.
Quand II accomplit les actes les plus ordi-
naires de toute vie humaine, c'est encore et tou-
jours un Prêtre Victime qui vit extérieurement
d'une vie terrestre, mais qui demeure absorbé
en Dieu.
Que de fois ses regards s'élèvent vers le ciel !
II y contemple le lieu de sa divine origine, d'où
Il n'est descendu comme Prêtre que pour s'unir
à sa Victime. Il voit le Père qui L'a éternelle-
ment engendré et L'a investi d'un Sacerdoce
Lui donnant toute autorité sur la Victime ; et
Il le bénit de L'avoir fait à la fois si grand et si
puissant.
Que de relations ineffables entre ce Père,
Principe éternel de la gloire qu'il prend en son
Fils, et ce Fils unique, son Prêtre et sa Victime,
192 DU SACERDOCE DE JÉSUS
chargé de le glorifier sur la terre comme au ciel !
Rien, en Jésus, ne voile la claire vision qu'il a
des perfections divines et des desseins éternels.
Comme Verbe incréé II est l'égal de son Père ;
mais comme Verbe incarné son Père est plus
grand que Lui, et II l'adore. Son Sacerdoce vient
de lui, et II lui rend grâce. Son état de Victime
Lui a été imposé par lui \ et II l'aime.
* « Mon Père est plus grand que moi », nous dit Jésus (Jean,
XIV, 28) ; ce qu'il faut entendre de sa substance humaine rela-
tivement à sa nature divine, selon ce que dit Saint Thomas :
« C'est quand on le considère sous le rapport de la nature qu'il
a prise qu'on dit du Fils qu'il est moins grand que le Père. »
(I p., q. 43, a. 7, ad 1). « Saint Augustin observe [De Trin., L. 1,
c. 7) que « l'Ecriture dit avec raison que le Fils est égal au
Père et que le Père est plus grand que le Fils ; car on dit l'une
de ces choses selon qu'il est Dieu, et on dit l'autre à cause de
sa forme d'esclave, sans qu'il y ait confusion. Or, le moindre
est soumis à celui qui est plus grand. Le Christ a donc été
soumis à son Père, comme homme. » (III p., q. 20, a. 1). D'oii
« nous pouvons dire que selon l'une de ses natures qui est com-
mune au Christ avec le Père, il commande et il domine simul-
tanément avec lui ; mais que par rapport à l'autre nature qui
lui est commune avec nous, il doit obéir et servir. » (Ibid., a. 2).
C'est en ce sens que le grand Apôtre dit que « quoiqu'il fût le
Fils de Dieu, il a appris l'obéissance » (Hébr., v, 8), et que
« Jésus-Christ, existant en forme de Dieu, n'a pas cru que ce
fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu, mais qu'/V s'est
anéanti lui-même, en prenant la forme d'esclave, en devenant
semblable aux hommes, et en se montrant sous l'apparence d'un
homme. » (Phil., n, 6, 7). Esclavage et soumission, conservant
en Jésus le caractère de Victime qui le rend « obéissant jusqu'à
la mort et à la mort de la croix » ; sans cependant rien enlever
à sa dignité de Fils de Dieu, suivant l'expression de Saint Au-
gustin : « La forme de serviteur a été prise par le Fils de Dieu
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE i^S
Jésus ne peut pas regarder son Père, sans se
rappeler que c'est par un excès d'amour qu'il
L'a envoyé dans le monde ' ; sa mission, Il la voit
toute illuminée des grâces de son Sacerdoce et
des mérites de son Sacrifice. Il vit de ces grandes
pensées, Il s'en entretient sans cesse avec son
Père, Il se plaît à lui redire son amour, et II met
son bonheur à se tenir devant lui dans l'attitude
et les dispositions d'un Prêtre prêt à immoler
sa Victime.
Quelle vie admirable que celle-là ! Quelle cé-
leste occupation que de vivre toujours de pen-
sées éternelles ! Quels sublimes colloques entre
le Père et le Fils ; entre le Père qui rappelle à
son Fils qu'il est son Principe, « Je t'ai engen-
dré aujourd'hui » et le Fils qui lui répond avec
tendresse : « O mon Père » ! entre le Père qui
adresse à son Fils ces paroles d'une sublime
consécration sacerdotale : « Tu es Prêtre pour
l'éternité », et ce Fils Prêtre d'une divine Vic-
de manière à ne pas perdre la forme de Dieu. Or, d'après la
forme de Dieu qui est commune au Père et au l'ils, le Père est
p/us grand que le Fils par rapport à la nature humaine, »
\De Trin., L. i, c. 7 .
^ « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils
unique », nous dit Jésus (Jean, mi, 161. Le disciple bien-aimé,
se faisant l'écho de son Maître, déclare que « l'amour de Dieu
s'est manifesté parmi nous, en ce que Dieu a envoyé son Fils
unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. » 'I Jean,
IV, 9).
194 ^^ SACERDOCE DE JÉSUS
time qu'il offre amoureusement à son Père en
sacrifice : « Vous m'avez formé un corps, me
voici ! »
Comme elles durent être courtes les années de
la vie cachée du Sauveur, quand l'on considère
que les choses d'éternité font perdre facilement
la notion du temps ! Pour Jésus, vivre ainsi avec
son Père, c'était encore vivre au ciel ; s'entre-
tenir de son Sacerdoce et de ses immolations,
c'était demeurer dans la grâce et la fin de sa
mission divine *.
Quoique l'heure ne fût pas encore venue pour
Jésus de se révéler au monde et d'apparaître
ostensiblement dans l'exercice de son divin Sa-
cerdoce, Il ne pouvait manquer de soulever le
voile du mystère en faveur de sa Mère, dans l'in-
timité de laquelle II passait la majeure partie de
son temps, et d'associer Joseph, qu'il appelait
1 « Je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi. »
(Jean, xvi, 32). — « Celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne
m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. »
(Jean, vni, 29''. — « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce
qu'il fait. » (Jean, v, 20 ). — « Je suis descendu du ciel, non pour
faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. »
(Jean, vi, 38 i. — « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, pour
que le monde soit sauvé par lui. » (Jean, m, 17). — « Le Fils
de l'homme est venu pour servir et donner sa vie pour la ré-
demption d'un grand nombre. » (Mat., xx, 28).
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE igS
son Père, à ces divines communications. Que
d'heures de contemplation céleste et d'admi-
ration des secrets divins, dans ce sanctuaire
intime de Nazareth, oià un Dieu se révélait et
ses deux créatures l'adoraient ; où un Dieu Prê-
tre parlait de son Sacerdoce et en expliquait
le caractère sacrificateur ; où un Dieu Victime
montrait l'amour éternel qui le poussait au sa-
crifice !
Pour leur donner l'intelligence du mystère,
Jésus les initiait à sa mission rédemptrice qui
reposait tout entière sur son Sacerdoce et ses
immolations futures. Il bénissait Marie d'être sa
Mère et II la réjouissait en lui disant que son
enfant était un Prêtre. Il la remerciait de lui
avoir donné la vie, et II la glorifiait en lui mon-
trant que s'il était Victime, Il le devait à la
chair et au sang qu'elle lui avait fournis pour
son Sacrifice. Il lui révélait qu'il avait résolu
d'associer une créature à son Sacerdoce et à
ses immolations, et que nulle autre que sa Mère
ne pouvait être cette âme privilégiée. Il lui mon-
trait dans le lointain le Calvaire, et comment
elle serait avec Lui la coopératrice du salut du
genre humain. Il lui faisait entrevoir ses gloires
futures qu'il partagerait avec elle, à titre de
Mère du Souverain Prêtre et de la Victime ré-
demptrice.
196 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Comment Jésus aurait-II pu ne pas épancher
son cœur dans ceux de Marie et de Joseph, Lui
qui vivait sans cesse dans la vision du Calvaire?
L'immolation était un besoin de son Sacerdoce
et, dans l'attente du suprême Sacrifice, Il inten-
sifiait l'oblation de la divine Victime. Le jour et
la nuit II accomplissait ainsi son ministère sa-
cerdotal, mettant constamment ses sentiments
à l'unisson de ceux de sa Victime et réclamant
de celle-ci une soumission amoureuse aux exi-
gences de son autorité divine.
Tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait porte un
cachet sacerdotal qui correspond admirablement
à la mission qu'il est venu accomplir sur cette
terre. Il y a vraiment du bonheur à contempler
Jésus exerçant pendant trente ans son office de
Prêtre, conservant à sa garde la divine Victime
et l'offrant sans cesse à son Père en faveur de
l'humanité.
Cette longue existence sacerdotale faite de re-
cueillement, de silence, de prière, de sacrifice et
de travail, doit nous être un sujet fréquent de ré-
flexion et de méditation. Habituons-nous à voir
toujours Jésus sous l'aspect de son Sacerdoce.
Il est notre Prêtre, honorons-Le comme tel. Il
est notre Prêtre Victime, aimons-Le comme II
nous aime. Il est notre Prêtre Sauveur et Ré-
dempteur, off^rons-nous à Lui pour qu'il unisse
diÀ
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE I97
nos immolations aux siennes, et nous confonde
dans l'amour qu'il porte à sa divine Victime.
IV. — >finistcrc sacerdotal de Jésus
pendant la vie publique de la Victime
Jésus, notre adorable et divin l*rêtre, va en-
trer dans la dernière phase de sa vie, celle qui
précède immédiatement son suprême Sacrifice
par l'effusion totale du Sang de la divine Vic-
time. La route à parcourir sera souvent enso-
leillée mais le plus souvent hérissée d'épines. Il
se présentera de nombreux sujets de joie et de
peine ; mais, à vrai dire, la souffrance planera
sans interruption sur ces trois années d'apos-
tolat, où le Souverain Prêtre s'approche tou-
jours de plus en plus du Calvaire où doit expirer
l'auguste Victime.
Peu importe les humiliations et les souf-
frances, les outrages et les angoisses, l'ingrati-
tude des hommes et les assauts de l'enfer : Jésus
est Prêtre, Il a une mission à remplir ; Il est
Victime, Il doit souffrir.
De par son Sacerdoce, II est tenu d'enseigner,
et II parcourra les villes et les villages pour
parler du royaume des cieux '. Prêtre de Dieu,
* « Après que Jean eût été livré, Jésus vint en Galilée, pré-
igo DU SACERDOCE DE JESUS
possédant une science divine, Il révélera des
vérités éternelles ' ; Il fera connaître son Père et
accomplira ses œuvres - ; Il se présentera comme
son Envoyé et II réclamera la foi en sa parole \
Lui seul possède la vérité et la vie ; tous ceux
qui croiront seront sauvés, tous ceux qui ne
croiront pas seront condamnés^.
Cet enseignement sacerdotal de Jésus est
étroitement lié à son état de Victime. En effet,
c'est pour attester ces vérités qu'aura prèchées
le Prêtre, que la Victime ira au supplice ; c'est
chant l'évangile du royaume de Dieu. » (Marc, i, 14j. — « Al-
lons dans les villages voisins et dans les villes pour que j'y
prêche, car c'est pour cela que je suis venu. Et il prêchait dans
leurs synagogues et dans toute la Galilée. » iAIarc, j, 38, 39 >. —
« J'ai parlé publiquement au monde. J'ai toujours enseigné
dans la synagogue et dans le temple où se rassemblent tous les
Juifs. » (Jean, xviii, 20).
* « Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui.
Ils admiraient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. »
iLuc, IV, 20, 22). — « Ils étaient ravis de sa doctrine, parce
qu'il parlait avec autorité. » (Luc, iv, 32).
'- « J'ai fait connaître votre nom aux hommes. » (Jean, xvii,
6). — « Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai achevé l'œuvre que
vous m'avez donnée à faire. » (Jean, xvii, 4). — « Les œuvres que
le Père m'a donné de faire, ces œuvres mêmes que je fais ren-
dent témoignage de moi que le Père m'a envoyé.» (Jean, v, 36).
3 « Je suis venu au nom de mon Père. » (Jean, v, 43). —
«' L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a en-
voyé. » (Jean, vi, 29).
"^ « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans
son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils
n'a pas la vie. » I Jean, v, 11, 12.
S[
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE I99
pour donner de l'efficacité à sa parole, qu'elle
offrira sa vie. La vérité sera tombée des lèvres
du Prêtre, le sang coulera des veines de la Vic-
time. La science divine aura été communiquée
aux hommes, l'amour porté jusqu'à la mort vien-
dra la sanctionner divinement.
De sorte que dans les nombreuses prédica-
tions du Sauveur, la Victime tout autant que le
Prêtre se fait entendre. C'est une parole auto-
risée, parce qu'elle est sacerdotale ; c'est une
parole sacrée, parce qu'elle est marquée du
sceau du sacrifice.
Lorsque Jésus Prêtre dira au monde qu'il est
descendu du ciel ', 11 aura recours au témoignage
de la Victime qui attestera qu'il est venu pour
faire la volonté de son Père qui est dans les
cieux -, et que cette volonté est qu'il meure pour
le salut du monde ^. Lorsqu'il se donnera comme
le modèle des vertus S II montrera la croix où
ses disciples doivent mourir avec Lui \ Lorsqu'il
* « Je suis descendu du ciel. » Jean, vi, 38.
- « Non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui
m'a envoyé. » Ibid.
3 «Je donne ma vie de moi-même. Tel est V ordre que j'ai
reçu de mon Père. » Jean, x, i8.
^ « Je vous ai donné Vexemple, afin que vous fassiez comme
j'ai fait. » Jean, xiu, i5.
■^ « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-
même, qu'il prenne sa croix et me suive. » Mat,, xvi, 24.
200 DU SACERDOCE DE JESUS
déclarera solennellement que toute puissance
Lui a été donnée au ciel et sur la terre ', Il prou-
vera par l'immolation de la Victime que Lui seul
a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre -.
Lorsqu'il affirmera qu'il est la résurrection et
la vie 3, Il dressera la Croix du Calvaire en face
du tombeau de son triomphe ^. Lorsque dans ses
adieux à l'humanité, le divin Sacrificateur pro-
noncera le grand Consummatum est, le Prêtre
et la Victime retourneront dans le sein du Père
pour y être éternellement glorifiés ■\
Pendant qu'il évangélise, Jésus sème les pro-
diges sur ses pas '■. Son Sacerdoce, qui a la puis-
sance de sauver le monde avec le concours de
la Victime, est maître des éléments et de toutes
les lois de la nature '. Il s'exerce sur toutes les
' Mat., XXVIII, i8.
2 Jean, x, i8.
3 Jean, xi, 25.
* « La mort a été absorbée par la victoire. » 1 Cor., xv, 54.
■T « J'ai consontiné l'œuvre que vous m'avez donnée à faire.
Maintenant glorifiez-moi, vous Père, de la gloire que j'ai eue
en vous avant que le inonde fût. » Jean, xvii, 4, 5.
B « Dans la foule beaucoup crurent en lui et disaient : Le
Christ, quand il viendra, fera-t-il plus de miracles que n'en fait
celui-ci? » (Jean, vu, 3i i.
' « Pendant qu'ils naviguaient, il s'endormit, et un vent d'orage
fondit sur le lac et la barque s'emplissait et ils étaient en péril.
S'approchant donc, ils le réveillèrent, disant : Maître, nous pé-
MINISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 201
misères humaines pour les transformer, Il guérit
les corps ' et purifie les âmes - ; Il prélude ainsi
au suprême triomphe que bientôt II remportera
sur l'enfer '•. Mais II opère toutes ces merveilles
en union avec les sentiments de la Victime, et en
vue des mérites de sa passion et de sa mort qui
mettront fin à leur commune mission ici-bas.
Une telle œuvre de sanctification et de salut ne
peut s'opérer sans difficulté et sans opposition,
dans un monde pervers et corrompu où le péché
maintient les consciences dans les ténèbres et
l'aveuglement. Plus Jésus est clair dans ses en-
seignements, et plus II rencontre d'incrédulité
chez un grand nombre ; plus II se montre bon et
compatissant, et plus II grossit la multitude des
ingrats ; plus II met de zèle à parler de son divin
Père, et moins II est compris ; plus II révèle les
merveilles de son amour, jusqu'à vouloir se faire
Eucharistie pour nourrir les âmes, et plus II di-
minue le nombre de ses disciples ; plus II multi-
rissons. Alors, se levant, // menaça le vent et les flots, et ils
s'apaisèrent et il se fit un grand calme. » Luc, vin, 23, 24.
' « Jésus parcourait toutes les villes et villages... guérissant
toute langueur et toute infirmité. » (Mat., ix, 35 ^ — « Toute la
foule cherchait à le toucher, parce qu'une vertu sortait de lui
et les guérissait tous. » (Luc, vi, 191.
- « Le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre
les péchés. » Mat., ix, 6.
■' « Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors. »
Jean, xii, 3i.
202 DU SACERDOCE DE JESUS
plie les allusions à sa Passion et à sa mort, et
plus II rencontre d'obstacles dans la mentalité
que ses auditeurs se font du Messie d'Israël.
Cette doctrine pourtant sublime du Souve-
rain Prêtre et ces manifestations de son amour
pour les hommes deviennent pour Lui l'occa-
sion de nombreuses humiliations et de vives
soufiFrances : c'est la part que prend la Victime
à son divin apostolat. Il souffre, mais II continue
à prêcher ' ; Il est rebuté, mais II persévère dans
ses avances de bonté et de miséricorde - ; Il ne
peut réussir à enflammer les cœurs d'amour
pour son Père, mais II ne se lasse point de tra-
vailler à le faire connaître^; Il prévoit l'inutilité
de ses mérites pour un grand nombre, mais II
continue à vivre de sacrifice ^ ; Il sait qu'il sera
bientôt rejeté de l'humanité, mais quand même
Il se prépare à mourir pour elle '•>.
1 « Vous ne voulez pas venir à moi, pour avoir la vie. Je
suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas. »
Jean, v, 40, 43.
2 « Si je ne fusse pas venu et ne leur eusse point parlé, ils
n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils n'ont point d'ex-
cuse de leur péché. Ils m'ont pris en haine gratuitement. »
Jean, xv, 22, 25.
3 « Ils ont haï et moi et mon Père. » Jean, xv, 24.
^ « Je vous ai dit que vous mourriez dans votre péché ; car
si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre
péché. » Jean, viii, 24.
^ « Enlevez-le ! Enlevez-le ! Crucifiez-le. » Jean, xix, i5.
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 203
Quelle sublime association d'amour et de souf-
france dans ce Prêtre qui aime en souffrant et
dans cette Victime qui souffre en aimant ! Hélas !
la lumière a lui dans les ténèbres et les ténèbres
ne l'ont point comprise ' ; Jésus est venu parmi
les siens dans toute la puissance de son Sacer-
doce et tout l'amour de son état de Victime, et
les siens ne L'ont pas reçu -. Sa mission sacer-
dotale ne peut vraiment se couronner que dans
l'immolation.
Toutefois, il reste une grande œuvre à accom-
plir dans la mission rédemptrice du Sauveur des
hommes. Il aura prêché le royaume de Dieu et
enseigné suffisamment aux hommes le chemin
du salut. Il disparaîtra de la terre et s'éloignera
de l'humanité qui L'aura rejeté de son sein. Mais
pourtant II ne pourra s'en aller définitivement,
son amour Le retiendra quand même parmi les
hommes. Pour opérer cette merveille comme
pour maintenir la doctrine divine de ses ensei-
gnements, il Lui faut des successeurs à qui II
transmette la mission qu'il a reçue de son Père.
Les Prêtres couvriront le monde ; et déjà II
s'entoure des premiers qui forment le collège
apostolique.
* Jean, i, 5. — - Jean, i, ii.
204 DU SACERDOCE DE JESUS
A ses Apôtres 11 donne un enseignement spé-
cial et plus complet ' ; Il leur révèle tout ce qu'il
a appris de son Père -, et II les rend participants
de son propre Sacerdoce ^ Il en fait les déposi-
taires des vérités éternelles et les dispensateurs
des grâces divines ^ Ils ont même tout pouvoir
sur Lui, pour Le faire descendre du ciel et L'im-
moler sur l'autel ■. Ils sont Prêtres comme Lui,
mais à la condition d'être victimes avec Lui. Le
Sacerdoce qu'il leur confère est identiquement
le même que celui dont L'a honoré son Père ;
1 « A vous il a été donné de connaître les mystères du
royaume des deux. » Mat., xiii, 1 1.
' n Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le servi-
teur ne sait pas ce que fait son maître. Mais je vous ai appelés
amis, parce que tout ce que j'ai ap/jris du Père je vous l'ai
fait connaître. » Jean, xv, i5.
•^ « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Jean, xx, 21). — « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde
pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé
par lui. » (Jean, m, 17). — « Venez à ma suite et je vous lerai
pécheurs d'hommes, r> (Mat., iv, 19), — « Le Fils de l'homme
a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés. » iMat., ix, 6).
— « Ceux à qui vous remettrez tes péchés, ils leur seront remis,
et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
(Jean, xx, 23).
•* « Enseignez toutes les nations, leur apprenant à observer
tout ce que je vous ai commandé. » (Mat., xxvni, 19, 20). —
« Prêchez l'Evangile à toute créature. Celui qui croira sera
sauvé. » (Marc, xvi, i5, 16t.
5 « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. (Mat., xxvi, 26
28). — K Faites ceci en mémoire de moi. » (Luc, xxn, 19).
MINISTÈRE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 205
or, en Le faisant Prêtre, Dieu L'a envoyé dans
le monde pour s'immoler. Prêtre et Victime,
c'est tout un *.
1 II n'est aucunement exagéré de prétendre que le Prêtre,
dans toute la force du terme, et selon les desseins mêmes de
Jésus, est à la t'ois Prêtre et victime ; non qu'il soit voué à
l'immolation par une mort corporelle et sanglante, comme l'a
été Jésus, mais spirituellement par les souffrances qui sous
toutes les formes peuvent l'atteindre dans son âme et dans son
corps. Il n'y a en cela rien d'étonnant, lorsque l'on considère
qu'on ne peut suivre Jésus sans passer par la souffrance, la-
quelle, comme s'exprime Saint Paul, « complète en nous ce qui
manque aux souffrances du Christ » il Col., r, 24 . C'est égale-
ment ce qu'enseigne Saint Pierre J, 11, 211, quand il dit : « Le
Cfirist a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin
que vous suiviez ses traces. »
Le Prêtre est plus que tout autre le disciple de Jésus. Notre
divin Maître le proclame hautement, lorsque, dans son discours
après la Cène, il dit expressément à ses Apôtres que la gloire
de son Père consiste en ce qu'ils sont ses disciples : « Mon Père
est glorifié en ce que vous deveniez mes disciples. » iJean,
XV, 8). Or, dit-Il encore, « Celui qui ne porte pas sa croix et ne
me suit pas ne peut être mon disciple. » \ Luc, xiv, 271. Le Prêtre
est donc tenu, par le fait que Jésus l'a honoré de son Sacer-
doce, d'être le disciple de la croix et de marcher, comme son
Maître, jusqu'au Calvaire, pour s'immoler avec Lui.
Cette vérité ressort essentiellement de son caractère sacer-
dotal. En effet, Jésus Prêtre est simultanément et essentielle-
ment Jésus Victime. En se communiquant comme Prêtre, il se
communique donc également comme Victime. De sorte que le
caractère sacerdotal imprimé dans l'âme du Prêtre est le carac-
tère même de Jésus Prêtre et Victime. D'où le Prêtre possédera
d'autant plus la perfection de son Sacerdoce, qu'// sera davan-
tage victime avec Jésus. Comme son Maître il est voué au
sacrifice et à l'immolation.
Jésus le lui redit sous toutes les formes. La souffrance lui
viendra du monde au milieu duquel il vit : « Dans le monde
206 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Telle est la sublime révélation que Jésus a
faite au monde, particulièrement dans la per-
sonne de ses Apôtres, de son éternel Sacerdoce
et de son sublime état de Victime.
vous serez opprimés. » (Jean, xvi, 33). — « En vérité, en vérité,
je vous dis que vous pleurerez, vous, et tfémirez. Le monde se
réjouira tandis que vous serez contristés, mais votre tristesse
sera chansjée en joie. » (Jean, xvi, 20). — Le motif de ses souf-
frances est une conséquence logique de son Sacerdoce : « Parce
que vous n'êtes pas du monde et que je vous ai choisis du mi-
lieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. » (Jean,
XV, -19). — C'est ainsi que le monde confond dans une même
haine le disciple et le Maître : « Si le monde vous hait, sachez
qu'/V m'a pris en haine avant vous. » (Jean, xv, 18). — ■ Effet
naturel du choix que Jésus fait de son Prêtre : « Souvenez-
vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas
plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous
persécuteront aussi. » (Jean, xv, 20). Et cette persécution peut
aller jusqu'à la mort ; Jésus lui-même le prédit pour Lui et pour
ses Prêtres : « Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains
des hommes, et ils le mettront à mort. » (Mat., xvii, 21, 22'.
« Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. On
vous livrera aux tribulations, et on vous fera mourir. » (Mat.,
X, iG ; XXIV, 9).
Il est cependant pour le Prêtre une autre forme de souffrance,
indépendante celle-là de la malice des hommes, et à laquelle le
voue essentiellement son Sacerdoce : c'est celle qui identifie
l'offrande et l'immolation de lui-même avec l'offrande et
l'immolation de Jésus le souverain Prêtre. Jésus n'a pas offert
d'autre victime que Lui-même ; à son exemple, le Prêtre, qui
est Prêtre avant tout pour offrir des sacrifices, doit s'offrir
avec le Jésus qu'il immole tous les jours à l'autel. Jésus Prêtre
ne sera jamais plus glorifié dans son Prêtre que lorsqu'il trou-
vera dans l'âme sacerdotale, qu'il s'est unie si mystérieusement
et si divinement, tous les traits sacro-saints de son éternel Sa-
cerdoce. Il ne Lui suffit pas d'y graver en caractère indélébile
MINISTERE SACERDOTAL PENDANT SA VIE 207
Nous avions bien raison de dire que l'on ne
peut séparer en Jésus deux choses que le ciel a
indissolublement unies et qui nous révèlent toute
ce même Sacerdoce qu'il a reçu de son Père pour le salut du
monde ; Il veut y reconnaître ses propres sentiments et sentir
le cœur de son Prêtre battre à l'unisson des aspirations divines
qui remplissent le sien.
Or Jésus a trouvé en Lui-même la Victime de son Sacrifice
et la charité infinie qui inspirait son Sacerdoce pour la sacrifier
et l'immoler. En se consacrant un Prêtre pour exercer son pro-
pre Sacerdoce, Jésus prétend se servir de lui dans les mêmes
dispositions qui L'ont animé Lui-même, lorsqu'il a accompli sur
cette terre sa mission sacerdotale. Il manquerait quelque chose
à la perfection du Sacerdoce de son ministre, si celui-ci ne
s'offrait pas avec la divine Victime, en même temps qu'il opère
par la vertu du Souverain Prêtre. Le caractère imprimé dans
son âme est un caractère immolant, le Sacerdoce étant ordonné
au sacrifice. Le Prêtre parle et agit au nom du Prêtre unique,
dont il est le représentant ; il doit également s'immoler avec
Lui, s'il veut participer à toute la grâce de son Sacerdoce.
Comment comprendrait-il l'union intime, étroite et quasi subs-
tantielle qui le lie à la personne du Souverain Prêtre, au point
de ne faire qu'un avec Lui par l'unité de caractère, de mission
et d'efficacité divine, s'il ne se considérait lui-même comme par-
ticipant à l'état de Victime en Jésus, état essentiel à l'accom-
plissement du Sacerdoce en son divin Maître.
Ce n'est qu'à cette condition que le Prêtre peut avoir une
intelligence complète de son Sacerdoce. Laisser dans l'ombre
cet aspect de son caractère sacré, ce serait se condamner à ne
partager qu'une partie des sentiments du Souverain Prêtre et
à exercer un Sacerdoce, dont les efficacités divines sans doute
ne seraient pas diminuées, mais qui priverait le Prêtre d'une
ressemblance avec son iMaître, ressemblance que réclame l'iden-
tité de leur Sacerdoce et l'harmonie de leur mutuel amour.
Que le Prêtre prenne l'habitude de se considérer Prêtre et
victime avec Jésus Prêtre et Victime, et il élèvera considéra-
blement la conception qu'il a déjà de son Sacerdoce, il se sen
208
DU SACERDOCE DE JESUS
la Personne du Verbe incarné et sa mission di-
vine. A nous de vivre dans la pensée habituelle
de ces adorables et éternelles vérités.
tira uni plus étroitement à Jésus, il pénétrera plus profondé-
ment dans la réalité de sa mission divine, il éprouvera de saintes
ardeurs pour aimer par le sacrifice le Jésus qui l'a fait son Prêtre
et pour s'immoler avec Lui.
Quoique le Prêtre soit tenu à la sainteté, la dignité de son
Caractère, en elle-même, ne le rend pas saint ; mais qu'il réalise
dans sa vie tout ce que comporte son Sacerdoce, c'est-à-dire
qu'il soit, avec Jésus, un Prêtre immolé et une victime sacer-
dotale, et il deviendra inévitablement un saint.
A Jésus, le Prêtre Yiclime
O mon adorable Jésus,
Prêtre éternel d'une éternelle Victime,
je Vous contemple
avec admiration et avec amour
dans les phases diverses
de votre vie terrestre.
Votre Sacerdoce
illumine partout vos pas,
inspire toutes vos paroles,
donne de la fécondité
à toutes vos œuvres.
Je Vous adore et Vous aime
comme Prêtre.
Je suis ravi de l'once sacerdotal
que Vous remplissez
auprès de la divine Victime
et je Vous confonds tous deux
dans mes chants
de reconnaissance et de louange,
avec le doux espoir
de Vous glorifier au ciel
dans les siècles des siècles.
'
CHAPITRE SIXIÈME
De Tcxcrcicc parfait
du Sacerdoce de Jésus
dans le Sacrifice suprême
de la Victime
CHAPITRE SIXIEME
De l'exercice parfait du Sacerdoce
de Jésus
dans le Sacrifice suprême de la Victime
0 Nous avons été sanctifiés par l'obla-
tion du corps de Jésus-Christ, une fois
pour toutes. Après avoir o^ert une seule
victime pour les péchés, il s'est assis
pour toujours a la droite de Dieu. ■>
Hébr.. X, 10-12.
Le jour des grandes douleurs et des divines
destinées du Souverain Prêtre a lui sur le monde.
La Croix du Sacrifice se dresse au sommet du
Golgotha ; tout-à-l'heure un supplicié y sera atta-
ché et il y rendra le dernier soupir au milieu
d'atroces angoisses et des plus horribles souf-
frances.
Jésus regarde avec amour dans la direction
du Calvaire ; c'est Lui qui conduira au supplice
la Victime qui Lui a été confiée ' ; Il mourra avec
' i< Je donne ma vie. Personne ne me la ravit, mais je la
donne de moi-même. » Jean, x, 17, 18.
I
214 DO SACERDOCE DE JESUS
elle, mais II aura satisfait aux exigences in-
times de son Sacerdoce. Il a été établi Prêtre
pour cette heure ' ; tout le reste de sa vie n'a
été qu'un acheminement et une préparation au
drame sanglant qui va se dérouler à Jérusalem.
L'Hostie qu'il offre à Dieu depuis l'aurore de
son entrée dans l'humanité, Il va la consommer
dans un dernier sacrifice. Il ne l'a reçue que
pour l'immoler; l'oblation a duré de nombreuses
années, et II a accompagné pas à pas la Vic-
time qui aspirait sans cesse à être conduite au
supplice.
Ce moment, le plus solennel qui puisse exister
dans l'humanité, est arrivé. Le ciel et la terre
font leurs derniers préparatifs. Le Prêtre s'em-
pare de la Victime et II ne la rendra à Dieu son
Père que quand II aura soutiré tout le sang de
ses veines et reçu son dernier soupir.
Si l'on ne considérait en Jésus son caractère
de Victime, on ne comprendrait pas pourquoi
Il dit qu'« Il est venu pour donner sa vie» ; et
si l'on ne donnait un sens sacerdotal à ses au-
tres paroles, disant que Lui seul « a le pouvoir
f
' « C'est /}our cela que je suis venu en cette heure. » Jean,
XII, 27.
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIAIE 213
de donner sa vie et de la reprendre ' », on n'en
saisirait pas la signification.
N'oublions point que Jésus n'est pas venu
pour vivre, mais pour mourir. La raison essen-
tielle n'en est pas tant de ce qu'ayant pris une
vie humaine II a pris une vie mortelle ; mais
bien, qu'il n'a reçu un corps que pour l'offrir en
sacrifice, que la fin de son existence terrestre
est de s'immoler ; après quoi, sa mission divine
dans l'humanité est terminée, le Mystère de la
Rédemption est accompli.
Tout est donc subordonné, dans la vie de
Jésus, à l'acte suprême qu'il pose au Calvaire.
Il n'était pas nécessaire pour cela qu'il vive
trente-trois ans ; la Croix aurait pu être plantée
tout à côté de la Crèche de Bethléem, et si
l'Enfant-Dieu y avait été cloué et était mort en
versant tout son Sang, H aurait sauvé le monde,
parce que son Sacerdoce aurait trouvé son plein
exercice dans l'immolation de la Victime.
Nous qui avons suivi notre divin Prêtre de-
puis sa naissance et qui avons admiré, dans tout
le cours de sa vie, son ministère sacerdotal au-
près de l'Hostie de son futur Sacrifice, montons
maintenant avec Lui la montagne sacrée où son
Sacerdoce éternel accomplira, par l'holocauste
* Jean, x, i8.
2l6 DU SACERDOCE DE JÉSUS
de la Victime, l'œuvre sublime de la glorification
divine par le salut du monde.
I. — Le Sacrifice est l'acte suprême
du Sacerdoce
Un Prêtre sans sacrifice serait un Prêtre sans
but suffisant, ou mieux ne serait pas Prêtre en
réalité. Il pourrait en porter le nom, mais il ne
le justifierait pas, le Sacerdoce étant essentielle-
ment ordonné au Sacrifice.
De toute nécessité, d'après l'enseignement de
saint Paul, il faut que le Prêtre ait « quelque
chose à offrir ». Son ministère s'accomplissant
au nom de l'humanité à l'égard de la Divinité,
il ne suffit pas qu'il offre à Dieu les prières des
hommes, mais il est officiellement établi « pour
offrir des dons et des sacrifices ' ». Ce qui rend
cette obligation particulièrement sacrée pour le
Prêtre, c'est qu'il ne représente auprès de Dieu
qu'une humanité coupable et que le péché ré-
clame une réparation, dont le sacrifice est à
juste titre l'expression "-.
* Hébr., VIII, 3.
2 Dans la même Epître (v, i), le grand Apôtre ajoute que les
sacrifices du Prêtre sont offerts « pour les péchés » ; lesquels,
dit Saint Thomas, ont été effacés par le sacrifice du Christ.
SACRIFICE SUPREME DE LA VICTIME 2I7
Pour honorer dignement Dieu, autant qu'il
est donné à des créatures sorties de ses mains,
et pour réparer l'outrage que lui a fait le péché,
l'immolation des victimes a toujours été regar-
dée comme l'hommage suprême rendu à la sou-
veraineté de Dieu et la manifestation extérieure
de la réparation due à sa justice '. Pour exercer
« Nos péchés ont été effacés, d'après Saint Paul qui dit (Rom.,
IV, 25 1 qu' « il a été livré à cause de nos iniquités ». Nous avons
reçu par lui la grâce qui nous sauve, selon ces paroles du même
Apôtre Hébr., v, 91 : « 11 est devenu la cause du salut éternel
pour tous ceux qui lui obéissent. » Nous avons obtenu par là
la fyerfection de la gloire : « Nous avons l'assurance d'entrer
par le sang du Christ dans le sanctuaire» (Hébr., x, 19), c'est-
à-dire dans la gloire céleste. » iS. Thom., III p., q. 22, a. 2). —
Ces autres paroles de Saint Paul sont plus expressives encore :
« C'est en lui que nous avons la rédemption, la rémission des
péchés, par son sang. » Ephés., i, 7).
* « Les sacrifices, dit Saint Thomas, représentaient le rapport
de l'âme à Dieu, et excitaient celui qui les offrait à s'unir à lui.
Or, pour que l'âme soit en bon rapport avec Dieu, il faut qu'elle
reconnaisse qu'elle tient de lui, comme de son premier principe,
tout ce qu'elle possède et qu'elle le lui rapporte comme à sa fin
dernière. C'est ce que les oblations et les sacrifices représen-
taient : « C'est pourquoi dans Yoblation des sacrifices, l'homme
protestait que Dieu était le premier principe de la création,
et la fin dernière à laquelle tout doit être rapporté. » (I II,
q. 102, a. 3i. — Plus loin, il ajoute, relativement aux sacrifices
sanglants : « Le sang est surtout nécessaire à la vie, et la graisse
montre l'abondance de la nourriture. C'est pourquoi pour faire
voir que c'est de Dieu que nous tenons la vie et tous les biens
que nous possédons, on répandait le sang et on brûlait la
graisse par honneur pour lui. Ces choses figuraient l'effusion du
sang du Christ et l'abondance de la charité par laquelle il s'est
ofiert à Dieu pour nous. » (Ibid., ad Si.
2l8 DU SACERDOCE DE JÉSUS
cette fonction, il y a toujours eu des prêtres
dans toutes les religions, même les plus maté-
rielles et les plus grossières. Ce sentiment, inné
dans l'humanité, conserve toute sa valeur mais
est considérablement ennobli, depuis que le
Verbe incarné est venu sur la terre pour abolir
tous les sacrifices anciens et instituer un Sacer-
doce nouveau, efficace celui-là, pour la rémission
des péchés et le salut éternel '.
Le Prêtre que nous envoie le Père ne possède
pas un Sacerdoce seulement de rites et de for-
mules, mais un Sacerdoce divin en origine, in-
fini en puissance, adorable en exercice, souve-
rain en effets et éternel en mérites -. Constitué
' « Notre pontife a reçu un ministère d'autant plus excellent,
qu'il est le médiateur d'une meilleure alliance, établie sur de
meilleures promesses. » ■ Hébr., vui, 6;. — « Le Sacerdoce étant
changé, il est nécessaire qu'il y ait aussi un changement de loi.
En effet, celui dont ces choses sont dites est d'une autre tribu,
de laquelle nul n'a servi à l'autel ; car il est manifeste que
Notre Seigneur est sorti de Juda, tribu dont Mo'ise n'a rien dit
en ce qui concerne les prêtres. Et cela est encore plus mani-
feste, s'il se lève un autre prêtre, à la ressemblance de Mel-
chisédech, établi non pas d'après la loi d'une ordonnance char-
nelle, mais selon la puissance d'une vie indissoluble. Car l'Ecri-
ture rend ce témoignage : Tu es Prêtre pour l'éternité, selon
l'ordre de Melchisédech. Il y a ainsi abolition de la première
ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité. »
(Hébr., VII, 12-18).
* « Le Christ étant venu comme pontife des biens futurs, a
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIME 219
Prêtre pour des fins divines très déterminées, Il
n'accomplira pleinement sa mission que par le
Sacrifice d'expiation totale qui Lui permettra
d'oflfrir sa divine Victime '.
traversé un tabernacle plus grand et plus parlait, qui n'a pas
été l'ait de main d'homme, c'est-à-dire qui n'appartient point à
cette création ; et il est entré une fois pour toutes dans le sanc-
tuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son
fyropre sang, ayant obtenu une récietn/Jtion éternelle. Car si le
sang des boucs et des taureaux sanctifie ceux qui sont souillés,
de manière à procurer la pureté de la chair, combien plus le
sang du Christ, qui par l'Esprit-Saint s'est offert lui-tncme
sans tache à Dieu, purifîera-t-it notre conscience des œuvres
mortes, pour que nous servions le Dieu vivant. C'est pourquoi
il est le médiateur d'un nouveau testament. » iHébr., ix, ii-i5).
Ce qui fait dire à Saint Thomas : « Le plus grand des sacri-
fices, c'est celui par lequel « le Christ s'est offert lui-même à
Dieu en odeur de suavité », selon l'expression de Saint Paul
(Ephés., V, 2). C'est pour ce motif que tous les autres sacrifices
étaient offerts dans l'ancienne loi pour figurer ce sacrifice
unique et tout particulier, comme on représente ce qui est par-
fait par des choses imparfaites. » (I II, q. 102, a. 3 .
Le Docteur angélique fait ensuite cette remarque au sujet des
sacrifices figuratifs : « Dieu ne voulait pas qu'on lui offrît ces
sacrifices à cause des choses offertes, comme s'il en avait eu
besoin, mais pour figurer le mystère de la Rédemption du
genre humain par le Christ.» (Ibiu., ad 1 i. Et lad 2) il en
donne la signification : « 11 a été convenable d'offrir ces animaux
en figure du Christ, parce que le Christ est immolé sous la
figure du veau à cause de la vertu de la croix, sous celle de
l'agneau à cause de son innocence, sous celle du bélier à cause
de sa puissance, sous celle du bouc parce qu'il a pris la ressem-
blance de notre chair de péché. »
* « Quoique la vérité réponde à la figure sous un rapport,
lisons-nous en Saint Thomas, elle n'y répond cependant pas
sous tous les aspects ; parce qu'il faut que la vérité surpasse
220 DU SACERDOCE DE JESUS
Sans ce Sacrifice, son Sacerdoce n'atteindrait
pas sa fin ; il resterait un Sacerdoce découronné
et inefficace. Possédant une Victime qui ne se-
rait pas immolée, et qui cependant aspirerait
sans cesse à l'être, il la violenterait et l'harmonie
naturelle entre le Prêtre et la Victime serait né-
cessairement rompue.
De même que la notion essentielle du Sacer-
doce comporte l'existence d'une victime, ainsi
la fonction capitale et indispensable du Prêtre
est le sacrifice de la victime, ils sont faits l'un
pour l'autre, ils existent l'un par l'autre. Le
la figure. C'est pourquoi il a été convenable que le sacrifice par
lequel la chair du Christ est offerte pour nous fut figuré, non
par des sacrifices humains, mais par des sacrifices d'animaux
qui représentent la chair du Christ qui est le sacrifice le plus
parfait: i" parce qu'il convenait que sa chair qui appartient à
la nature humaine soit offerte pour tous les hommes et reçue
par eux sous le sacrement ; 2" parce que, par là même qu'elle
était passible et mortelle, elle était apte à être immolée ; 3° parce
que, par là même qu'elle était sans péché, elle était apte à puri-
fier les péchés ; 4" parce que, par là même qu'elle était la chair
de celui qui l'offrait, elle était agréable à Dieu, à cause de l'amour
qu'il avait pour celui qui l'offrait. D'où Saint Augustin {De
Trin., L. 4, c. 14» dit : Que pouvait-on recevoir des hommes,
et que pouvait-on offrir pour eux d'aussi convenable que la
chair humaine, et qu'y avait-il d'aussi apte à ce sacrifice que
cette chair mortelle ? Quoi de plus pur pour purifier les vices
de tous les mortels, que cette chair née dans le sein d'une vierge
sans la contagion de la concupiscence charnelle ? Et que pou-
vait-on offrir et recevoir d'aussi agréable que la chair de notre
sacrifice devenu le corps de notre prêtre? n (III p., q. 48,
a. 3, ad 1).
SACRIFICE SUPREME DE LA VICTIME 22t
Prêtre puise en quelque sorte sa raison d'être
dans sa victime, et la victime également dans
son sacrificateur.
Ceci se vérifie si admirablement en Jésus
Prêtre et Victime, qu'une fois son Sacrifice ac-
compli Jésus disparaît de l'humanité. Ne pou-
vant offrir un autre Sacrifice, puisqu'on ne
meurt qu'une fois ', et son Sacrifice, en outre,
ayant obtenu une rédemptioji éternelle, il n'était
plus nécessaire qu'il s'offrît de nouveau -.
C'est donc bien, en vérité, sur le Calvaire que
l'on comprend toute la sublimité de la vie du
Sauveur, toute la grandeur de son Sacerdoce et
toute l'efficacité de son immolation.
Le Prêtre et la Victime sont attachés en-
semble à la Croix et ils meurent pour accomplir
la même mission divine.
II. — Les dispositions du Prêtre
A mesure que nous approchons du terme
de l'existence terrestre de notre divin Sauveur,
* « De même qu'il est établi que les hommes meurent une
fois, de même le Christ s'est offert une fois pour effacer les
péchés de beaucoup. » Hébr., ix, 27, 28.
* « Là où il y a rémission des péchés /'/ n'est plus besoin
d'oblation pour le péché. » Hébr., x, 18.
222 DU SACERDOCE DE JESUS
nous éprouvons un sentiment indéfinissable
d'amour et d'adoration. Jésus nous paraît plus
beau et plus grand à l'heure de son suprême
Sacrifice. Il nous semble irradié des clartés
éternelles et nous croyons entendre les palpi-
tations de son cœur.
Enfin, son heure est venue, l'heure de ses
désirs et de ses supplications, l'heure de son
amour et de son immolation. Il éprouve en Lui
un besoin irrésistible de souffrance et d'humi-
liation ; la charité divine Le presse, la grâce de
son Sacerdoce Le pousse au Sacrifice. L'autel
est dressé, la Victime appelle son Sacrificateur,
Il tressaille à la pensée du Sang rédempteur
qu'il va faire couler.
Plus que jamais II sent ce qu'il y a de divine-
ment puissant dans le Sacerdoce qu'il a reçu de
son Père ; des intérêts éternels Lui ont été con-
fiés et à Lui seul appartient l'honneur et la mis-
sion de rétablir toutes choses comme à l'origine,
de rendre à Dieu tous les hommages qui lui sont
dûs et d'opérer la réconciliation du ciel et de
la terre ^
Jésus voit tout ce qu'il a reçu de son Père, et
Il l'en bénit dans des sentiments de touchante
1 « Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde. »
^11 Cor., V, 19). — « Nous avons été réconciliés avec Dieu par
la mort de son Fils. » (Rom., v, 10),
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIME 22.3
reconnaissance. Il sait combien II était inefta-
blement aimé dans son sein et par quels excès
d'amour II a été donné aux hommes, et son
cœur s'émeut de tendresse divine. Il entend en-
core les paroles qui L'ont consacré Prêtre pour
l'éternité, et II éprouve des ardeurs indicibles
pour répondre aux grâces de son Sacerdoce. II
voit dans une lumière éblouissante la grandeur
et la nécessité de sa mission divine, et II est
dévoré du désir de l'accomplir.
O mon Père, s'écrie-t-Il, je viens terminer
l'œuvre que vous m'avez donnée à faire. Dans
l'humiliation de ma chair, vous m'avez toujours
contemplé comme le Fils de vos complaisances
infinies et, moi, je n'ai cessé de vous appeler
mon Père. Je me suis nourri de votre adorable
volonté et j'ai accepté avec amour la sublime
mission de conduire au sacrifice la divine Vic-
time qui doit vous glorifier éternellement. Bé-
nissez votre Prêtre, Il vole au Sacrifice.
Et Jésus n'a plus de repos qu'il ne soit par-
venu au sommet du Calvaire et qu'il n'ait oflfert
la dernière goutte de sang de la Victime pour la-
ver les iniquités du monde '. Il aperçoit au pied
* « Nous avons connu l'amour de Dieu, en ce qu'// a donné
sa vie pour nous. » I Jean, m, 16.
224 ^^ SACERDOCE DE JÉSUS
de la Croix les hommes de tous les temps, et II
les voit tous souillés du péché. Ecrasée sous le
poids de ses misères, Ihumanité appelle à son
secours le Prêtre Libérateur qui doit l'arracher
à l'enfer, et Jésus accourt pour lui faire misé-
ricorde.
Se rappelant que c'est pour elle que Dieu a
opéré tant de merveilles et que, dans les des-
seins éternels, son salut deviendra l'occasion et
le moyen de la glorification divine, Jésus ne
sépare plus les hommes de son Père et II re-
porte sur eux tout l'amour dont II est embrasé
pour Dieu K
Considérant qu'il est le seul Prêtre de 1 huma-
nité. Il lui donne asile dans son Sacerdoce et
Il s'en fait comme une seconde victime qu'il va
immoler pour la purifier et l'arracher à la mort
éternelle. Pour faire revivre l'amour de son Père
dans les âmes pécheresses et faire resplendir en
elles les grâces de la miséricorde divine, Jésus
met en œuvre toute sa puissance sacerdotale et
Il s'élance sur la Croix dont II fait l'autel de son
Sacrifice.
* « Dieu fait éclater son amour pour nous en ce que, lorsque
nous étions encore des pécheurs, au temps marqué, le Christ
est mort pour nous. Lorsque nous étions ennemis, nous avons
été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils. » Rom.,
V, 8-10.
SACRIFICE SUPREME DE LA VICTIME 220
Pour vivre, il Lui fallait une Hostie ; pour
mourir, il Lui faut une Victime. A ce moment
suprême, Jésus contemple en Lui-même la Vic-
time qui a été la compagne fidèle de sa vie.
C'est auprès d'elle qu'il a exercé ses fonctions
sacerdotales, c'est maintenant par elle qu'il va
couronner ici-bas la mission de son Sacerdoce.
Toute la tendresse divine qu'il a pour son Père,
tout l'amour de compassion qu'il porte à l'hu-
manité, se concentrent sur la Victime de son
Sacrifice. II voit en elle les décrets éternels et
la rédemption du monde ; Il se nourrit déjà
de ses souffrances comme II le fait des volontés
divines. Il anticipe en désir son immolation
comme pour glorifier plus vite le Dieu qui La
fait Prêtre et Victime.
Qui donc pourra jamais comprendre l'ardeur
des sentiments et la sublimité des dispositions
du Souverain Prêtre, au moment où II va cou-
ronner son existence sacerdotale par son su-
prême Sacrifice ? La Victime seule, qui par-
tage la mission du Sacrificateur, peut nous en
donner une idée plus exacte. Nous qui som-
mes les rachetés de son amour et les trophées
de son triomphe, suivons-la sur la route du
Calvaire.
226 DU SACERDOCE DE JÉSUS
III. — Les dispositions de la Victime
Depuis son apparition dans l'humanité, la di-
vine Victime a passé par bien des humiliations
et des souffrances. Dans sa propre constitution
de Victime, elle a dû humilier, en quelque sorte,
sa Divinité, pour l'unir à son Humanité ; elle l'a
enchaînée dans la chair et lui a fait partager les
peines et les sacrifices de toute vie humaine. Le
divin Sacrificateur l'a maintenue dans l'humilité
de sa condition, et c'est avec amour qu'elle s'est
tenue dans ses inains pour être sans cesse offerte
à la Majesté divine.
Mais elle est trop l'Hostie de son Prêtre, pour
ne pas vouloir l'exercice parfait et complet du
Sacerdoce duquel elle dépend. Sans elle, Jésus
ne serait pas Prêtre, et c'est pourquoi elle veut
essentiellement son état de Victime. Sans le
Prêtre, elle ne serait pas Victime, et c'est pour-
quoi elle adhère si étroitement au Sacerdoce
de Jésus.
C'est à elle qu'il appartient de fournir au
Prêtre la matière de son Sacrifice. Son corps
ne lui a été donné que pour l'immoler; sa vie,
elle ne l'a reçue que pour la perdre. Sa perfec-
tion, ce n'est point de vivre, c'est de mourir. En
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIME 227
la constituant Victime, Dieu l'a comme pénétrée
d'un besoin intense d'immolation. L'heure du
Sacrifice devient pour elle le terme de toutes les
aspirations de sa vie.
Si elle ne meurt pas, Dieu ne sera pas glorifié;
si elle ne verse pas tout son sang, l'humanité ne
sera pas rachetée. Si elle ne passe pas par toutes
les angoisses, les souffrances et les humiliations
que la justice divine lui a réservées, elle ne sera
pas une Hostie d'agréable odeur. Si elle n'ago-
nise pas au milieu de l'abandon universel du
ciel et de la terre, elle ne portera pas le cachet
d'une Victime telle que Dieu l'a voulue.
Toutes ces pensées remplissent son esprit, son
cœur s'en émeut, sa volonté s'y fixe. Son être
tout entier est comme fasciné par la vision du
Calvaire ; tout en elle l'entraîne vers la mort et
elle y vole.
Dieu le Père lui rappelle sa destinée, Jésus le
divin Sacrificateur est là tout prêt à l'immoler,
la souffrance lui ouvre ses bras, la Croix se
dresse pour recevoir sa Victime, la terre la re-
jette, l'enfer la maudit, le ciel se prépare à re-
cueillir son dernier soupir.
La Victime s'abreuve du Sang de son propre
Sacrifice, tant la violence de l'amour l'immole en
même temps que celle de la douleur. Elle sup-
plie son Sacrificateur de ne point l'épargner, elle
228 DU SACERDOCE DE JÉSUS
remet son âme entre ses mains et elle expire.
Nouveau Consummatum est qui se confond
avec celui du Prêtre Eternel exerçant sur sa Vic-
time la fonction suprême de son divin Sacerdoce.
IV. — Consoniniatioi? de la missicp
du Prêtre et de la Victime
L'histoire divine de la Rédemption du genre
humain va prendre fin. Les temps sont accom-
plis ; la Justice divine s'apprête à désarmer, et
la Miséricorde apparaît déjà au sommet du Cal-
vaire pour pardonner aux pécheurs, fermer l'en-
fer et rouvrir le ciel.
La réconciliation toutefois entre la Sainteté de
Dieu et l'humanité coupable ne pourra se faire
que lorsque toute la dette du péché aura été
payée et que tous les droits de la Justice offensée
auront été pleinement satisfaits.
L'œuvre à accomplir était immense, la ré-
paration atteignait des proportions infinies, la
puissance divine seule pouvait opérer une telle
iTierveille. Dieu ne recula pas devant cet ex-
cès de condescendance et de miséricorde. Son
amour trouva le secret de fournir à l'humanité
un moyen d'être agréable à ses yeux et d'en
effacer les iniquités.
SACRIFICE SCPRÊME DE LA VICTIME 229
Pour cela il fallait une Victime et un Prêtre
pour l'immoler. Dieu le Père envoya son Fils et
en fit le Sacrificateur de son propre Sacrifice '.
A partir de ce moment solennel, le Verbe in-
carné concentra en Lui-même toutes les exi-
gences de la Justice divine et toute l'expiation
de l'humanité ^•
Il n'y avait pas de lutte en Lui, car II repré-
sentait à la -fois les intérêts de Dieu et ceux des
hommes. Par son Sacerdoce 11 possédait une
puissance divine, et II avait à sa disposition une
Victime divine pour l'exercer. Tout ce qu'il exi-
gera comme Prêtre, la Victime le lui fournira.
1 « Dieu le Père a livré le Christ en lui inspirant la volonté
de souffrir pour nous. Ce qui montre la sévérité de Dieu qui
n'a pas voulu pardonner le péché sans la peine, ce que l'Apôtre
exprime en disant Rom., vni, 32 1 : « Il n'a pas épargné son
propre Fils » ; et ce qui prouve aussi sa bonté en ce que, comme
l'homme ne pouvait satisfaire suffisamment pour une peine
qu'il souffrirait lui-même, il lui a donné quelqu'un pour satis-
faire à sa place, et c'est ce que Saint Paul a désigné en ajoutant :
« Il l'a livré pour nous tous. » S. Thom., III p., q. 47, a. 3, ad 1.
- « La justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ est pour tous
ceux et sur tous ceux qui croient en lui. Car il n'y a pas de
distinction, parce que tous ont péché, et ont besoin de la gloire
de Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la ré-
demption qui est en Jésus-Christ. C'est lui que Dieu avait des-
tiné à être victime de propitiation, par la foi en son sang, pour
manifester sa justice par le pardon des péchés passés, que
Dieu a supporté avec tant de patience ; pour manifester, dis-je,
sa justice dans le temps présent, montrant qu'il est juste, et
qu'il justifie celui qui a foi en Jésus-Christ. » Rom., m, 22-26.
230 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Quand il faudra faire valoir les droits de Dieu,
le Prêtre commandera et la Victime obéira ;
quand il s'agira d'offrir des réparations et d'im-
plorer miséricorde, la Victime s'offrira et récla-
mera le ministère du Prêtre pour l'immoler.
Jésus n'a pas d'autre mission essentielle à
remplir sur cette terre ; tout découle nécessai-
rement de son Sacerdoce et prend en lui son
principe et sa vertu. Il pourra parler ou se taire,
enseigner ou prier, travailler ou se reposer,
faire des miracles ou se montrer apparemment
impuissant, jouir ou souffrir, vivre ou mourir ;
mais pas un seul instant II ne pourra cesser
d'être Prêtre et Victime. Son Sacerdoce, c'est
Lui ; son état d'Hostie, c'est l'essence de sa vie.
Un Jésus qui non seulement ne serait pas
Prêtre, mais qui ne demeurerait pas dans l'exer-
cice constant de son Sacerdoce par l'oblation
de la Victime ne serait plus Jésus : ni le Jésus
que Dieu le Père nous a donné, ni le Jésus
qui est venu si amoureusement vers nous ', ni
' « Le Christ, comme Dieu, s'est livré lui-même à la mort par
la même volonté et par la même action par laquelle son Père
l'a livré ; mais, comme homme, il s'est livré par une volonté que
son Père lui a inspirée. Il n'v a donc pas de contrariété en ce
que le Père a livré le Christ et le Christ s'est livré lui-même. »
S. Thom., III p., q. 47, a. 3, ad 2.
Jésus est mort par obéissance et par amour, en d'autres ter-
mes par une obéissance d'amour. Par obéissance. « Il a été
très convenable, dit Saint Thomas, que le Christ souffrît par
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIME 23l
le Jésus dont nous avons besoin pour être
rachetés '.
obéissance: 1" Parce que cela convenait à la justification de
l'Iiommc, afin que comme plusieurs sont devenus pécheurs par
la désobéissance d'un seul homme, ainsi plusieurs soient rendus
justes par l'obéissance d'un seul, d'après la pensée de l'Apôtre
(Rom., V, 19'. 2" Ce fut convenable pour la réconciliation de
Dieu avec les hommes. D'où il est dit i Rom., v, loi: «Nous
avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils », d'après
cette autre parole de Saint Paul iEphés., v, 2) : « Il s'est livré
lui-même pour nous, en s'ofFrant à Dieu comme une oblation et
une victime d'agréable odeur. » D'ailleurs l'obéissance est pré-
férable à tous les sacrifices, puisqu'il est dit (I Rois, .\v, 22) :
« L'obéissance vaut mieux que les victimes ». C'est pourquoi il
a été convenable que le sacrifice de la passion et de la mort du
Christ fut le fruit de son obéissance... Le Christ a reçu de son
Père l'ordre de soulfrir. Car il dit (Jean, x, i8j : « J'ai le pouvoir
de donner ma vie et j'ai le pouvoir de la reprendre, c'est le
commandement que j'ai reçu de mon Père ».
Par amour. « Dans sa passion le Christ a rempli tous les
préceptes moraux qui reposent sur la charité, car \\ a souffert
par amour pour son Père, d'après ce passage de l'Evangile
(Jean, xiv, 3i : « Afin que le monde connaisse mon Père et que
je fasse ce que mon Père m'a ordonné, levez-vous, sortons d'ici»,
c'est-à-dire allons au lieu de ma passion. 11 a souffert aussi
par amour pour le prochain, d'après ces paroles de Saint Paul
(Gal., II, 20 : « Il m'a aimé et s'est livré pour moi ».
« Le Christ a souffert par charité et par obéissance. Car il a
accompli les préceptes de charité par obéissance, et il a été
obéissant par amour pour son Père qui le lui commandait. »
III p., q. 47, a. 2, c. ad 1 et 3.
Marchons sur les traces de notre Maître ; et, suivant la re-
commandation de Saint Pierre J, i, 22) : « Rendons nos âmes
pures par une obéissance d'amour ».
* « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de l'amour ex-
trême dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos
péchés, nous a rendu la vie dans le Christ, par la grâce duquel
232 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Il n'y a pas d'autre fin à l'existence de Jésus
sur cette terre : Il est Prêtre ! Il n'y a pas d'autre
couronnement à son Sacerdoce que sa mort : Il
est Victime ' !
Quand Jésus aura offert son suprême Sacrifice
vous avez été sauvés, » (Ephés., ii, 4, 5). — « De même que
par la faute d'un seul, la condamnation atteint tous les hommes,
de même, par la justice d'un seul, la justification qui donne la
vie s'étend à tous les hommes. » (Rom., v, 18).
1 « Non seulement, dit Saint Thomas, il a fallu que le Christ
souffrit, mais encore qu'il mourût, pour satisfaire pour les pé-
chés de tous les hommes. Il a voulu mourir pour satisfaire pour
nous par sa mort, d'après ces paroles de Saint Pierre I, m, 18) :
« Le Christ est mort une fois pour nos péchés ». (III p., q. 5o,
a. 1). — Tout en s'immolant comme Victime, Jésus ne meurt
pas totalement. Il n'épuise pas son Sacerdoce en livrant sa vie
corporelle, mais II demeure Prêtre dans toute sa plénitude, se-
lon ces paroles du Docteur angélique : « il convient à l'homme
d'être prêtre en raison de son âme dans laquelle le caractère de
l'ordre s'imprime. Par conséquent, l'homme ne perd pas par la
mort l'ordre sacerdotal, et encore moins le Christ qui est la
source de tout le sacerdoce. » (Ibid., a. 4, ad 3). — S'il meurt
comme homme. Il vit essentiellement comme Dieu. En puisant
dans sa Divinité la puissance infinie de son Sacerdoce, 11 trouve
le moyen de mourir tout en demeurant la source de la vie.
« Le Christ, dit encore le même saint Docteur, est la source de
vie, comme Dieu, mais non comme homme ; aussi il est mort
comme homme et non comme Dieu. D'où Saint Augustin dit
[Contr. Felic, c. 14) : Loin de moi la pensée que le Christ soit
mort de manière qu'il ait perdu la vie, selon qu'il est la vie lui-
même ; car s'il en était ainsi, la source de la vie se serait des-
séchée. Il est donc mort selon qu'il participait à la faiblesse de
la nature humaine, qu'il avait prise de son plein gré ; mais il n'a
pas perdu la puissance de sa nature, par laquelle il vivifie
toutes choses, » (Ibid., a. 1, ad ij.
SACRIFICE SUPRÊME DE LA VICTIME 233
et que par la vertu commune de son Sacerdoce
et de son état de Victime II aura accompli toute
justice, sauvé le monde et glorifié Dieu son
Père, Il n'aura plus rien à faire ici-bas, sa mis-
sion sera remplie ', Il pourra retourner à son
Père, où II sera glorifié en lui de la gloire qu'il
a de toute éternité ^.
Quelle sublime économie du plan divin, que
de voir un Dieu nous envoyant un Dieu ; un
Père, principe éternel, nous donnant son Fils
pour nous les révéler tous deux, et un Fils re-
tournant à son Père, après avoir accompli sa
mission d'amour et de miséricorde ; un Sauveur
1 « C'est une parole certaine que le Christ Jésus est venu en
ce monde pour sauver les pécheurs. » il Tim., i, i5 . — « Le
Christ est mort pour nous. >> iRo.m., v, 91. — « 11 s'est livré lui-
même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité. »
(TiT., II, 14 . — « En tant qu'/7 est mort pour le péché, il est
mort une fois pour toutes. » i Rom., vi, 10]. — « Il n'a paru qu'une
seule fois, pour abolir le péché par son sacrifice. Et de même
qu'il est établi que les hommes meurent une fois, de même le
Christ s'est offert une fois pour effacer les péchés de beaucoup. »
Hébr., IX, 26-281. — <c Après avoir offert une seule victime pour
les péchés, /"/ s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. »
(Hébr., x, 12). — « Il convenait que nous eussions un tel pon-
tife, qui n'a pas besoin d'offrir tous les jours des victimes ; car
cela, /'/ l'a fait une fois pour toutes, en s' offrant lui-même. »
(Hébr., vu, 26, 27 .
■^ « Père, je vais à vous. J'ai consommé l'œuvre que vous
m'avez donnée à faire. Glorifiez-moi, en vous-même, de la gloire
que j'ai eue en vous avant que le monde fût. » Jean, xvii, 4, 5, 1 1 .
234 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Victime tirant de son sein les efficacités divines
d'une rédemption universelle !
Au même instant où Jésus Prêtre et Victime
expire en remettant son âme à Dieu son Père,
l'œuvre sublime du salut du genre humain est
accomplie. Le règne de la miséricorde divine
est établi sur la terre, et des profondeurs de
l'humanité régénérée devra s'élever à jamais des
chants de reconnaissance et d'amour à la gloire
éternelle de Jésus Prêtre-Victime !
A Jésus, le Prêtre Sacrificateur
O mon Jésus,
quand Dieu votre Père
Vous envoya dans le monde,
il Vous fît Prêtre
et Vous confia une Victime.
Par la grâce de votre Sacerdoce
Vous en fûtes le gardien.
Par votre puissance sacerdotale
Vous en fûtes le Sacrificateur.
Je Vous contemple avec amour
dans les longues années
de l'oblation de votre Victime
et je Vous adore à genoux
à l'heure sublime
où Vous l'immolez
pour le salut du monde.
O mon Prêtre, ô ma Victime,
soyez bénis et remerciés,
soyez passionnément aimés
et éternellement glorifiés !
CHAPITRE SEPTIÈME
De l'amour dû à Jésus
cp sa qualité de Prêtre
CHAPITRE SEPTIEME
De l'amour dû à Jésus
Cl? sa qualité de Prêtre
« Ayant donc un grand pontife qui
a pénétré dans les cieux, Jésus, Fils
de Dieu, demeurons fermes dans la
profession de notre foi. »
Hébr.. IV, 14.
Que Jésus ait des droits sacrés et souverains
à notre amour, c'est indiscutable. Il est notre
Créateur, et nous sommes ses créatures. Il nous
a tout donné et nous avons tout reçu de sa plé-
nitude. Il est la lumière incréée, et II éclaire tout
homme venant en ce monde. Il est la vie par
essence, et II fait vivre les âmes d'une vie éter-
nelle. Il nous entoure et nous pénètre ; nous
nous mouvons dans la Divinité * et nous sommes
destinés à Lui être unis et à vivre en Lui pen-
dant toute l'éternité.
Toutefois, Jésus a un titre spécial à notre
amour; Il possède, par le fait de sa mission ici-
* « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. »
AcT., XVII, 28.
240 DU SACERDOCE DE JÉSUS
bas, un droit unique à être aimé des hommes;
Il a conquis, à notre place et en notre nom, une
telle victoire sur le péché, que notre amour ne
doit plus avoir de bornes ; Il nous a mérité une
gloire éternelle, dont nous ne pourrons jouir
que dans un amour sans fin.
Toutes ces grâces nous ont été données direc-
tement par Jésus en tant que Prêtre. La Sagesse
divine aurait pu prendre un autre moyen de
nous en gratifier, elle ne l'a pas fait ; l'unique
moyen dont elle s'est servi, moyen voulu et
décrété, c'est celui du Sacerdoce du Verbe in-
carné K
Jésus est venu, Il ne nous sera pas envoyé
une seconde fois par son Père - ; Il a passé trente-
trois ans sur cette terre, II ne recommencera
pas une existence mortelle ^ ; Il a accompli l'œu-
vre que Dieu Lui avait confiée, elle est complète
* « Frères saints, qui avez part à la vocation céleste, consi-
dérez l'apôtre et /e pontife de la foi que nous professons, Jésus. »
(Hébr., III, 1). — « Il n'y a de salut en aucun autre, car aucun
autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel
nous devions être sauvés. » (Act., iv, 12).
2 «Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde;
maintenant je quitte le monde et je vais au Père. » Jean,
XVI, 28.
3 « Le Christ étant venu comme pontife des biens futurs, est
entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, dans le ciel même,
afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de
Dieu. » Hébr., ix, 11, 12, 24.
AMOUR DU A JKSUS PRKTRE 2^1
pour toujours * ; Il a rempli une mission d'infinie
miséricorde, Il ne peut plus rien y ajouter-.
Il a été établi Prêtre pour l'éternité, les bien-
faits de son Sacerdoce sont éternels. Il a cou-
ronné son existence terrestre sacerdotale par
l'immolation de la divine Victime, les fruits de
son Sacrifice sont infinis '.
II est donc juste que nous exprimions notre
reconnaissance à l'égard de Jésus le Souverain
Prêtre par un amour particulier, fondé sur ce
caractère essentiel de sa divine Personne.
Puisque c'est en tant que Prêtre qu'il est venu,
c'est en tant que Prêtre que nous devons L'ho-
norer''. Puisque c'est en tant que Prêtre qu'il
nous a aimés, c'est en tant que Prêtre que nous
^ « J'ai accompli l'œuvre que vous m'avez donnée à faire. »
Jean, xvii, 4.
* « Là où il y a rémission des péchés, il n'est plus besoin
d'oblation pour le péché. » Hkbr., x, 18.
•' « Le Christ, dit Saint Thomas, est entré dans le saint des
saints, c'est-à-dire dans le ciel, et nous a préparé le chemin
par la vertu de son sang qu'il a répandu pour nous sur la
terre. » III p., q. 22, a. 5.
'* « Ayant donc un grand pontife qui a pénétré dans les
cieux, Jésus, Fils de Dieu, demeurons termes dans la profes-
sion de notre foi... les yeux fixés sur l'auteur et le consomma-
teur de la foi, Jésus. » Hébr., iv, 14; xii, 2). — « Je vis dans la
foi au l-"ils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même
pour moi. » (Gal., u, 20). — » Mais la foi est animée par la cha-
rité. » Gal., V, 6".
242 DU SACERDOCE DE JÉSUS
devons Lui rendre amour pour amour '. Puisque
c'est en tant que Prêtre qu'il nous a sauvés et
mérité un bonheur éternel, c'est en tant que Prê-
tre que nous devons Le servir et Le glorifier^.
Une simple connaissance et un service rai-
sonné du Sacerdoce de Jésus ne peuvent suffire;
nous n'oserions pas rendre si peu à une créature
qui nous aurait beaucoup donné. L'amour seul
peut répondre à tant d'amour.
Jésus Prêtre s'attend à être aimé souveraine-
ment des hommes : et vraiment, seul un amour
de passion peut nous satisfaire, si nous avons
bien compris ce qu est Jésus dans son Sacerdoce.
Calquons notre amour sur celui qui remplit le
cœur de Dieu le Père pour son Fils incarné, de
même que sur celui que Jésus Prêtre se porte à
Lui-même, et nous serons à l'unisson de l'amour
qui brûle le cœur des bienheureux pour le Prêtre
Eternel, principe de leur gloire et cause de leur
béatitude.
* « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de l'amour
extrême dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par
nos péchés, nous a rendu la i>ie dans le Christ, par la grâce
duquel vous avez été sauvés. » i Ephés., ii, 4, 5\ — « Marchez
dans l'amour, comme le Christ qui nous a aimés, et qui s'est
livré lui-même pour nous à Dieu. » (Ephés., v, 2).
'2 « Notre Seigneur Jésus-Christ, par le sang de l'alliance
éternelle, est devenu le grand pasteur des brebis... Offrons donc
par lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges. » Hébr.,
xiu, 12, i5, 20.
AMOUR DU A JÉSUS PRKTRE 243
I. — L'amour de Dieu le Père
pour le Verbe incarné qu'il a envoyé
comme Prêtre
Il suffit de nommer le Père et le Fils éternelle-
ment engendré par lui, pour désigner l'amour
infini qui existe dans l'essence de la nature di-
vine. Partout où est le Père est le Fils, et par-
tout où apparaît le Fils se révèle le Père '. On
ne peut les contempler sans les voir s'aimer d'un
amour mutuel aussi nécessaire et aussi éternel
que leur substance-.
1 « Celui qui m'a envoyé est avec moi. » (Jean, viii, 29). —
<< Qui me voit, voit aussi le Père. » Jean, xiv, 9). — « Le Père
vivant m'a envoyé, et moi je vis par le Père. » (Jean, vi, 58\
— « Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et que le
Père est en moi?» Jean, xiv, 10, 11. — « Moi et mon Père
nous sommes une seule chose. » (Jean, x, 3oi.
- « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. »
(Jean, v, 20 . — « J'ai gardé les commandements de mon Père,
et je demeure dans son amour. » Jean, xv, 10 .
Citons cette belle page de l'Ange de l'Ecole : « Il est écrit dans
Saint Jean que « le Père aime le Fils », et de nouveau Jean,
xiv, 3i) il est dit dans la personne du Christ : « J'aime mon
Père )>. Cet amour n'est pas inférieur dans celui qui aime et
dans celui qui est aimé, puisque c'est le Saint-Esprit qui est
l'amour du Père et du Fils. Ainsi Vamour n'est pas moins aimé
de celui gui aime et de celui qui est aimé, que l'amant l'est de
l'aimé et l'aimé de l'amant. Et cette tendre, affectueuse et infini-
ment parfaite dilection des trois personnes en une seule subs-
tance, se trouve où l'amant est le même que l'aimé, où l'aimé
244 DU SACERDOCE DE JÉSUS
De sorte que, lorsque le Verbe divin s'incarne,
il contient en lui-même tout l'amour du Père.
Toutefois, le Verbe incarné ajoutant une mission
à son essence divine, mission dont le Père est
le principe comme il l'est de la génération éter-
nelle, Jésus devient l'objet des complaisances
divines à un titre nouveau : celui d'être l'Envoyé
du Père '.
Dans le Verbe fait Homme, Dieu voit, avec sa
propre image, son œuvre créatrice telle qu'elle
existe dans sa pensée de toute éternité ; et il
aime en Lui la perfection de ses volontés di-
vines -. Mais il voit aussi dans ce Fils de toute
est le même que l'amant, où l'amour est le même que l'amant
et l'aimé, où l'aimé et l'amant sont les mêmes que l'amour, où
enfin Vamant, Yaimé et Vanwut participent à la même essence,
n'ont que la même volonté et le même déplaisir, ont le même
pouvoir et possèdent tout. » Op. 62, c. 2.
* « Je suis venu au nom de mon Père » (Jean, v, 43', nous
dit Jésus. Venu pour accomplir une mission rédemptrice, 11 ne
quitte point son Père tout en se revêtant de la nature humaine,
ce que Saint Jean exprime clairement lorsqu'il dit i, 18' : « Le
Fils unique qui est dans le sein du Père l'a lui-même fait
connaître. » C'est donc en toute rigueur d'expression que les
paroles de complaisance divine prononcées au baptême de Jésus
et sur le Thabor s'adressent au Verbe fait chair : <> Celui-ci est
mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances. » iMat,,
III, 17 ; XVII, 5'.
- « Comme le Père me connaît, je connais le Père. » 'Jean,
X, i5). — « Dans ces derniers temps Uieu nous a parlé par le
Fils qu'il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il
a fait les mondes, et qui est la splendeur de sa gloire et Xem-
preinte de sa substance. » Hler., 1, 2, 3 .
AMOUR DU A JESUS PRÊTRE 245
sainteté le Sauveur du monde portant l'em-
preinte de l'humanité déchue ; et il se plaît à Le
contempler dans l'œuvre de restauration qu'il
a entreprise '. Pour qu'il puisse l'opérer, il L'a
honoré d'un Sacerdoce divin et il L'a constitué
la propre Victime de son Sacrifice; et il L'aime
comme le réparateur de sa sainteté outragée -.
En considérant les deux aspects divins sous
lesquels Jésus se présente à nous : l'un dans sa
' « Nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé
son Fils comme Sauveur du monde. » I Jean, iv, 14J. — « Voilà
pourquoi le Père m'aime, parce que je donne ma vie. » (Jean,
X, 17 •
■■' « Lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés
avec Dieu par la mort de son Fils. » (Rom., v, 10;. — « Le
Christ s'est humilié, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la
mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné
un nom au-dessus de tout nom. » (Phil., m, 8, 91. — Ce qui lait
dire à Saint Thomas : « Dieu aime le Christ non seulement plus
que tout le genre humain, mais encore plus que toutes les créa-
tures qui sont sorties de ses mains, car il lui a voulu le plus
grand bien et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout
nom, comme étant vrai Dieu, il ne lui a rien fait perdre de son
excellence en le livrant à la mort pour le salut du genre hu-
main, puisqu'il en est sorti glorieusement victorieux. » I p.,
(}. 20, a. 4, ad 1 1.
Saint Paul a raison de nous inviter « à rendre grâces à Dieu
le Père, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres, et nous
a fait passer dans le royaume du Fils de sa dilection, en qui
nous avons la rédemption par son sang, et la rémission des
péchés.» Col., i, 12-14. ^c à quoi Saint Thomas ajoute:
« L'Apôtre nomme le Christ le Fils de la dilection de Dieu,
pour exprimer la surabondance infinie de l'amour que Dieu
a pour lui. » (I p., q. 41, a. 2, ad 2).
246 DU SACERDOCE DE JESUS
vie indéfectible et éternelle, l'autre dans sa vie
humaine et mortelle, ne peut-on pas dire en
toute vérité qu'en Dieu le Père il y a pour son
Fils un double amour également saint et égale-
ment adorable : celui qui fait partie de son es-
sence dans son sein, et celui qu'il Lui porte
comme Prêtre-Victime dans le temps.
De toute éternité il Le contemple, et cette con-
templation fait sa gloire et sa béatitude. Sous
les dehors de l'humanité, son Sacerdoce rayonne
les mêmes clartés éternelles et les mêmes inef-
fables perfections, et le Père confond ses com-
plaisances du temps avec celles de l'éternité.
Jésus Prêtre, c'est encore et toujours son Fils
bien-aimé '. Jésus Prêtre, c'est le Jésus chargé
de la mission divine qu'il Lui a donnée-. Jésus
Prêtre, c'est le Jésus qui doit lui rendre l'huma-
nité qu'il a perdue . Jésus Prêtre, c'est le restau-
rateur de sa gloire divine *. Jésus Prêtre, c'est le
1 « Vous m'avez aimé avant la constitution du monde. »
Jean, xvii, 24.
- « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. »
(Jean, v, 20). — « Le Père aime le Fils et a tout mis entre ses
mains. » (Jean, ni, 35).
3 « Dieu n'a pas envoyé son Fils unique dans le monde pour
juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »
Jean, m, 17.
^ Selon les paroles de l'Ange à Marie : « Voilà que vous con-
cevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et vous l'ap-
pellerez du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils
AMOt'R DU A JESCS PRÊTRE 247
Jésus glorieux par lequel les anges et les saints
le loueront éternellement '. A tous ces titres, Il
mérite d'être aimé souverainement, d'être aimé
comme s'aime lui-même le Père, d'être aimé de
ce même amour d'où procède dans la Divinité le
Saint-Esprit, la troisième Personne de la Sainte
Trinité -.
N'est-ce point la doctrine que nous a révélée
Jésus Lui-même, lorsque Prêtre de Dieu II nous
a enseigné les vérités éternelles? Entendons-Le,
à l'heure où II va terminer sa mission ici-bas,
par conséquent dans le plein exercice de son
Sacerdoce, proclamer que l'amour que Lui porte
son Père est le même que son amour éternel :
« O Père, vous m'avez aimé avant la constitution
du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de
David son père, et il régnera éternellement sur la maison de
Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Luc, i, 3i-33i. —
« Le Fils de l'homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui. »
(Jean, xiii, 3t ).
• « Celui qui avait été abaissé pour un peu de temps au-
dessous des anges, c'est-à-dire Jésus, nous le voyons, à cause
de ses souffrances et de sa mort, couronné de gloire et d'hon-
neur. » Hébk., u, 9 . — « Auquel des anges a-t-il jamais été dit:
Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui .•* Et encore : Je
serai son Père, et /'/ sera mon Fils ? Et de nouveau, lorsqu'il
introduit son premier-né dans le monde, il dit : Que tous les
anges de Dieu l'adorent... Quant au Fils: ton trône, ô Dieu,
est dans les siècles des siècles. » (Hébk., i, 5, 6, 8'.
^ « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ;
et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui
est né de lui, » I Jean, v, i.
248 DU SACERDOCE DE JESUS
du monde ' ». Et pour montrer que cet amour
tient essentiellement à sa Personne et produit
sur la terre comme au ciel cette union ineffable
qui existe en Dieu de toute éternité, Il déclare
que son Père et Lui ne font qu'une même chose :
«< Qui me voit, voit aussi le Père. Je suis dans le
Père et le Père est en moi - ».
Pensons donc souvent à ces grandes et douces
vérités, et trouvons-y un aliment précieux à
notre foi, à notre piété et à notre amour. Appre-
nons de Dieu le Père à considérer son Verbe
surtout sous l'aspect de son Sacerdoce, à L'ai-
mer comme il L'aime et à demeurer en Lui
comme il v demeure.
II. — L'amour de Jésus
pour SOI? propre Sacerdoce
Du cœur du Père pénétrons dans celui du
Fils. Nous allons évidemment y trouver les
mêmes sentiments et les mêmes volontés, puis-
qu'ils n'ont essentiellement qu'une même na-
ture et qu'il n'y a rien dans le Fils qui ne soit
une image parfaite de ce qu'il y a dans le Père.
' JeAX, XIV, 9, 11. — - IlMU.
AMOUR DU A JESUS PRETRE 249
Dès lors, tout ce que nous avons dit de l'amour
du Père pour le Sacerdoce de Jésus, nous pou-
vons l'appliquera Jésus Lui-même avec la même
vérité.
Néanmoins, il y a en Jésus des nuances qui
tiennent à son caractère de Verbe incarné et
à la mission divine qu'il a reçue. Indépendam-
inent de l'amour qu'il se porte personnellement,
en tant que son Sacerdoce tient à son essence et
qu'il aime nécessairement tout ce qui Le cons-
titue dans son état d'Homme-Dieu, 11 s'aime sou-
verainement comme Prêtre parce qu'il a reçu
cet honneur de son Père '. Il voit dans son Sa-
cerdoce la pensée de son Père, qui le premier
L'a contemplé comme Prêtre ; la volonté de son
Père, qui a décrété qu'il serait Prêtre dans l'hu-
manité ; l'amour de son Père, qui a concentré
sur son Fils Prêtre les ardeurs infinies de sa
charité divine.
Il ne peut considérer son Sacerdoce sans y
voir le sceau des perfections divines. Tout ce
qu'il y a de sainteté en Dieu, le Père l'a commu-
niqué au Sacerdoce de son Fils. Il en a fait le
' « Le Christ ne s'est point arrogé à lui-même la dignité de
pontife, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : « Tu es mon
rils, je t'ai engendré aujourd'hui. Comme il dit dans un autre
endroit : Tu es Prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchi-
sédech, » Hébr., v, 5, 6.
230 DU SACERDOCE DE JESUS
Prêtre saint par excellence ', dans lequel il se
complaît comme il le fait éternellement dans le
Verbe; il est en Lui et ne fait qu'un avec Lui.
Cette pensée que son divin Père ne peut ni Le
voir ni L'aimer indépendamment de son Sacer-
doce,— puisque par l'Union hypostatique qui L'a
constitué Prêtre, sa nature est indissolublement
et éternellement unie à sa Personne divine, — Lui
rend ce Sacerdoce divinement cher et le Lui fait
aimer de l'amour même qu'il porte à son Père.
Jésus, en outre, se sait Prêtre pour accomplir
ici-bas une mission de glorification divine. Dieu
a été offensé, le péché l'a outragé, a vicié l'œuvre
de ses mains et l'a frustré de la gloire qu'il atten-
dait de ses créatures. C'est au Sacerdoce de son
Verbe incarné que Dieu le Père a confié la tâche
sublime de la restauration de sa gloire dans l'hu-
manité. Comment Jésus n'aimerait-Il pas d'un
même amour son Père et sa mission, sa mission
et son Sacerdoce, puisque désormais le Père
ineff^ablement aimé dans le sein de la Trinité
Sainte ne peut pas l'être parfaitement sur la
terre si son Fils Prêtre ne lui rend la gloire qu'il
a perdue -' ?
' « Il convenait que nous eussions un tel pontife, saint, in-
nocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les
cieux. » Hébr., vu, 26.
2 « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais
AMOUR DU A JESUS PRÊTRE 231
Mais Jésus a un autre motif non moins im-
périeux d'aimer son divin Sacerdoce. Il a été
établi Prêtre pour glorifier son Père, mais en
accomplissant une œuvre nettement détermi-
née : le salut du monde. Jésus aime l'humanité,
et dans l'humanité son Sacerdoce ; ces deux
amours sont désormais inséparables. Il a été
donné au monde comme Prêtre, et l'humanité
est devenue la cause occasionnelle de son Sa-
cerdoce '.
C'est par sa puissance sacerdotale qu'il dé-
livrera l'humanité de ses chaînes ; c'est par
l'amour qui brûle son cœur de Prêtre qu'il ac-
courra au-devant de toutes les misères, pour les
soulager ; c'est par le Sacrifice que son Sacer-
doce doit offrir, qu'il expiera tous les péchés
des hommes et opérera leur salut éternel. S'il
n'était pas Prêtre, l'humanité ne serait pas sau-
vée ; et alors II aime son Sacerdoce par lequel
seul II peut accomplir sa mission divine, d'un
la volonté de celui qui m'a envoyé. » (Jean, vi, 38 . — « J'ai
gardé les commandements de mon Père et je demeure dans
son amour. » jJean, xv, lo .
' « Il n'y a rien de plus puissant, dit justement le Docteur
angélique, pour provoquer notre amour envers Dieu que son
Verbe, par qui tout a été fait, qui a pris notre nature f>our la
réparer, étant en même temps Dieu et homme. Parce que, par
là, il nous est parfaitement démontré combien l'amour de Dieu
pour l'homme est grand, puisque, pour le sauver, il s'est fait
homme lui-même. » Op. 3, c. 5.
252 DU SACERDOCE DE JESUS
amour égal à celui qu'il porte à l'humanité.
Par son Sacerdoce Jésus est essentiellement
uni à la Victime qu'il doit immoler. La Victime
n'arrivera à sa perfection que si le Prêtre l'oflre
en sacrifice ; la seule pensée qu'elle Lui a été
confiée à cette fin, L'attache également à son
Hostie et à son pouvoir sacrificateur. Jésus, sa-
chant qu'ici-bas la gloire de Dieu et la réhabili-
tation de l'humanité reposent sur l'immolation
de la Victime, et que Lui seul est chargé de ver-
ser son sang, confond dans un même amour son
Sacerdoce et sa Victime.
A tous ces puissants motifs d'amour s'en ajoute
un dernier, non moins pressant et universel.
Jésus voit dans son Sacerdoce le Sacerdoce de
tous les Prêtres de l'avenir. Ce que sa puissance
sacerdotale aura opéré d'une manière sanglante
par le Sacrifice du Calvaire, ses Prêtres l'opére-
ront d'une manière mystique mais réelle sur
tous les autels de l'univers. Tout ce qui s'écou-
lera de bienfaits, d'ainour, de miséricorde, de
vie et de salut par le ministère des Prêtres de
tous les temps et de tous les lieux, a sa source
unique dans son propre Sacerdoce.
C'est Lui le Prêtre par excellence, le seul vrai
Prêtre marqué du sceau d'un Sacerdoce éter-
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 253
nel, le Prêtre unique possédant l'essence de
tout Sacerdoce, le Prêtre vivant et agissant dans
tous les Prêtres du monde ', Il multiplie ainsi
quasi à l'infini l'amour qu'il porte à son Sacer-
doce, en en voyant le prolongement dans la mul-
titude des âmes sacerdotales qui en reçoivent
l'empreinte.
Nous sommes trop misérables pour compren-
dre la sublimité de cet amour, mais nous pou-
vons nous en faire au moins une faible idée,
en considérant combien tout est divin et digne
d'amour dans un Sacerdoce qui puise sa puis-
sance dans la Divinité et dont les efficacités sont
éternelles.
Représentons-nous souvent Jésus, notre ten-
dre Maître et notre adorable Sauveur, honoré
de sa dignité sacerdotale, se contemplant et s'ai-
mant dans les sublimités de son Sacerdoce, por-
tant partout dans son caractère sacré la gloire
de Dieu et les grâces du salut. Accourons à Lui
et entrons dans son Cœur de Prêtre, pour ap-
prendre à L'aimer comme II s'aime -.
^ Voir la note * de la page 72.
'^ « Ayez en vous les mêmes sentiments dont était animé le
Christ Jésus. » Phil., ii, 5.
254 DU SACERDOCE DE JÉSUS
III. — Motifs de notre amour
pour Jésus Prêtre
Il est certes bien difficile de connaître Jésus
et de L'aimer comme II le mérite, sans Le con-
naître et L'aimer comme Prêtre. Ce n'est pas
parce que nous L'aurons honoré dans les di-
verses phases de son existence terrestre, que
nous Lui aurons décerné des titres de Seigneur
et de Maître, de Roi et de Législateur, de Doc-
teur et de Thaumaturge, et même de Messie et
de Sauveur, que nous aurons compris tout ce
qu'il est comme Verbe incarné et que nous au-
rons saisi l'essentiel de sa mission divine.
Tant que Jésus ne nous apparaîtra pas sous
l'aspect de son Sacerdoce, nous ne pourrons
avoir une intelligence éclairée et une connais-
sance exacte de ce qu'il est comme l'Envoyé du
Père et des moyens par lesquels II atteint la fin
de sa venue ici-bas.
Pour L'aimer d'un amour correspondant aux
droits qu'il a d'être aimé par l'humanité, nous
devons Le considérer comme Prêtre, car ce n'est
qu'à ce titre que nous pourrons comprendre
qu'il est réellement notre Sauveur.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 255
Si nous avons été purifiés de nos péchés \
si nous avons reconquis nos droits au ciel -, si
nous sommes redevenus les enfants de Dieu ^, si
nous sommes comblés de tant de bienfaits et de
grâces qui préludent pour nous à notre bonheur
éternel ' : nous le devons à Jésus Prêtre, car ce
n'est que par la puissance de son Sacerdoce
qu'il a opéré cette œuvre de salut.
Comme Maître souverain de toutes choses,
Il pouvait exiger de nous obéissance et sou-
mission ; comme Législateur suprême. Il pou-
vait nous imposer des lois ; comme prédicateur
d'une doctrine divine, II pouvait nous ensei-
gner; comme possesseur d'une puissance infinie,
II pouvait multiplier les miracles ; mais comme
■• « Le Christ s'est offert une fois pour effacer les péchés. »
Hébr., IX, 28.
- « Nous avons l'espérance A^entrer dans le sanctuaire par
le sang du Christ. » Hébr., x, 19.
3 « Dieu a envoyé son Fils, pour qu'il rachetât ceux qui étaient
sous la loi, pour que nous reçussions Xadoption des fils. » (Gal.,
IV, 4, 5 . — « Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en
Jésus-Christ. » iGal., m, 261. — « Voyez quel amour le Père
nous a témoigné, pour que nous soyons appelés les enfants de
Dieu et que nous le soyons en effet. » (I Jean, ni, 1 1.
"* « Nous sommes dès maintenant enfants de Dieu ; et ce que
nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que
lorsque ce sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce
que nous le verrons tel qu'il est. Et quiconque a cette espé-
rance en lui se sanctifie, comme il est saint lui-même. » I Jean,
m, 2, 3.
256 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Prêtre seulement II pouvait disposer d'une Vic-
time divine et nous sauver '.
Cela ne suffit-il pas pour nous gagner à l'amour
de Jésus Souverain Prêtre? Pensons que nous
sommes pécheurs et que c'est Lui qui nous a
justifiés-; rappelons-nous la multitude de nos
péchés et la miséricorde dont II a usé à notre
égard ■ ; considérons dans l'enfer la place que
peut-être nous aurions dû occuper et celle qu'il
nous a réservée dans le ciel '. Si Jésus, par la
puissance et l'amour de son Sacerdoce, ne nous
avait pas lavés dans le Sang de l'Agneau et mé-
rité une gloire sans fin dans la béatitude, nous
serions encore des condamnés au supplice éter-
nel \ Y aura-t-il jamais trop d'une vie pour bé-
^ Il C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime de
propitiation, par la foi en son sang, pour manifester sa justice
par le pardon des péchés passés. » Rom., m, 25.
^ i< Dieu fait éclater son amour pour nous en ce que, lorsque
nous étions encore des pécheurs, au temps marqué, le Christ
est mort pour nous. » Rom., v, S, 9.
•' Il Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de l'amour ex-
trême dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos
péchés, nous a rendu la vie dans le Christ. » Ephés., ii, 4, 5.
■* i< Il nous a arrachés à la puissance des ténèbres et nous a
fait passer dans le royaume du Fils de sa dilection, en qui nous
avons la rédemption par son sang, et la rémission des péchés. »
Col., I, i3.
'-> « C'est pourquoi il est le médiateur d'un nouveau testa-
ment, afin que la mort étant intervenue pour le rachat des
iniquités commises sous le premier testament, ceux qui sont
AMOUR DU A JÉSUS PRKTKE 257
nir et aimer le Souverain Prêtre qui nous a
sauvés ?
Ce culte d'amour rendu à Jésus dans son
Sacerdoce ne s'appuie pas seulement sur des
souvenirs et des bienfaits divins résultant de
sa mission sacerdotale autrefois accomplie, il
prend également sa source dans le mystère de
la présence perpétuelle du Prêtre Eternel au
Très Saint Sacrement de l'autel.
Nous possédons avec nous le Jésus Prêtre
qui par son Sacrifice a obtenu la rédemption
du monde ; nous sommes, de sa part, l'objet des
mêmes tendresses divines que pendant sa vie et
à sa mort ; Il met chaque jour à notre disposi-
tion tous les mérites et toutes les grâces, fruit de
son tout-puissant Sacerdoce ; Il nous redit par
la perpétuité et le voisinage de sa Présence que
son amour pour nous n'a pas changé, puisque
par le ministère de ses Prêtres, Il continue d'of-
frir en sacrifice la même Victime qu'il a immolée
appelés reçoivent X héritage de la vie éternelle. » Hébr., ix, i5^.
— « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, et qui
ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de
l'Agneau. C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu
et ils le servent jour et nuit dans son temple. L'Agneau qui est
au milieu du trône sera leur pasteur, et il les conduira aux
sources des eaux de la vie. » (Apoc, vu, 14, i5, 17).
258 DU SACERDOCE DE JÉSUS
sur le Calvaire '. Poussant plus loin son amour,
Il maintient son Sacerdoce dans une activité
constante et II consacre sur tous les autels du
monde le Pain vivant dont II nourrit les âmes
pour la vie éternelle '.
Que faudrait-il donc de plus pour nous rap-
peler que Jésus est Prêtre, qu'il nous a sauvés
comme Prêtre, qu'il nous aime comme Prêtre,
et qu'il sera éternellement comme Prêtre la
cause de notre gloire et de notre béatitude?
Que faudrait-il encore pour nous attirer à Jésus
Prêtre, pour nous convaincre que nous de-
' « On appelle, dit Saint Thomas, la célébration de l'Eucha-
ristie X immolation du Christ pour deux raisons. i" Parce que,
comme le dit Saint Augustin, les images ont coutume d'être ap-
pelées du nom des choses qu'elles représentent. Or, la célébra-
tion de l'Eucharistie est une image représentative de la pas-
sion du Christ, qui est sa véritable immolation. 2" Quant à
l'effet de la passion du Christ ; car ce Sacrement nous fait par-
ticiper aux fruits de la passion du Seigneur. C'est pour cela
qu'il est dit dans une oraison : que toutes les fois qu'on célèbre
la mémoire de cette victime, on exerce l'œuvre de notre ré-
demption. » III p., q. 83, a. i.
« Comme la célébration de l'Eucharistie est une image qui
représente la passion du Christ, de même Xautel est la repré-
sentation de la croix sur laquelle le Christ a été immolé dans
son espèce propre. » Ism., ad 3.
- « Il n'y a <\\xune Hostie, celle que le Christ a offerte et
que nous offrons ; il n'y en a pas plusieurs, parce que le Christ
n'a été offert qu'une fois. Ce sacrifice est le modèle de celui-ci.
Car, comme ce qui est offert partout n'est qu'un seul corps et
n'en forme pas plusieurs ; de même /'/ n'y a qu'un seul sacri-
fice. » S. Thom., III p., q. 83, a. i, ad i.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 239
vons tout à son Sacerdoce, pour nous embraser
d'amour pour Lui et pour Lui consacrer notre
vie comme II nous a donné la sienne ?
IV. — Manifestations de notre amour
pour Jésus Prêtre
Il n'y a de doute pour personne que nous som-
mes tenus essentiellement de rendre à Jésus, en
sa qualité de Prêtre, des hommages particuliers
et un amour proportionné aux grâces immenses
qui nous sont venues par son Sacerdoce. Ce de-
voir ne peut aucunement rester une théorie, il
doit être réduit en pratique, sous peine de de-
venir bientôt inefficace et illusoire.
Lorsqu'il s'agit d'aimer, il n'est pas nécessaire
de faire beaucoup de raisonnements, il suffit de
mettre son cœur en mouvement et de le laisser
agir. Lorsque l'objet de son amour n'est plus
simplement une créature, mais Jésus Lui-même,
il n'y a qu'à Le bien connaître, pour L'aimer
sans mesure. Lorsque l'on veut répondre aux
exigences divines d'un tel amour, on en varie
les formes et les manifestations suivant les mys-
tères et les aspects sous lesquels Jésus s'offre à
nos pieuses considérations. Du moment qu'il est
260 DU SACERDOCE DE JÉSUS
admis que Jésus veut être aimé avant tout dans
son Sacerdoce, et que nous-mêmes nous voulons
L'aimer pratiquement de la sorte, il est impor-
tant de connaître nos devoirs à cet égard.
Le premier de ces devoirs est de ne plus rester
dans le vague et l'indéterminé vis-à-vis du Sa-
cerdoce en Jésus. Jésus est Prêtre, Il a vécu
comme Prêtre, Il a accompli dans toute sa vie
des œuvres sacerdotales, Il a rempli la fin de
son Incarnation par l'offrande de son Sacrifice
rédempteur : c'est donc en tant que Prêtre qu il
faut L'honorer dans tous ses mystères *.
Rien n'empêche d'avoir une dévotion spéciale
soit à son enfance, soit à sa vie cachée, soit à
sa vie publique, soit à sa Passion et à sa mort ;
mais sans oublier qu'il est toujours Prêtre à
1 Ce que le Docteur angélique dit de la prière de Jésus, en
la considérant sous l'aspect de son Sacerdoce, peut se dire éga-
lement de tous les autres actes du Sauveur pendant sa vie. Ré-
pondant à une objection, il s'exprime ainsi : « La prière, quoi-
qu'elle appartienne aux prêtres, n'est cependant pas propre à
leur office ; car il convient à chacun de prier pour soi et pour
les autres. Et ainsi on pourrait dire que la prière par laquelle
le Christ a prié pour lui-même n'était pas un acte de son Sacer-
doce. Mais il semble qu'on ne puisse pas faire cette réponse,
parce que l'Apôtre ayant dit ( Hébr., v, 6 : « Vous êtes Prêtre
éternellement selon l'ordre de Melchisédech », ajoute : « Pen-
dant le temps qu'il était dans sa chair mortelle, il offrit avec de
grands cris et avec larmes ses prières et ses supplications à
celui qui pouvait le sauver de la mort. » Par conséquent, il
paraît que la prière par laquelle le Christ a prié appartient
à son Sacerdoce. » III p., q. 22, a. 4, ad 1.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 261
toutes les époques et dans toutes les circons-
tances de sa vie. Il n'a été enfant, adolescent,
ouvrier, prédicateur, humilié et souffrant dans
sa Passion que pendant un temps ; mais Prêtre,
Il l'a été depuis son Incarnation jusqu'à son der-
nier soupir ', et 11 le demeurera éternellement.
Voilà une forme d'amour pratique : considérer
Jésus comme II se considère Lui-même, Prêtre
d'abord, puis ramener tout le reste à son Sa-
cerdoce.
S'il en est ainsi, nous voudrons Le mieux con-
naître en sa qualité de Prêtre et nous sentirons
le besoin d'étudier plus à fond la nature, les per-
fections, les grandeurs, les effets et les efficacités
de son Sacerdoce-
Cette étude méditée du Sacerdoce en Jésus de-
viendra notre préoccupation ; nous y trouverons
notre bonheur, nous aimerons à en entendre
parler, nous profiterons de toutes les circons-
tances pour nous en entretenir ; nous lirons de
préférence les livres qui traitent de ce sujet ;
* « Le Christ, en entrant dans le monde, dit : Vous n'avez
pas voulu de sacrifice ni d'offrande, mais vous m'avez formé un
corps ; les holocaustes et les sacrifices pour le péché ne vous
ont pas plu. Alors j'ai dit : Voici, je viens, ô Dieu, pour faire
votre volonté. C'est en vertu de cette volonté que nous avons
été sanctifiés par Voblation du corps du Christ.» Hébr., x, 5-7, lo.
262 DU SACERDOCE DE JÉSUS
nous ne négligerons rien pour en avoir une plus
grande intelligence ; nous en nourrirons notre
science et notre piété et nous prendrons tous les
moyens de croître dans l'amour fondamental de
Jésus Prêtre •.
Nous nous habituerons à lire le saint Evangile
dans cet esprit ; nous y recourrons fréquem-
ment, en vue de développer en nous la connais-
sance et 1 amour du Sacerdoce de Jésus. Les
scènes de sa vie, ses enseignements, ses mira-
cles, ses vertus, les moindres de ses paroles, les
circonstances diverses dans lesquelles II s est
trouvé, les pays qu'il a parcourus, les manifes-
tations successives qu'il a faites de sa Divinité,
de sa mission et de sa qualité de iMessie, ses
tendres relations avec sa divine Mère, le choix
et l'éducation de ses Apôtres, sa poursuite des
pécheurs, sa bonté pour les foules, l'institution
de l'Eucharistie et du Sacerdoce, sa Passion et
sa mort, sa résurrection et son ascension au
ciel : tout nous Le révélera dans sa qualité de
Souverain Prêtre.
' Lorsque Saint Paul se glorifie « de ne pas savoir autre
chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » I Cor., 11, 2),
il exprime par là même le culte et l'amour qu'il portait au Sa-
cerdoce de Jésus, le Prêtre étant inséparable de la Victime, et
Jésus n'étant un Jésus crucifié que parce qu'il était en même
temps un Jésus sacrificateur.
AMOUR DU A JÉSLS PRÊTRE 263
Placés dans ce cadre admirable, celui-là même
dans lequel Jésus a vécu sur cette terre, tous les
instants et tous les actes du Sauveur des hommes
prennent une teinte d'éternelle vérité et d'amour
infini. C'est Jésus tel qu'il est sorti du sein de
Dieu ; c'est le Prêtre Eternel envoyé dans le
monde pour le purifier, l'instruire, le sanctifier
et le sauver. Si nous aimons Jésus, ne Le dé-
figurons pas, gardons- Lui toute la beauté, la
sainteté, la physionomie divine de son éternel
Sacerdoce.
Notre amour toutefois ne peut se borner à
aimer et à vivre avec Jésus Prêtre dans le
passé, lorsqu'il vit dans le présent et qu'il de-
meure avec nous dans le Sacrement de son
Sacerdoce et de son amour. Nous ne compren-
drions qu'imparfaitement l'Eucharistie, si nous
n'avions qu'une foi générale en sa Présence
réelle, sans réfléchir que Jésus y demeure dans
la réalité et l'efficacité de son Sacerdoce.
Si Jésus est là. Il y est tout entier et tel qu'il
était sur la terre. En quittant le monde et en se
faisant Sacrement, Il n'a rien modifié de son
état d'Homme-Dieu, de sa mission divine et du
caractère sacré par lequel II l'a accomplie. L'Hos-
tie, c'est tout Jésus, ou ce n'est pas Lui ; c'est
264 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Jésus Prêtre, ou ce n'est plus le même Jésus '.
S'il a mérité l'adoration des bergers et des
Mages à la Crèche, s'il a fait la joie et les délices
de sa Mère et de son Père nourricier à Nazareth,
s'il a été l'objet des acclamations enthousiastes
des foules, s'il a été proclamé solennellement le
' Saint Thomas explique ainsi le mystère de la Présence
réelle: « Il y a dans ce Sacrement quelque chose du (christ de
deux manières : i" D'après la force du sacrement; 2" d'après la
concomitance réelle. D'après la force du sacrement, il y a sous
les espèces sacramentelles ce en quoi la substance préexistante
du pain et du vin est directement convertie ; par exemple,
quand on dit : Ceci est mon corps, ou Ceci est mon sang. —
D'après la concomitance naturelle il y a dans ce sacrement ce
qui est réellement uni à la chose que la conversion a pour
terme; car si deux choses sont réellement unies, partout où
l'une existe réellement, il faut que l'autre existe aussi. » ylll p.,
q. 76, a. 1).
« La conversion du pain et du vin n'ayant pour terme ni la
divinité ni l'âme du Christ, il s'ensuit que la divinité ow l'âme
du Christ n'existe pas dans ce sacrement par la force du sacre-
ment, mais d'après la concomitance réelle. Car la divinité
n'ayant jamais quitté le corps qu'elle a pris, partout oii le corps
du Christ existe, il est nécessaire que sa divinité existe aussi.
C'est pourquoi il est nécessaire que la divinité du Christ existe
dans l'Eucharistie concomitamment avec son corps.
« Quant à l'âme, elle a été réellement séparée du corps. C'est
pourquoi si, dans les trois jours où il a été mort, on eût consa-
cré, l'âme du Christ n'aurait été là ni par la force du sacrement
ni par la concomitance réelle. Mais parce que le Christ « qui
est ressuscité d'entre les morts ne meurt plus », d'après Saint
Paul (RoM., VI, 91, son âme est réellement toujours unie à son
corps. C'est pour cela que dans ce sacrement le corps du Christ
y est par la force sacramentelle, tandis que son âme y est par
la concomitance réelle. » Ibid., ad 1.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 265
Fils des complaisances éternelles du Père cé-
leste, s'il est actuellement au ciel la cause et la fin
des louanges et de l'amour de la Patrie ; comment
ne mériterait-Il pas d'être traité de la même ma-
nière au Très Saint Sacrement, puisque tous ces
honneurs et tout cet amour du passé s'adressent
au même Souverain Prêtre qui vit à nos côtés ?
Aimons donc Jésus notre Prêtre là où II est,
ne Lui faisons pas l'injure de L'y méconnaître ou
de ne pas L'y honorer dans son Sacerdoce. Tant
que notre amour ne nous portera pas vers Lui,
en tant qu'il est le Prêtre Eternel que le Père
nous a donné et qui nous a sauvés, nous tien-
drons voilé au regard de notre âme le plus su-
blime et essentiel caractère de notre divin Sau-
veur et le titre le plus grand et le plus attrayant
qu'il a à notre amour.
Aimer Jésus, c est aimer l'Eucharistie ; aimer
l'Eucharistie, c'est aimer Jésus dans la réalité et
les sublimités de son Sacerdoce.
V. — L'antour spécial du Prctrc
envers Jésus principe de soi? Sacerdoce
Si tous les hommes doivent aimer le Sauveur
qui les a rachetés et avoir un culte spécial pour
Jésus en sa qualité de Prêtre, puisque c'est uni-
266 DU SACERDOCE DE JÉSUS
quement par son Sacerdoce qu'il a eu la puis-
sance d'immoler la Victime de notre salut ; que
dire de l'amour que le Prêtre doit porter à Celui
en qui il a puisé son caractère sacerdotal et qui
est l'unique et divin principe de son Sacerdoce ' ?
Le monde entier serait, par impossible, plongé
dans l'aveuglement et ignorerait totalement
Jésus et son Sacerdoce, que jamais le Prêtre
ne devrait connaître de semblables ténèbres ;
sinon, ce serait s'ignorer soi-même et ne pas
même croire à sa propre existence. Avant de
' Nous avons démontré à plusieurs reprises, dans le cours de
cet ouvrage, qu'il n'y avait qu'un seul Prêtre : Jésus, comme
une seule Victime et un seul Sacrifice ; de même que le Sacer-
doce, dont sont honorés les Prêtres, n'est qu'une participation
au Sacerdoce même de Jésus. C'est ainsi que Jésus demeure le
Prêtre unique opérant par l'intermédiaire de ses Ministres et
continuant dans le monde sa mission rédemptrice. Saint Tho-
mas en donne la raison évidente : « Puis donc que le Christ
devait priver l'Eglise de sa présence corporelle, il était néces-
saire qu'il établit d'autres hommes pour ses ministres, afin
de dispenser les sacrements aux fidèles, selon cette parole de
l'Apôtre (l Cor., iv, ij : «Que les hommes nous regardent
comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mys-
tères de Dieu. » Aussi, il a confié à ses disciples la consécration
de son corps et de son sang, on leur disant Luc, xxn, 19) :
« Faites ceci en mémoire de moi. » Il leur a aussi donné le pou-
voir de remettre les péchés, selon ce que nous lisons Jean, xx,
23» : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. »
Il leur a encore imposé l'obligation d'enseigner et de baptiser,
en ces termes Mat., xxvm, 19» : « Allez, enseignez toutes les
nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-
Esprit. » Contr. Gent., L. 4, c. 74.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 267
recevoir l'onction sacerdotale, le Prêtre vivait
d'une vie commune à tous les hommes ' ; mais
depuis qu il a reçu dans son âme l'empreinte
indélébile du Sacerdoce même de Jésus-, il vit,
en tant que Prêtre, d'une vie qui n'est pas la
sienne, mais qui est celle de Jésus en lui ^.
En effet, Jésus Prêtre a pris possession de
l'âme de son Prêtre, Il y a déposé tout son Sa-
cerdoce, avec sa puissance et son efficacité di-
vines ', avec la même mission qu'y a attachée son
Père ^ et avec les mêmes assurances de salut et
de vie éternelle '•. Ce que Jésus est par essence,
' « Tout pontife est pris d'entre les hommes. » Hébr., v, 1 .
■2 « Le caractère s'attache à l'âme d'une manière indélébile,
non en raison de sa perfection propre, mais à cause de la per-
fection du Sacerdoce du Christ, d'où il découle comme une
vertu instrumentale. » S. Thom., III p., q. 63, a. 5, ad 1.
3 A qui, plus qu'au Prêtre, convient-il d'appliquer les paroles
du grand Apôtre : « Ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus qui
vit en moi. » (Gal., n, 20).
•^ Ce qu'exprime Saint Thomas en ces termes, relativement
au saint Sacrifice de la Messe : « De ce que le Christ a prononcé
ces paroles ^de la Consécration , elles ont acquis une puissance
consécratoire qu'exerce tout Prêtre qui les prononce, absolu-
ment comme si le Christ était présent et qu'il les prononçât
lui-même. » III p., q. 78, a. 5.
^ « Comme mon Père tn'a envoyé, je vous envoie. » Jean,
XX, 21.
6 Voici l'enseignement de l'Ange de l'Ecole. « Quoique Dieu,
dit-il, opère l'effet intérieur des sacrements, comme agent prin-
cipal, néanmoins l'homme peut aussi y coopérer comme mi-
nistre. L'on peut opérer un eiïet de deux manières : i^' comme
268 DU SACERDOCE DE JÉSUS
le Prêtre l'est par participation. Il n'y a qu'un
Prêtre, c'est Jésus ; il n'y a qu'une action sa-
cerdotale, c'est celle de Jésus *. Le Prêtre ne se
conçoit pas plus en dehors du Sacerdoce de
Jésus, que Jésus sans la qualité de Prêtre que
Lui a conférée son Père pour accomplir sa mis-
sion rédemptrice.
Le Prêtre est Prêtre pour l'éternité ; le Sa-
cerdoce qu'il a reçu est un Sacerdoce éternel,
agent principal ; 2" comme instrument. De la première manière
il n'y a que Dieu qui opère l'effet intérieur des sacrements ; soit
parce que seul il pénètre dans l'âme dans laquelle l'effet du
sacrement existe, et que l'on ne peut pas opérer immédiatement
quelque chose là où on n'est pas ; soit parce que la grâce qui
est l'effet intérieur du sacrement ne vient que de Dieu. - De
la seconde manière l'homme peut contribuer à l'effet intérieur
des sacrements, selon qu'il agit comme ministre. Car le mi-
nistre et l'instrument ont la même nature, puisque l'action de
l'un et de l'autre s'applique extérieurement : mais l'effet inté-
rieur résulte de la vertu de l'agent principal qui est Dieu. »
III p., q. 64, a. 1.
Et plus loin (a. 5, ad 11, il dit encore: «Les ministres de
l'Eglise ne purifient pas de leurs fautes ceux qui s'approchent
des sacrements et ils ne leur confèrent pas la grâce par leur
propre vertu ; mais le Christ le fait par sa puissance, en se
servant d'eux comme d'instruments. »
• « Il est évident que le Christ consacre lui-même tous les
sacrements de l'Eglise ; car c'est lui-même qui baptise, c'est lui-
même qui remet les péchés ; il est lui-même le vrai Prêtre qui
s'est offert sur l'autel de la croix, et par la puissance duquel
son corps est consacré tous les jours sur l'autel. Et cependant,
comme il ne devait pas rester corporellement présent avec tous
les fidèles, il a choisi des ministres pour dispenser ces sacre-
ments aux fidèles. » Contr. Gent., L. 4, c. 76.
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 269
comme celui de son Maître ^ Serait-il logique
qu'il soit ignorant du divin principe dont il
émane, et qu'il ne vive pas ici-bas de la grâce
de son Sacerdoce, en allant sans cesse la puiser
dans sa source, lorsqu'au ciel il en sera éternel-
lement glorifié? S'il doit préférer une science,
n'est-ce pas celle du Sacerdoce du Souverain
Prêtre ? S'il doit vivre d'un amour qui le pas-
sionne, n'est-ce point de celui que lui réclame
Jésus depuis le jour où II l'a fait son Prêtre?
Pourrait-il vraiment y avoir sur terre pour le
Prêtre un autre bonheur qu'il puisse désirer,
que celui d aimer le Jésus de son Sacerdoce?
Pourrait-il poursuivre un plus bel idéal que de
reproduire dans sa vie les vertus de son Maître ?
Pourrait-il ambitionner une plus grande gloire
que celle de travailler sans relâche à faire aimer
le Jésus Prêtre pour lequel seul il existe?
Un amour de raison ne suffit pas au cœur du
Prêtre ; il doit s'éprendre d'un amour ardent
' En raison du caractère indélébile qui s'attache à l'âme du
Prêtre par l'onction sacerdotale, comme il ressort clairement
des paroles de Saint Thomas. « Le caractère s'attache à l'âme
d'une manière indélébile... Puisque l'âme est le sujet du carac-
tère selon la partie intellectuelle dans laquelle la foi réside, il
est évident que l'intellect étant perpétuel et incorruptible, le
caractère subsiste de même dans l'âme d'une manière indé-
lébile. — C'est pourquoi, après cette vie, le caractère subsistera
dans les bons pour leur gloire, et dans les méchants pour leur
ignominie. » III p., q. 63, a. 5, c. ad \ et 3,
270 DU SACERDOCE DE JÉSUS
qui le subjugue et le consume % à l'exemple de
l'amour que le Prêtre Eternel a pour son divin
Père. Quand on a été tant aimé, il n'y a qu'un
amour de passion qui puisse satisfaire le cœur.
En vérité, n'est-ce pas dans le cœur d'un Prêtre
que l'on doit trouver le plus ardent amour pour
le Jésus Prêtre qui a aimé jusqu'à mourir pour
ceux qu'il aime - ?
* N'est-ce point le cas de répéter les paroles enflammées de
l'Apôtre ? « Quand je parlerais les langues des hommes et des
anges, si je n'ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant
ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de pro-
phétie, et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science;
et quand j'aurais toute la foi, jusqu'à transporter des monta-
gnes, si je n'ai pas la chanté, je ne suis rien. Et quand je dis-
tribuerais tous mes biens pour nourrir les pauvres, et quand je
livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité,
cela ne me sert de rien. » I Cor., xin, 1-3.
- Rappelons-nous les instances que Jésus fait à ses premiers
Prêtres, lorsqu'il les invite à s'unir à Lui, à puiser la vie en Lui,
à ne faire qu'un avec Lui, et à établir leur demeure dans son
amour. L'amour conduit à l'union, et l'union alimente et fortifie
l'amour. C'est ce qu'exprime pieusement le Docteur angélique,
quand il dit : « XJunion de l'homme avec Dieu se produit par
r amour, qui unifie en quelque sorte l'homme avec Dieu, selon
cette parole de l'Apôtre aux Corinthiens I Cor., vi, 17): «Celui
qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui. » Par le
moven de cette union. Dieu habite aussi dans l'homme, selon
ces paroles de Saint Jean (xiv. 23 1 : « Celui qui m'aime gardera
ma parole; mon Père l'aimera, nous viendrons à lui, et nous
ferons en lui notre demeure. » — Cette même union constitue
aussi l'homme en Dieu, selon ces autres paroles de Saint Jean
(1, IV, 16 : « Celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu
et Dieu en lui, »
« Celui-là donc est rendu agréable à Dieu par un don gratuit
AMOUR DU A JÉSUS PRETRE 27I
Là ne se borne pas tout le devoir d'amour du
Prêtre pour Jésus. Par sa mission il est chargé
d'enseigner la même doctrine que celle de son
Maître ', et en particulier de révéler Jésus aux
âmes, comme Jésus a révélé son divin Père. Le
caractère sacerdotal de Jésus, la mission sacer-
dotale de Jésus, l'œuvre sacerdotale de Jésus,
c'est à lui qu'il appartient de les mettre en lu-
mière et en valeur, d'y attirer l'attention des
âmes et de lui gagner l'amour des cœurs.
Ce n'est pas là simplement une dévotion et un
genre de piété accidentelle, c'est un devoir, un
devoir de vocation. Si le Prêtre ne s'évertue pas
à faire connaître et à faire aimer Jésus dans son
Sacerdoce, qui donc le fera? Et s'il ne le fait pas,
quel Jésus révélera-t-il ? Un Jésus diminué, un
Jésus incomplet, un Jésus ignoré dans le carac-
tère le plus sublime et le plus essentiel qu'il y
ait en Lui : celui de son Sacerdoce.
N'est-ce pas simplement logique que Jésus
Prêtre soit plus connu et pratiquement aimé par
reçu de lui, qui est venu à n'être plus qu'un même esprit avec
Dieu, à vivre en lui et à le posséder d'une manière permanente
par l'ardeur de la charité. Ce qui fait dire à l'Apôtre (I Cor.,
XII!, 1-3) que sans la charité les autres dons ne servent de rien
aux hommes, parce qu'ils ne peuvent se rendre agréables à Dieu
sans le secours de la charité. » Op. 2, c. 214.
* « Allez donc et enseignez toutes les nations, leur apprenant
à observer tout ce que je vous ai commandé. » Mat., xxviii, 19, 20.
272 DU SACERDOCE DE JÉSUS
ceux-là mêmes qui portent dans leur âme l'em-
preinte du Sacerdoce de leur Maître ? N'est-ce
pas à désirer que les Prêtres, et les fidèles à leur
suite, rendent davantage à Jésus dans son Sa-
cerdoce les honneurs et 1 amour auxquels II a
droit ?
Cet apostolat sacerdotal est considérablement
facilité pour le Prêtre, par le fait du ministère
qu'il remplit à l'autel et de la présence perma-
nente du Souverain Prêtre dans l'Eucharistie,
qu'il assure aux fidèles. Ce n'est plus un Jésus
éloigné et absent qu'il s'agit de faire connaître
et de proposer à l'adoration amoureuse des
âmes : c'est un Jésus présent, un Jésus im-
muable, un Jésus toujours Prêtre réclamant
pour son Sacerdoce des hommages et un amour
qui Lui sont rigoureusement dûs.
S'il est là, c'est parce que le Prêtre a puisé
dans son Sacerdoce éternel la puissance de L'y
mettre. S'il s'y donne en nourriture aux âmes,
c'est parce que le Prêtre a reçu la mission de les
faire participer à son Sacrifice, en Lui permet-
tant de perdre en elles son existence sacramen-
telle, comme II a mis fin Lui-même à son exis-
tence mortelle sur le Calvaire.
Qu'il est beau le Prêtre qui porte dans son
AMOUR DU A JÉSUS PRÊTRE 273
âme le caractère du Sacerdoce même de Jésus !
Qu'il est grand le Prêtre qui a le pouvoir re-
doutable de faire descendre Jésus du ciel et de
l'immoler à l'autel ! Qu'il est agréable à Jésus
le Prêtre qui s'éprend d'amour pour son Sacer-
doce ! Qu'il est digne de louange le Prêtre qui
est dévoré du zèle de la gloire de son Maître et
qui se fait l'apôtre de la science et de l'amour de
Jésus le Souverain Prêtre !
Quel honneur pour lui de tenir ici-bas la place
du Prêtre Eternel que Dieu le Père a donné à
l'humanité ! De quel esprit de foi et d'amour il
doit être rempli pour Celui qui lui a commu-
niqué la puissance de sa mission divine et ré-
demptrice ! Avec quel saint enthousiasme il doit
courir à la conquête des âmes, en leur révélant
le Jésus Prêtre qu'abritent tant de tabernacles
et qui a une soif si ardente d'être connu et aimé
des hommes ! Quelle passion d'amour doit être
la sienne, en considérant l'ignorance du grand
nombre à l'égard de ce mystère fondamental du
Sacerdoce de Jésus, d'où découlent la glorifica-
tion divine et le salut du monde !
Comme son cœur, qui chaque matin s'abreuve
aux sources sacerdotales de l'infinie charité, doit
soupirer après les immolations d'amour qui fe-
ront l'union plus étroite entre lui et le Jésus
Prêtre-Victime de son Sacrifice quotidien! Quelle
274 !*'-' SACERDOCE DE JESUS
science sublime, pour lui et pour les autres, de
pénétrer dans les ineflFabilités du Sacerdoce de
l'unique et divin Prêtre, pour s'en remplir et en
faire vivre les âmes ! Quelle vie pleine et féconde
que celle du Prêtre qui s'applique à rester per-
pétuellement en contact de foi et d'amour avec
le Jésus de son Sacerdoce î Quelle gloire sera la
sienne au ciel, lorsqu'il aura épuisé sa vie à étu-
dier, à aimer, à honorer, à prêcher et à révéler
le Prêtre Eternel qui fera la béatitude des élus
dans les siècles des siècles !
O Jésus, multipliez vos Prêtres et rendez-les
saints de votre propre sainteté ! Enflammez-les
d'amour pour Vous, principe et fin de leur éter-
nel Sacerdoce !
A Jésus, le Prêtre universellement aimé
O mon Jésus,
qui dans votre Sacerdoce
méritez tout l'amour du ciel
et de la terre,
je Vous aime de l'amour
que Vous porte votre Père
je Vous aime de l'amour
qui brûle votre Coeur
je Vous aime de l'amour
qui remplit le cœur
des bienheureux au ciel
et des saints sur la terre.
Je Vous aime au nom
de tous les hommes
je Vous aime par le cœur
de tous vos Prêtres
je Vous aime comme le Prêtre unique
le Prêtre Eternel
pour qui seul
je veux vivre et mourir.
VÉRITÉ ET AMODR
i
VERITE ET AMODR
« Soyez donc les imitateurs de Dieu,
comme des enfants bien-aimés, et mar-
chez dans l'amour comme le Christ,
qui nous a aimés et qui s'est livré
lui-même pour nous à Dieu comme
une oblation et une victime d'agréable
odeur. »
Ephés., V, 1, 2.
Jésus, Prêtre unique de Dieu
et des hommes
Prêtre unique — unique par son essence —
unique par sa mission — unique par sa puis-
sance — unique par ses efficacités — principe,
source, grâce et fin de tout Sacerdoce.
Prêtre nécessaire — comme intermédiaire
entre Dieu et les hommes — comme chef de
l'humanité — comme Libérateur promis —
comme Sacrificateur de la divine N'ictime.
Prêtre divin — descendu du ciel — envoyé
par Dieu son Père — consacré à la gloire divine
280 DU SACERDOCE DE JÉSUS
— opérant ici-bas une œuvre divine — destiné
au ciel à des honneurs éternels.
Prêtre pour les hommes — qu'il est venu sanc-
tifier — dont II est l'avocat auprès de Dieu —
qui s'est chargé de payer leurs dettes à la justice
divine — qui pousse l'amour pour eux jusqu'à
s'offrir Lui-même en Victime pour les sauver.
O Jésus, Prêtre du ciel
et de la terre,
révélez à mon âme
les sublimités de votre Sacerdoce
et daignez me faire participer
aux fruits de votre divine mission
dans l'humanité.
Jésus, Prêtre Eternel
Prêtre éternel dans son principe — prenant
naissance dans le sein de Dieu — recevant de
Dieu lui-même la dignité de son Sacerdoce —
vivant comme Prêtre de la vie même de Dieu.
Prêtre éternel dans le plan divin - dans le
choix qui est fait de Lui — dans les desseins di-
VÉRITÉ ET AMOUR 28I
vins éternellement arrêtés — dans la fin pro-
posée — dans les moyens employés.
Prêtre éternel dans sa durée — constitué
Prêtre pour l'éternité — destiné à une gloire
éternelle — exerçant au ciel un Sacerdoce glo-
rieux.
Prêtre éternel dans ses effets — cause de la
glorification éternelle de Dieu — de la rédemp-
tion universelle — de la gloire et de la béatitude
des bienheureux.
O mon Jésus, Prêtre Eternel
que j'espère louer et glorifier
pendant toute l'éternité,
obtenez-moi de bien comprendre
le mystère caché de votre Sacerdoce.
Jésus, Prêtre dans l'humanité
Prêtre Eternel fait Homme — divin dans sa
Personne, humain dans sa nature humaine
né d'une créature — possédant dans sa chair la
matière de son Sacrifice — se faisant Homme
pour réhabiliter en Lui l'humanité.
282 DU SACERDOCE DE JÉSUS
Prêtre en faveur des hommes — afin de les
instruire — de les purifier — de les sanctifier —
en union avec la Victime de son Sacrifice.
Prêtre vivant parmi les hommes — d'une vie
terrestre et mortelle — exerçant les fonctions de
son Sacerdoce — offrant sans cesse à Dieu l'Hos-
tie de la miséricorde et du salut.
Prêtre d'un Sacrifice divin — immolant la Vic-
time par l'effusion de son sang — acceptant la
mort de la main des hommes pour qui II meurt.
O Jésus, Prêtre adorable
envoyé ici-bas pour sauver rhumanitc
ayez pitié de ma misère
et exercez sur mon âme
les divines influences de votre Sacerdoce.
Jésus, Prêtre de la divine Victime
Prêtre en vue de la Victime — pour remplir
auprès d'elle l'office de Sacrificateur — pour la
maintenir dans son état de Victime — pour la
faire arriver à sa perfection de Victime.
VÉRITÉ ET AMOUR 283
Prêtre au premier moment de la Victime —
pour la recevoir dans la vie — pour l'avoir à sa
garde — pour en commencer aussitôt l'offrande
à la gloire de Dieu.
Prêtre devenu propriétaire de la Victime —
ayant tous les droits sur elle — exerçant sur elle
une réelle autorité — décidant de l'heure et du
mode de son Sacrifice.
Prêtre et Victime vivant dans une parfaite
harmonie de pensées — de sentiments — de dé-
sirs — de volontés — en tout et toujours — pour
la gloire de Dieu et le salut de l'humanité.
O Jésus, divin Prêtre
de la divine Victime,
pour Vous mieux connaître
et Vous mieux aiiner,
rendez-moi participant
des grâces de votre Sacerdoce
et des mérites de vos immolations.
Jésus, Prêtre dans l'exercice
de l'eblatiop de la Victime
Prêtre à la naissance de la Victime — l'entou-
rant de ses sollicitudes — la protégeant et l'as-
284 DU SACERDOCE DE JÉSUS
sistant — en faisant déjà l'Hostie de sa perpé-
tuelle oblation.
Prêtre pendant l'enfance de la Victime — la
suivant pas à pas — l'accompagnant partout —
prenant en tout l'occasion de s'offrir avec elle
en vue de leur commune mission.
Prêtre pendant la vie cachée de la Victime
— priant, travaillant, souffrant avec elle — la
préparant au grand Sacrifice — s'entretenant
avec elle de la gloire de Dieu et du salut du
monde.
Prêtre pendant la vie publique de la V ictime —
l'associant à ses prédications et à ses miracles
— partageant avec elle les humiliations, les fati-
gues, les joies et les peines — l'orientant sans
cesse vers le terme final du Sacrifice.
O Jésus qui Vous acheminez
vers le ^raiid sacrifice
de votre divine Victime
et allez terminer
votre mission sacerdotale ici-bas,
apprenez-moi à vivre
de vos enseignements
" et à accomplir toujours
vos saintes et adorables volontés.
VÉRITÉ ET AMOUR 285
Jésus, Prêtre dans le Sacrifice
de la Victime
Prêtre pour le Sacrifice — ayant à sa dis-
position une Victime à immoler — tendant
de toute la puissance de son Sacerdoce vers
cet acte suprême, couronnement de sa vie —
acquérant par là la perfection de sa mission
divine.
Prêtre soupirant après le moment du Sacri-
fice total — par amour pour Dieu son Père
— par compassion pour l'humanité — par ten-
dresse pour les saintes aspirations de la Vic-
time.
Victime vivant et mourant dans les mêmes su-
blimes dispositions du Prêtre — se livrant à son
Sacrificateur — embrassant avec amour toutes
les souffrances et toutes les humiliations du der-
nier supplice.
Prêtre et Victime consommant ensemble l'œu-
vre de la glorification divine et du rachat de
l'humanité — mettant fin à la réalisation des
décrets éternels — réconciliant le ciel et la terre
286 DU SACERDOCE DE JÉSUS
dans l'embrassement divin de la miséricorde et
de la justice.
O Jésus, divin Sacrificateur
de la Victime
qui avec Vous sauve le monde
laissez-moi m'associer
à votre éternel Sacerdoce
et m'offrir avec Vous
nu Père des miséricordes
pour qu'il me purifie
et me fasse victime
de son amour.
Jésus, Prêtre de l'ainour éternel
Prêtre aimé par Dieu le Père d'un amour puisé
dans son sein — d'un amour de complaisance
infinie — d'un amour de reconnaissance pour la
mission sacerdotale que son Verbe remplit sur
la terre — d'un amour de glorification divine
dans les splendeurs de l'éternité.
Prêtre s'aimant Lui-même comme II aime son
Père — aimant souverainement son Sacerdoce
par lequel II le glorifie — aimant en Lui le Sa-
crificateur qui immole la Victime pour le salut
du monde.
VÉRITÉ ET AMOUR 287
Prêtre méritant l'amour de l'humanité — sup-
pliant les hommes de L'aimer comme II les aime
— leur révélant son Sacerdoce afin d'en être ho-
noré et aimé comme Prêtre.
Prêtre des Prêtres — communiquant à tous
les Prêtres du monde le caractère, la puissance,
la perfection et les grâces de son Sacerdoce —
réclamant impérieusement de chacun d'eux une
science et un amour proportionnés à leur sublime
vocation — leur confiant la mission dans l'Eglise
d'un culte universel et tout d'amour envers son
Sacerdoce éternel.
O mon ineffable Jésus,
digne, dans votre Sacerdoce,
des adorations
et de l'amour éternel
des anges et des saints,
embrasez nos cœurs
d'un feu inextinguible
pour Vous aimer sans fin
dans votre double qualité
de Prêtre et de Victime.
TABLE DES MATIÈRES
Dédicace . .
Préface . .
Préliminaires
i. — Jésus ne peut pas ne pas être Prêtre .
II Jésus, le Prêtre de son Père
m. — Jésus, le Prêtre de l'humanité
'^^- — Jésus, l'unique Prêtre de l'unique Vic-
time
V. — Les sublimités du Sacerdoce en Jésus .
A Jésus, Tunique et Souverain Prêlre
CHAPITRE PREMIER
De la nécessité du Sacerdoce en Jésus 23
49
60
70
77
87
CHAPITRE DEUXIÈME
Le Sacerdoce éternel de Jésus 91
I. — Sacerdoce éternel dans son origine . . c)3
II. — Sacerdoce éternel dans le plan divin . . 98
290 DU SACERDOCE DE JESUS
III. — Sacerdoce éternel en durée 102
IV. — Sacerdoce éternel dans ses effets et ses
efficacités to8
A Jésus, Prêtre Eternel 11
CHAPITRE TROISIEME
De l'actuatien du Sacerdoce de Jésus
dans le temps 121
I. — Jésus est Prêtre en tant qu'Homme . . 124
II. — Jésus est Prêtre pour les hommes ... l3o
III. — Jésus exerce son Sacerdoce parmi les
hommes i36
IV. — Jésus oflFre son Sacrifice par la main des
hommes 141
A Jésus, Prêtre, Dieu et Homme 149
CHAPITRE QUATRIÈME
De l'office du Sacerdoce de Jésus
dès l'apparition de la Victime i53
I. — Jésus est Prêtre à cause de la Victime . l55
II. — Jésus Prêtre reçoit la divine Victime . . 161
III. — Jésus Prêtre a pleine au. orité sur la Vic-
time t63
IV. — Les divines harmonies en^re le Prêtre et
la Victime l6^'
A Jésus, le Prêtre Hostie 17^
TABLE DES MATIÈRES 29I
CHAPITRE CINQUIEME
Du Ministère Sacerdotal de Jésus
auprès de la Victime
pendant sa vie 177
I. — Ministère sacerdotal de Jésus à la nais-
sance de la Victime 1<S2
II. — Ministère sacerdotal de Jésus pendant la
vie d'enfance de la Victime 1S6
III. — Ministère sacerdotal de Jésus pendant la
vie cachée de la Victime 189
IV. — Ministère sacerdotal de Jésus pendant la
vie publique de la Victime 197
A Jésus, le Prêtre Victime 209
CHAPITRE SIXIEME
De l'exercice parfait du Sacerdoce de Jésus
dans le Sacrifice suprême
de la Victime 2i3
I. — Le Sacrifice est l'acte suprême du Sa-
cerdoce 2l(i
II. — Les dispositions du Prêtre 221
III. — Les dispositions de la Victime 226
IV. — Consommation de la mission du Prêtre
et de la Victime 228
A Jésus, le Prêtre Sacrificateur 235
292 DU SACERDOCE DE JÉSUS
CHAPITRE SEPTIEME
De l'amour dû à Jésus
CD sa qualité de Prêtre 239
I. — L'amour de Dieu le Père pour le Verbe
incarné qu'il a envoyé comme Prêtre . 248
11. — L'amour de Jésus pour son propre Sa-
cerdoce 248
III. — Motifs de notre amour pour Jésus Prêtre 254
IV. — Manifestations de notre amour pour Jé-
sus Prêtre 259
V. — L'amour spécial du Prêtre envers Jésus
principe de son Sacerdoce 265
A Jésus, le Prclrc universellement aimé . . . 275
VÉRITÉ ET AMOUR
Jésus, Prêtre unique de Dieu et des hommes . . 279
Jésus, Prêtre Eternel 280
Jésus, Prêtre dans l'humanité 281
Jésus, Prêtre de la divine Victime 282
Jésus, Prêtre dans l'exercice de l'oblation de la
Victime 283
Jésus, Prêtre dans le sacrifice de la Victime . . 285
Jésus, Prêtre de l'amour éternel 286
.;*
I
I
■
BT 254 .M37 v.4 SMC
Marie Eugène de la
Croix, Père.
Jésus mieux connu et
Plus aime dans son
AWM--6159 (mcsk)